5. CONCLUSION

5.0. Conclusions générales

L'étude des termes vestimentaires du corpus électronique a proposé une nouvelle méthode d'analyse d'un système terminologique. Les procédés de constitution du corpus, élaborés au cours de la recherche et exposés dans le chapitre 1, ont permis de créer le corpus-échantillon représentatif et convenable pour ma recherche. La structuration taxonomique des notions terminologiques, effectuée dans le chapitre 2, a permis de mieux saisir le système conceptuel de la terminologie, de mieux comprendre la place de chaque unité dans ce système et de mieux représenter la structure sémantique de chaque terme. L'analyse de la corrélation entre le contenu sémantique et la forme des unités du corpus, effectuée dans les chapitres 3 et 4, a permis de discerner les particularités des termes appartenant aux différents niveaux de la taxonomie et de mettre en évidence des régularités du processus de dénomination.

Tout d'abord, la comparaison du contenu sémantique et de la forme des termes qui se trouvent aux différents niveaux de la taxonomie a permis de différencier trois groupes distincts de termes vestimentaires : le groupe des archétypes vestimentaires qui se trouvent au cinquième niveau (le niveau de base) ; le groupe des types et des variantes principales qui sont attribués aux niveaux 6 et 7 ; et le groupe des variantes de variantes qui correspondent aux niveaux inférieurs du système terminologique. Les unités attestées dans chaque groupe diffèrent considérablement des unités des deux autres groupes selon leur contenu sémantique, leur forme et leur fréquence (voir tableau (2.m)).

La distinction de ces trois groupes de termes a confirmé les deux hypothèses initiales de la recherche : l'hypothèse de la valeur de la structuration conceptuelle de la terminologie et l'hypothèse de l'existence d'une couche de termes transitifs du point de vue de la dichotomie « langue-discours » (voir figure (0.d)). Dans l'optique de cette dichotomie : le premier groupe se compose de termes simples empruntés à la langue commune ; le dernier est constitué de syntagmes qui se rapprochent de descriptions définitoires ; le groupe du milieu est composé de termes simples et construits qui manifestent des qualités intermédiaires. Ce sont ces termes oscillants qui représentent le corps principal de la terminologie. L'analyse des termes oscillants a été réalisée sur l'exemple du sous-domaine de 'pantalon' qui est le sous-domaine le plus grand du corpus.

L'analyse des termes oscillants (en 2.4. et en 3) et des termes complexes des niveaux inférieurs (en 3) a dévoilé les particularités communes de leur forme linguistique (voir 3.3.4.) : tous ces termes sont formés par des règles qui sont différentes de celles de la syntaxe proprement dite. L'étude de ces termes groupés selon les traits terminogéniques décelés (MATÉRIEL, FONCTION, ASPECT, LONGUEUR, DÉTAIL) m'a permis de discerner les spécificités de forme caractéristiques pour chaque groupe. Bien que les termes de tous les groupes favorisent les patrons de formation les plus économiques, notamment, le patron NN, il existe, en même temps, des patrons spécifiques qui ne sont utilisés que pour exprimer un trait terminogénique particulier. De plus, les termes formés selon deux traits différents (la manteau droit cuir) m'ont fait remarquer certaines régularités dans les flottements positionnels de leurs composants. Par exemple, les modificateurs d'ASPECT et de FONCTION sont le plus souvent cités en premier lieu et sont capables d'usurper la place de l'hyperonyme, alors que les modificateurs de MATÉRIEL et de LONGUEUR ont tendance à être mentionnés en dernier lieu.

L'observation des flottements positionnels m'a conduite à l'hypothèse qu'il existe un ordre relatif préféré de l'expression des traits terminogéniques dans les termes complexes. Cette hypothèse a été vérifiée sur le matériel du sous-domaine 'manteau', ce qui a mis en évidence l'existence de l'ordre relatif suivant : LONGUEUR > ASPECT ou FONCTION > MATÉRIEL > DÉTAIL. La plupart des termes complexes des sous-domaines étudiés ont confirmé cet ordre d'expression des traits terminogéniques, à l'exception de quelques cas particuliers qui demandaient une explication.

Les cas particuliers ont été expliqués dans le chapitre 4 grâce à la précision de la structure conceptuelle des termes, fondée sur l'idée de la structure qualia de Pustejovky. Cette précision m'a permis d'affiner la corrélation entre la structure conceptuelle des termes et le modèle de leur formation. De plus, après avoir combiné les affinements de la corrélation « signifié - signifiant » avec le concept de prototype, j'ai pu développer une conception du processus de dénomination comprenant quatre étapes et sept scénarios possibles. Je soulignerai ci-dessous quelques points importants concernant le processus de dénomination ainsi que les termes oscillants et le système terminologique banalisée en général.

5.1. Conclusions portant sur le processus de dénomination

Dans ce travail, j'ai étudié trois étapes du processus de dénomination qui ont lieu dans la réalité psychologique du signe linguistique. Les trois étapes représentent des opérations mentales effectuées par le sujet dénommant. La première étape est celle du choix de l'archétype, elle peut se dérouler selon trois scénarios possibles. La deuxième étape est celle de la comparaison des caractéristiques concrètes du vêtement à nommer avec les caractéristiques obligatoires et prototypiques de l'archétype choisi. Cette deuxième étape peut se déployer selon cinq scénarios au moins. La troisième étape est celle du choix du matériel linguistique approprié à la structure conceptuelle déterminée au cours des deux étapes précédentes. On peut dire que c'est l'étape de dénomination proprement dite parce que c'est à cette étape que l'association du signifié et du signifiant se produit et résulte en la création d'un nom vestimentaire. Cependant je considère toutes les étapes également importantes pour la compréhension du processus de dénomination que je représente comme un espace mental qui reçoit à l'entrée /le vêtement à nommer/ et produit à la sortie « un nom vestimentaire ». Ce schéma simplifié m'aidera à condenser les trois étapes de dénomination avec tous leurs scénarios possibles en forme de tableau. Puisque chaque scénario de chaque étape peut aboutir à la création de termes, le tableau ci-dessous représente les étapes et les scénarios comme s'ils se terminaient par la dénomination après la première constatation du trait qui peut être terminogénique. Chaque rang du tableau comprend : la description du /vêtement/ à dénommer, les définitions des scénarios des trois étapes du processus de la dénomination, le terme du corpus qui devait passer par ces scénarios pour être créé. Le chiffre romain correspond à l'étape, la lettre grecque au scénario. En réalité, chaque scénario peut avoir au moins deux déroulements possibles. Il peut se terminer par la dénomination correspondant à son événement principal ou bien il peut continuer vers la recherche des traits variables (II.., II.., II..) qui peuvent être dénommés pour préciser ou enrichir le nom du vêtement. Il faut remarquer que le scénario II.e. de la deuxième étape est toujours possible pour enrichir n'importe quel nom vestimentaire en y ajoutant la variable de MATÉRIEL ou de DÉTAIL. Par exemple, le terme « pantalon classique sans pinces » a dû passer par le scénario I.. de la première étape : le sujet dénommant pourrait s'arrêter à cette étape en donnant à ce vêtement le nom « pantalon classique » en passant par III.. mais il a décidé d'aller plus loin jusqu'au scénario II.. de la deuxième étape pour trouver une caractéristique variable de la quale Constitutive qui lui a permis d'ajouter « sans pinces » en passant par III.. Il faut noter que si parfois la dénomination peut « sauter » la deuxième étape, elle ne peut pas contourner la première et la troisième. Il faut aussi ajouter que la quatrième étape a été laissée hors du cadre de la présente recherche parce qu'elle dépasse les limites de la corrélation « contenu-forme » et consiste en un changement de la forme linguistique du terme à cause de son utilisation. Cependant, j'expliquerai brièvement (en 5.3) les réalisations possibles de cette quatrième étape pour clarifier le statut des termes oscillants par rapport à la terminologie banalisée et à la langue commune.

5.2. Conclusions portant sur le statut des termes oscillants

Dans le chapitre 2, j'ai démontré que les termes génériques de la terminologie vestimentaire font partie du lexique commun. Ici, au terme de la recherche, il me paraît important de déterminer la position des termes oscillants par rapport à la langue commune. Je montrerai ci-dessous que ces termes peuvent se trouver sur la voie de la lexicalisation, particulièrement s'il s'agit de ceux qui s'utilisent le plus souvent et qui commencent à se rencontrer en forme réduite.

Du point de vue sémantique, chaque terme complexe peut être attribué à un nœud particulier de la structure arborescente du signifié de la terminologie. Ce nœud sémantique correspond à la notion de concept stable qui est souvent utilisée pour définir un nom composé dans la tradition européenne depuis Darmesteter (« unité de l'image » 1894 : 12) et Bréal (« l'impression d'une idée simple » 1897 : 174). Selon cette tradition, une unité peut être définie comme composée si elle correspond à un concept au caractère unitaire (cf. Gaudin et Guespin (2000 : 280) : « signifié unique et constant ») et non à une combinaison occasionnelle de concepts. » [1]

Le fait que la plupart des termes oscillants correspondent à un concept stable, et occupent chacun une niche bien définie dans la structure des notions de la mode, indique que ces termes sont bien des termes et ne sont pas des suites descriptives libres. Cependant ce fait, à lui seul, ne certifie pas la lexicalisation ou le figement de ces termes complexes. Ce qui veut dire que leur statut pertinent dans la terminologie vestimentaire banalisée est confirmé, mais leur statut par rapport à la langue commune reste indéfini.

Dans son article consacré aux « unités polylexématiques », Danielle Corbin (1997 : 60-64) argue que la compréhension de la lexicalisation d'une unité comme résultant du figement ou de l'irrégularité de cette unité, adoptée par beaucoup de linguistes (cf. Di Sciullo & Williams, 1987), est erronée. Corbin (1997 : 63-64) explique que ce point de vue erroné inverse la cause et la conséquence :

Cette explication de Corbin correspond parfaitement à ma conception de la relation entre la terminologie vestimentaire et le vocabulaire commun de vêtement. Cette conception est basée sur l'observation du corpus et elle postule ce qui suit : Ces postulats ne sollicitent que des possibilités typiques de dénomination de différents types de concepts, ainsi que la possibilité de terminologisation et lexicalisation de leurs noms. Assez naturellement, il y a d'autres possibilités de relation entre les concepts vestimentaires et leurs noms : un concept peut apparaître en même temps avec son nom qui peut être proposé par le créateur ou emprunté à une langue étrangère ; le nouveau nom peut être construit morphologiquement ; le concept peut ne jamais devenir populaire puisque beaucoup d'idées vestimentaires s'avèrent éphémères, et la quatrième étape peut ne jamais avoir lieu.

Cependant, ce qui reste évident malgré toutes ces variations possibles, c'est que les termes que j'appelle oscillants et dont il est question dans les postulats 2 - 5 sont lexicalisables dans le sens proposé par Corbin (1997). Ceci me permet de mettre en évidence une corrélation entre le type de terme et son statut dans la terminologie et dans la langue commune.

Le statut lexicalisé des termes génériques est confirmé par leur présence dans tous les dictionnaires de la langue commune.

Le statut non terminologique et non lexicalisable des termes du troisième type correspond parfaitement aux facteurs linguistiques qui contraignent la lexicalisation cités par Corbin (1997 : 58) :

En ce qui concerne les termes oscillants, deux facteurs d'ordre linguistique peuvent favoriser leur lexicalisation et assurer leur statut lexicalisable : le fait qu'ils ne se composent que de deux éléments et le fait qu'il ne sont pas construits selon les règles de la syntaxe. De plus, d'après Corbin (1997 : 59), ce sont surtout les unités construites par la morphologie (comme les termes oscillants « pantacourt » ou « pyjashort ») qui sont favorisées par la lexicalisation en comparaison aux unités construites par la syntaxe, mais elles non plus ne sont pas lexicalisées automatiquement.

5.3. Conclusions portant sur la relation entre la langue commune et la terminologie

Les données du tableau (5.c) démontrent que les facteurs pragmatiques ne sont applicables qu'aux termes oscillants. Ce sont les facteurs qui « interviennent dans la mesure où les entités nommées sont choisies en fonction du mode de vie, de la culture et de la pertinence de leur dénomination par l'unité candidate ». Ces mots de Corbin (1997 : 65) décrivent bien la situation de la mode vestimentaire ou, plutôt, la relation entre la terminologie banalisée de la mode et la langue commune qui confirme parfaitement l'importance des facteurs pragmatiques. Par exemple, le mode de vie branchée entraîne un vocabulaire de mode plus riche ; la culture du pays peut inciter des créations spécifiques comme le canadianisme « pantailleur » ; la pertinence de la dénomination comme l'usage par toute la population assure la lexicalisation comme dans le cas du « jean ».

Roland Barthes, en étudiant le système de la mode, a observé la correspondance entre la dichotomie langue-parole et la dichotomie vêtement-habillement (Barthes 1967 : 28-29). De plus, il a remarqué que c'est au moment où le vêtement est décrit qu'il acquiert « une pureté structurale qui est à peu près celle de la langue par rapport à la parole » (Barthes 1967 : 28). Barthes remarque cependant que le vêtement décrit ne peut pas être considéré comme « complètement général » puisqu'« il reste choisi ».

Logiquement, la description elle-même est considérée par Barthes comme un acte de parole concret auquel un vêtement abstrait est confié. Cependant le matériel que j'étudie, les descriptions des vêtements catalogués, ne représente pas des descriptions proprement dites. En examinant ces « descriptions », on aperçoit immédiatement qu'elles classifient plus qu'elles ne décrivent. Il semble que leur fonction soit, avant tout, d'aider le lecteur à identifier le modèle représenté sur l'image ou à le renvoyer à un type de vêtement. Cela est fait à l'aide de l'hyperonyme qui fait partie de la langue commune et qui est compréhensible pour tout le monde. Le plus souvent c'est un terme générique qui se trouve au niveau que Dubois (1991a : 34) appelle « le niveau de base » et qui, dans mon système vestimentaire, correspond au cinquième niveau de la taxonomie.

Il faut encore remarquer que la relation entre la terminologie et la langue n'est pas unilatérale. Ce n'est pas seulement la langue qui peut recevoir des unités produites par la terminologie, mais la terminologie, elle aussi, utilise le vocabulaire de la langue commune. En premier lieu, la terminologie vestimentaire partage ces termes génériques avec la langue commune ; en deuxième lieu, la terminologie utilise les mots de la langue commune comme spécificateurs pour créer de nouveaux termes complexes. Ceci se produit dans les cas des spécificateurs des traits COUPE (jupe droite), ASPECT (jupe boule) et LONGUEUR (jupe longue) si la terminologie ne crée pas de nouveau terme morphologiquement (minijupe) ou ne fait pas d'emprunt à une langue étrangère (kilt). Dans le cas du trait FONCTION, c'est toujours la langue commune qui est utilisée, mais surtout des mots désignant des professions et des activités. Les spécificateurs correspondants aux traits terminogéniques MATÉRIEL et DÉTAIL sont empruntés plutôt à deux terminologies spécialisées - celle du textile et celle de la couture respectivement. Il est pertinent que cet emprunt soit très souvent fait au niveau de base de ces deux terminologies, ce qui veut dire au niveau qu'elles partagent avec la langue commune. Le raisonnement ci-dessus me permet de compléter le tableau qui représente les particularités des termes oscillants (3.r) par la colonne décrivant la provenance de leurs spécificateurs :

5.4. Conclusions portant sur la taxonomie vestimentaire

La structuration taxonomique de la terminologie vestimentaire a démontré la nature différente des termes des différents niveaux. Ces différences correspondent aux catégories des termes distinguées dans la sémantique du prototype.

Dans le cadre de la sémantique du prototype, Robert Martin fait noter la différence entre la prototypie des termes superordonnés, les termes infraordonnés et les termes intermédiaires (Martin 1991 : 153). Les termes superordonnés (animal) ne permettent pas d'imaginer un exemplaire abstrait, la prototypie est de nature sous-catégorielle : on doit énumérer des types d'animaux pour donner un exemple. Par contre, les termes infraordonnés (tasse), les termes qui ne dominent pas d'autres termes, manifestent une prototypie d'exemplaire abstrait : le mot « tasse » évoque une image abstraite de tasse avec toutes ses qualités. Les termes intermédiaires (oiseau) peuvent opérer de deux façons, on peut énumérer des sous-types ou bien imaginer un exemplaire abstrait.

Dans le cas de la terminologie vestimentaire, tous les termes des quatre premiers niveaux ne relèvent que de la prototypie sous-catégorielle : il est impossible d'imaginer un exemplaire abstrait d'un /vêtement/, ou bien d'un /vêtement d'intérieur/, ou bien d'un /bas/, ou bien d'un /vêtement séparé/ - il faut énumérer des exemples comme dans le cas d'« animal ». Cependant aux niveaux des archétypes (pantalon, jupe) et des types (jean, jogging, pantacourt) de vêtements, c'est plutôt l'image d'un exemplaire par excellence qui vient à l'esprit, même si pour chaque individu cette image est lourdement influencée par des expériences personnelles avec le type de vêtement en question. Pour certains archétypes il est possible de penser à énumérer des types (un pantalon c'est un jean, un slack, un jogging, un cargo etc.), pour d'autres c'est beaucoup moins naturel (une jupe c'est une jupe courte, une jupe longue, une minijupe (?)) ; (une robe c'est une robe fuseau, une robe princesse (?)). Il est encore moins naturel de penser à une énumération quant il s'agit des types de vêtements (*un jean c'est un jean extra flare, un jean taille basse, un jean 5 poches (?)). Quand il s'agit des variantes de variantes vestimentaires qu'on trouve à partir du huitième niveau, il est évident qu'il s'agit de termes infraordonnés puisque ces termes évoquent une image assez bien définie et une énumération d'exemples est impossible (le pantalon « battle » multipoches). Ces tests de sorte de prototypie confirment la différence entre trois types de termes de la terminologie vestimentaire.

Dans le chapitre 2, j'ai démontré que la structuration conceptuelle de la terminologie vestimentaire est facile et certaine aux niveaux supérieurs (2.a) mais qu'elle devient difficile et peu ordonnée aux niveaux au-dessous du niveau de base (2.i). Cependant, les régularités constatées dans les chapitres 3 et 4 peuvent aider à mieux ordonner les niveaux inférieurs de la structure arborescente.

Cleland, qui travaillait sur le matériel des catalogues vestimentaires grecs (dont la fonction était plutôt de distinguer les vêtements que de simplement énumérer (Cleland 2005 : xi)), a observé que le trait qui est le plus souvent utilisé comme le deuxième terme descriptif (pour chaque item spécifique) doit être considéré comme sa caractéristique principale. Ce trait est différent pour chaque item d'après Cleland (2005 : 63) : « for the chitoniskos, this is decoration, for the chitonion the characteristic feature appears to be fabric. » Elle considère aussi la fréquence de spécification de cette caractéristique principale chez tous les termes nommant ce même terme et surtout les termes à deux composants : « of eighteen complete descriptions of chitonia only four do not specify fabric… All of the seven two-term descriptions also include fabric. » (Cleland 2005 : 63). Pour faciliter les futures recherches consacrées aux catalogues, elle organise les descriptions vestimentaires sous forme de tableaux qui contiennent six colonnes pour les six caractéristiques : type, décoration, couleur, décoration de couleur, matériel, forme.

En envisageant le même but, pour faciliter les futures recherches dans le domaine de la terminologie vestimentaire, je peux proposer une meilleure structuration de la terminologie vestimentaire contemporaine en me basant sur les résultats d'études des termes oscillants de mon corpus. Grâce à l'analyse des termes complexes qui a révélé l'ordre préféré d'expression des traits terminogéniques, je peux construire une structure de notions des niveaux inférieurs plus précise et plus profonde que celle de (2.i). À la différence des données antiques de Cleland, les données contemporaines semblent manifester un ordre préféré universel pour tous les sous-domaines mais cela doit être vérifié sur la base d'un plus grand nombre de données.

La structure améliorée ci-dessous aide à formaliser les relations conceptuelles entre les variantes des vêtements, ce qui peut être utile pour le travail sur les traducteurs automatiques des catalogues de vente, par exemple (cf. Nirenburg and Levin 1991 : 12 [3]). Dans cette structure, chaque niveau horizontal correspond à un seul trait terminogénique. Les niveaux sont proposés en ordre correspondant à l'ordre préféré d'expression des traits terminogéniques dans les termes complexes. Chaque hyperonyme est représenté par une filière verticale qui est rattaché à la filière de son hyperonyme au niveau correspondant. Par exemple, la filière du 'jean' est rattachée à l'hyperonyme 'pantalon' au niveau des types (niveau 6) ; la filière du 'jean 5 poches' est rattachée à l'hyperonyme 'jean' au niveau des variantes (niveau 7) ; la filière du 'jean « worker »' est rattachée à l'hyperonyme 'jean' au niveau de la variante-fonction (niveau 7-b), etc.

Le terme peut avoir la valeur « zéro » à un certain niveau (comme dans le tableau des étapes et des scénarios de dénomination (5.a) et (5.b)) si le trait de ce niveau n'a pas d'importance dénominative pour ce modèle de vêtement. Par exemple, « le jean 5 poches « slim fit » » n'a pas de spécificateur (ou a un zéro) au niveau de la variante-longueur (niveau 7-c). Il faut noter qu'il est important de commencer chaque filière par l'attribution de la valeur « zéro ». Par exemple, le type de pantalon 'jean' reçoit un zéro au niveau des variantes (niveau 7), ce qui permet de représenter tous les termes qui sont formés à partir de cet hyperonyme comme rattachés directement à sa filière. Par exemple, la variante 'jean taille basse' est reliée à la filière du 'jean' au niveau des spécificateurs de détails (niveau 9-a) et les zéros à chaque niveau précédent permettent de représenter l'absence de spécificateurs antérieurs. La filière « zéro » correspond au concept du membre non marqué de chaque niveau de la taxonomie.

Si un composant représente une exception du point de vue de l'ordre de ces composants, il peut être inclus dans le système avec une marque spécifique (). Par exemple, le spécificateur « extra » du terme caractérisé au niveau de la découpe « le jean flare » doit recevoir la marque () puisque l'ordre des constituants linguistiques ne correspond pas à l'ordre logique « le jean extra flare ». Ci-dessous je ne donne qu'un exemple de structuration possible des données des catalogues vestimentaires contemporains. J'utilise les mêmes termes au-dessous du type vestimentaire « jeans » que dans la structure (2.i) pour faciliter la comparaison.

À la différence de la structure précédente (2.i), cette nouvelle structure arborescente (5.g) peut être facilement continuée ou développée dans toutes les directions, selon le but des recherches à suivre. Les lignes qui se composent de tirets symbolisent la possibilité du développement horizontal et vertical tandis que les lignes qui se composent de tirets et points représentent la possibilité d'ajouter d'autres niveaux de spécification.

5.5. Pistes futures

Il y a plusieurs aspects de ce travail qui mériteraient d'être développés dans le futur, d'être comparés avec les données d'autres langues ou vérifiés sur la base d'un plus grand nombre de données.

C'est surtout l'ordre relatif préféré d'expression des traits terminogéniques dans les syntagmes terminologiques qui peut être développé dans les différentes directions. Horizontalement, cet ordre préféré peut être comparé aux données d'autres terminologies françaises ou étrangères ; verticalement, on peut formuler et vérifier l'hypothèse que cet ordre peut être plus universel et peut donc inclure des suffixes, des préfixes, des composés, des syntagmes, bref, tous les types de termes.

La structuration taxonomique, améliorée grâce à l'établissement de l'ordre préféré des modificateurs, peut aussi mériter une continuation. En (5.g), je n'ai élaboré qu'une méthode de meilleure structuration des niveaux inférieurs d'un système terminologique. Au besoin, cette structuration peut être effectuée pour toute la terminologie. Puisqu'il s'agit d'une structure conceptuelle, les termes français peuvent être remplacés ou complétés par les termes d'une autre langue. Une juxtaposition de ce type peut faciliter la comparaison des données de langues différentes. De la même façon, les tableaux des structures qualia peuvent être utilisés pour affiner l'analyse sémantique des termes d'autres domaines de la mode ou adaptés pour l'étude d'autres terminologies et d'autres langues.

Finalement, mes conclusions concernant le processus de dénomination peuvent être enrichies par de nouveaux étapes ou scénarios. De plus, puisque je n'ai considéré que les trois étapes purement mentales du processus de dénomination, il serait important de mettre ces trois étapes dans un contexte plus large et d'étudier le développement des termes dans la réalité linguistique de leur utilisation, y compris, dans la diachronie. Les terminologies changeantes, comme la terminologie vestimentaire, représentent le matériel par excellence pour ce genre de recherche. J'ai tracé quelques idées dans cette direction en 4.4.2.4. et en 5.2., ce qui m'a permis de préciser les relations entre la terminologie vestimentaire et la langue commune. Il est possible que l'étude du déploiement du processus dénominatif des deux cotés du signe linguistique (4.k), à partir de l'histoire de l'objet réel jusqu'à la lexicalisation du terme créé, puisse contribuer à élucider d'autres aspects de la dénomination.