4. RÉGULARITÉS SÉMANTICO-SYNTAXIQUES ET DÉNOMINATION

4.0. Introduction

Dans les chapitres 2 et 3, j'ai exposé certaines particularités des termes vestimentaires. Dans ce dernier chapitre, je me pencherai sur les régularités de dénomination que j'ai discernées en analysant les termes du corpus. D'abord, j'essaierai d'expliquer les particularités et les régularités du point de vue de la corrélation entre le contenu et la forme de ces termes. Pour affiner l'analyse de cette corrélation, j'utiliserai d'abord la sémantique du prototype et la sémantique générative (en 4.1.- 4.3.). Après, en 4.4., je mettrai les résultats de cette analyse dans une perspective élargie, celle du signe linguistique. Le modèle du signe linguistique de Piotrowski (figure (4.j)) me permettra de représenter le monde extérieur, le signe terminologique et les moyens linguistiques disponibles dans le même schéma et de décrire le processus de dénomination à partir de l'objet vestimentaire à nommer jusqu'au terme attesté. Finalement, j'esquisserai le rôle des facteurs subjectifs et le caractère incontournable des facteurs objectifs dans le processus de dénomination.

4.1. Notion de prototype et structure qualia

Avant de passer à l'explication des particularités des termes vestimentaires, il faut créer une base conceptuelle plus précise que la structure arborescente (figure (2.i)), qui est loin d'être aussi bien ordonnée que la structure des niveaux supérieurs (figure (2.a)). À la différence des archétypes vestimentaires qui peuvent être systématisés et décrits selon trois caractéristiques stables (sèmes principaux en 2.2.1.), les types et les variantes sont trop nombreux et n'offrent pas de critères de systématisation évidents. Il est donc nécessaire de trouver une formule qui permettrait de représenter la structure conceptuelle des types et des variantes vestimentaires d'une manière uniforme. Cette formule doit être complète, c'est-à-dire, elle doit contenir toutes les caractéristiques des items vestimentaires qui peuvent être importantes du point de vue de la dénomination. Certaines de ces caractéristiques variables - ASPECT, LONGUEUR, FONCTION - ont été présentées dans l'analyse sémantique des types de 'pantalon' en 2.3., ces caractéristiques ont été complétées de MATÉRIEL et DÉTAIL au cours de l'analyse des variantes vestimentaires en 2.4. L'analyse des termes complexes en 3.4. a démontré que ces caractéristiques n'ont pas la même valeur (obligatoires, variables, complémentaires) et que leur expression manifeste un ordre préféré dans la structure syntaxique des termes complexes.

Pour préciser la structure conceptuelle des termes, j'utiliserai des idées provenant de deux approches sémantiques : la sémantique du prototype (Rosch 1973, 1975, 1978 ; Dubois 1991b) et la sémantique générative de Pustejovsky (1991, 1995).

4.1.1. Les notions profitables de la sémantique du prototype

D'après l'analyse des termes du niveau de base en 2.3.7., l'approche de la sémantique du prototype semble être très appropriée pour expliquer certaines particularités de la terminologie vestimentaire. Beaucoup d'idées de cette approche ont de la résonance avec le matériel du corpus : la notion de prototype et de degré de représentativité d'un exemplaire (archétype du niveau 5 en 2.2.) ; la perception des frontières entre les catégories floues (structure arborescente de la figure (2.i)) ; « l'air de famille » comme principe de groupement de catégories (cf. « battle-dress » figures A. et B. en 2.3.5). Cependant, cette approche psychologique semble contredire le rationnel de l'approche onomasiologique que j'ai choisie pour mon étude terminologique. Basée sur la perception psychologique des individus, la sémantique du prototype ne favorise pas la représentation des différences catégorielles en termes logiques des conditions nécessaires et suffisantes. Malgré ces contradictions apparentes, j'essaierai d'incorporer certains concepts de la sémantique du prototype dans mes analyses, d'autant plus que la version révisée de la sémantique du prototype n'insiste plus sur l'origine alogique du prototype et parle plutôt d'effets et de degrés de prototypicalité.

Il existe deux versions principales de la sémantique du prototype [1] : la version standard représente le prototype comme une image globale d'un exemplaire par excellence ; la version étendue le représente comme un effet ou produit des structures catégorielles profondes (Kleiber 1991b). Même s'il n'y a pas d'unanimité au sujet de la représentativité catégorielle du prototype entre la version standard et la version étendue, je retiendrai de la sémantique du prototype l'idée de la possibilité de catégoriser de façon globale et non pas de façon analytique. Parmi les types de prototypes proposés par Fillmore (1982 : 32-34), je choisirai le type « oiseau » qui (en étant le seul substantif concret) semble convenir le mieux aux objets vestimentaires : pour ce type, « la catégorie est identifiée en termes d'un ensemble de conditions, mais les meilleurs exemplaires sont ceux qui sont les plus proches d'une idéalisation de la catégorie, cette idéalisation étant une conjonction des traits qui assurent la cue validity pour la catégorie » (cité d'après Kleiber 1991b : 119).

Dans mon analyse des données terminologiques, j'ai utilisé l'approche onomasiologique pour avoir un canevas logique qui permettait de structurer et grouper les items recensés. Dans mon analyse du processus de dénomination, j'utiliserai la notion de prototype pour avoir une carcasse typique qui permettra de comparer les termes dénommés selon les traits différents. Pour ne pas me perdre dans les contradictions terminologiques de la sémantique du prototype, je considérerai l'archétype vestimentaire comme porteur des traits catégoriels (et prototypiques) qui assurent la distinction des catégories principales vestimentaires.

Pour simuler le processus de dénomination, chaque item vestimentaire dénommé (considéré comme item à être dénommé) sera comparé à l'archétype correspondant, d'abord globalement, au niveau du denotatum (Dn) et, après plus en détail, au niveau du désignatum (Ds). Ces deux étapes de la comparaison correspondent aux deux étapes principales de la dénomination. Lors de la première étape, on choisit un classificateur conceptuel. Lors de la deuxième étape, on précise les caractéristiques - c'est une étape de comparaison analytique des traits de l'item dénommé avec les traits conceptuels de l'archétype choisi comme classificateur.

Pour examiner la deuxième étape de la comparaison, j'ai besoin de structurer les traits catégoriels, prototypiques et variables des archétypes. Je différencierai les traits catégoriels (obligatoires) des traits prototypiques (c'est-à-dire, non obligatoires mais associés étroitement avec l'archétype en question, comme 'long jusqu'aux pied' pour 'pantalon'). La charpente qui permettra de structurer les traits catégoriels et prototypiques et, en même temps, de prévoir les traits variables sera construite sur la base de la « structure qualia » de Pustejovsky (1995).

4.1.2. Le modèle de Pustejovsky et la structure conceptuelle

L'approche de Pustejovsky (1995), une description sémantique formalisée à l'aide de la « structure qualia » [2] empruntée à Aristote, aide à expliquer certaines particularités des termes vestimentaires.

Pustejovsky interprète la structure qualia comme un ensemble de qualités essentielles (ou de contraintes lexicales) qui permet de comprendre l'emploi du mot par la langue. Cet ensemble de quatre qualia se compose de : quale Constitutive, quale Formelle, quale Télique et quale Agentive. Le discernement des qualia peut aider à étudier la relation entre les composants du sens et leurs représentations dans la terminologie des catalogues. À son tour, la précision des composants du sens, peut aider à mieux structurer le système conceptuel des niveaux inférieurs de la terminologie vestimentaire.

Ci-dessous, j'interprète deux archétypes vestimentaires différents, « pantalon » et « veste », selon la structure qualia de Pustejovsky (1995 : 85-86). J'ai choisi deux archétypes complètement différents pour discerner les composants que je peux prendre en considération comme qualités essentielles d'un vêtement en général.

L'ensemble de propriétés de 'pantalon' [3] et de 'veste' [4] inscrites dans la troisième et la quatrième colonne du tableau (4.a) constitue une description assez complète et reconnaissable de ces archétypes de vêtement. En même temps, le tableau a mis en évidence le fait que les composants des qualia n'ont pas la même valeur dans la structure conceptuelle d'un 'vêtement' : Si on invoque un exemplaire abstrait d'un archétype vestimentaire, les composants qui sont spécifiés dans le tableau (4.a) correspondront aux caractéristiques différentes du point de vue de leur typicité.

Je distinguerai trois types de propriétés archétypiques :

La structure qualia proposée par Pustejovsky peut servir de base pour décrire les qualités essentielles selon lesquelles les variantes vestimentaires, ainsi que leurs propriétés catégorielles, prototypiques et facultatives, peuvent être distinguées. Cependant, il est évident qu'il faut élaborer un ensemble de composants conceptuels plus convenable à l'étude des vêtements. Il s'agit des qualités obligatoires et prototypiques auxquelles on pourrait comparer des qualités spécifiques et variables.

Pour élaborer une structure de composants adéquate à l'étude des termes des catalogues, il est nécessaire de faire les changements suivants dans la colonne 2 du tableau (4.a) :

Après avoir fait ces changements, j'ai revu l'ensemble des composants des qualia, qui est plus approprié à la description d'un artéfact vestimentaire. Ces composants sont présentés dans la deuxième colonne du tableau (4.b) ci-dessous. Dans la troisième et la quatrième colonnes, le pouvoir descriptif de ces composants est vérifié sur deux exemples d'archétypes vestimentaires similaires, 'pantalon' et 'jupe'.

Pour chaque quale, j'ai mis les traits catégoriels des archétypes en premier lieu. Si le même composant peut contenir des traits catégoriels et des traits variables, les variables sont donnés entre les parenthèses. J'ai remplacé les formulations générales des qualia Télique et Agentive, 'fonction prévue' et 'artéfact', par les verbes « vêtir » et « confectionner » plus appropriés pour les vêtements. J'ai aussi remplacé la dimensionnalité de la quale Formelle par ses caractéristique plus pertinentes - 'longueur' et 'largeur' : la dimensionnalité est toujours la même pour tous les vêtements proprement dits contemporains qui sont à trois dimensions. Ce ne sont que certains accessoires comme châles, écharpes ou foulards qui sont à deux dimensions. Pour chaque archétype vestimentaire la structure qualia représente un moule de ses qualités obligatoires, prototypiques et variables. Ce moule d'archétype facilitera la comparaison des types et des variantes de vêtements.

Pour distinguer plus facilement les traits du point de vue de leur typicité :

Les composants variables de ce tableau seront pertinents pour l'analyse des sous-types de chaque archétype dans le futur mais ils ne sont pas pertinents pour la comparaison des archétypes 'pantalon' et 'jupe' [6]. Ici, je me pencherai sur le terme « jupe-culotte » qui combine les propriétés de ces deux archétypes.

4.1.2.1. Jupe-culotte ou pantalon-jupe

La comparaison des structures qualia de 'pantalon' et de 'jupe' dans le tableau (4.b) permet d'expliquer le nom du type vestimentaire « jupe-culotte » qui contredit l'analyse componentielle des archétypes présentée dans la structure (2.a). Ce terme composé qui doit avoir 'pantalon' comme son classificateur selon sa structure conceptuelle (la jupe-culotte couvre deux jambes séparément) a été dénommé à partir du classificateur 'jupe'. De plus, les glossaires et les dictionnaires utilisent 'pantalon' ou 'culotte' comme classificateur : Le concept d'« air de famille » formelle n'expliquerait pas le choix de 'jupe' comme classificateur : la ressemblance est normalement exprimée par le spécificateur (cf. « pantalon battle », « pantalon corsaire ») et le nom devrait être « pantalon-jupe ». L'« air de famille » dans l'esprit de la sémantique du prototype qui « permet aux membres d'une catégorie d'être reliés les uns aux autres sans avoir une propriété en commun qui définisse la catégorie » (Kleiber 1991b : 106) pourrait servir d'explication faute de mieux. Cependant, il s'agit d'un trait capital, en fait, selon l'analyse componentielle, le seul trait qui distingue les deux catégories 'jupes' et 'pantalons'. Il est douteux que la ressemblance puisse faire « plus jupe que pantalon » de ce vêtement qui couvre les jambes séparément. Le choix de 'jupe' comme classificateur ne peut pas être expliqué en termes d'« expérientalisme » de George Lakoff (1987 : XV) non plus : il est impossible d'affirmer que la jupe-culotte soit sentie ou portée plus comme jupe et moins comme pantalon - elle est enfilée comme un pantalon et procure la même liberté de mouvement.

C'est la quale Télique de 'jupe' qui offre une explication plausible : 'jupe-culotte' partage avec 'jupe' une caractéristique importante, elle ne peut vêtir que les femmes. Perçu comme un vêtement strictement féminin, ce type de vêtement a été classifié comme 'jupe'. Cette hypothèse est confirmée par l'histoire de l'apparition de ce vêtement citée d'après Boutin-Arnaud et Tasmadjian (2001 : 48) : « La jupe-culotte fit une véritable révolution lors de son apparition, en 1890. Elle permettait aux femmes, par sa forme intermédiaire entre la jupe et le pantalon, de s'adonner à la bicyclette. Les premières jupes-culottes étaient bouffantes et longues. » Il est tout à fait naturel qu'au dix-neuvième siècle, alors que les femmes ne portaient habituellement que des jupes longues, ce vêtement féminin croisé a été classé parmi les jupes, si c'était un 'pantalon', il ne pourrait pas avoir la fonction télique « vêtir les femmes » à l'époque. Cet exemple illustre une des raisons pour lesquelles le sens linguistique ne correspond pas toujours exactement au sens conceptuel : le système des concepts change tout en gardant des unités linguistiques anciennes.

Il faut ajouter que de nos jours aussi, ce vêtement, ayant l'air de 'jupe', peut être porté dans les mêmes situations dans lesquelles on porte une jupe. Cependant ce n'est pas la seule raison pour laquelle ce nom vestimentaire continue d'être employé sans être perçu comme vieilli ou inadéquat. Le raisonnement linguistique concernant la nature de ce composé peut expliquer ce fait. Il s'agit ici du type de composés que Brousseau (1988) appelle « composés appositionnels » (comme, par exemple, auteur-compositeur ou moissonneuse-batteuse) et représente graphiquement comme deux cercles croisés à la différence des composés endocentriques qu'elle représente comme un cercle inclus dans un autre. En me basant sur cette idée, je peux représenter les termes « jupe-culotte » et « pantalon baggy » de la façon suivante :

Ces représentations démontrent la différence entre ces deux termes. 'Le pantalon baggy' est inclus dans la classe des 'pantalons' comme une sous-classe, il possède toutes les caractéristiques de son archétype hyperonyme 'pantalon'. La 'jupe-culotte' partage les caractéristiques conceptuelles des deux archétypes et peut être considérée comme hyponyme des deux (et vendue sous les deux rubriques). La comparaison des structures qualia montre que ces archétypes n'ont que deux distinctions : la quale Formelle du 'pantalon' est marquée par le sème +SÉPARÉ, la quale Télique de la 'jupe' est marquée par le sème +FEM. La 'jupe-culotte' possède les deux traits sèmes marqués : comme pantalon, elle enveloppe les jambes séparément mais, en même temps, comme jupe, elle est un vêtement strictement féminin.

4.1.2.2. Composés vestimentaires

La représentation graphique des figures (4.c) en combinaison avec la structure conceptuelle des niveaux supérieurs de la terminologie (voir figure 2.a), met en évidence un fait important concernant la dénomination terminologique. Dans les cas où le concept vestimentaire à nommer combine des qualités de deux notions vestimentaires qui se trouvent sur le même niveau du système conceptuel, la dénomination peut résulter en un composé appositionnel comme « jupe-culotte » qui réunit deux notions du niveau des archétypes.

Cependant l'analyse des composés du corpus révèle encore une condition pour la création des composés appositionnels : les deux notions à réunir dans un terme doivent aussi se trouver à proximité l'un de l'autre dans la structure conceptuelle arborescente ou, en autres termes, partager la plupart des sèmes ou avoir des structures qualia similaires. Les deux éléments des composés suivants se trouvent sur les branches rapprochées de l'arbre terminologique (2.a) et partagent la plupart des sèmes, ce qui semble être condition pour le concept d'un vêtement hybride :

Dans le cas de chaque composé, les structures qualia des deux termes constituants sont aussi similaires, comme le confirme le tableau (4.d) ci-dessous. Dans le cas des composés qui réunissent des archétypes des sous-domaines assez éloignés l'un de l'autre, il s'agit plutôt des composés endocentriques avec la tête à gauche : C'est presque le même cas que celui des termes dont le classificateur vient du niveau supérieur et dont le spécificateur vient d'une autre terminologie (ou de la langue commune) et délimite une sous-classe à l'intérieur de la classe délimitée par l'hyperonyme : « pantalon baggy », « jupe portefeuille », « jean denim » etc. Cependant, si le spécificateur provient du domaine des accessoires, ces composés ont souvent le sens 'doté de' : Quand les composés utilisent les termes des niveaux inférieurs (par rapport au classificateur) comme deuxième constituant, ils peuvent aussi être classifiés comme endocentriques. Par exemple, le constituant « tunique » ajoute au classificateur le sens 'allongé' et 'droit' en même temps : Les autres constituants empruntés aux niveaux inférieurs de la terminologie, eux aussi, le plus souvent rajoutent le sens de leurs traits typiques au sens des archétypes qu'ils caractérisent, ce qui résulte en termes dénommant les vêtements selon le trait terminogénique ASPECT (VISUEL) dont le statut, composés ou syntagmes, reste aussi incertain : Il reste à mentionner les composés exocentriques qui semblent résulter de l'omission du classificateur mais qui peuvent bien être créés tels quels initialement puisque le modèle productif existe en français. Ce modèle est choisi dans les cas où on veut mettre en relief la quale Télique spécifique, différente de la quale Télique 'vêtir' caractéristique pour tous les vêtements : L'analyse des termes composés du corpus confirme que les concepts vestimentaires différents résultent en dénominations de nature différente.

4.2. Comparaison des structures qualia des types vestimentaires avec la structure qualia de leur archetype

L'analyse des dénominations des types de 'pantalon' en 2.3. a démontré que la plupart des types de ce vêtement, (4 sur 7), sont distingués selon la LONGUEUR, un composant conceptuel qui est associé avec une caractéristique prototypique de l'archétype. Il est pertinent que tous ces types de 'pantalon' dénommant des rubriques des catalogues, ont reçu des noms particuliers correspondant aux termes simples (construit « pantacourt », empruntés « short » et « bermuda », ou résultant d'une ellipse « corsaire »), tandis que les rubriques analogiques de l'archétype 'jupe' sont dénommés tout simplement par les termes complexes, « jupes longues » et « jupes courtes ». Puisque selon leurs structures qualia (tableau (4.b)) ces archétypes diffèrent en ce que pour 'jupe' il n'existe pas de LONGUEUR prototypique, il est possible de supposer que dans la situation où le trait terminogénique du type de vêtement contredit un composant prototypique de l'archétype, le choix de forme linguistique opte vers une création lexicale (comme, par exemple, « pantacourt »). Cependant, dans la situation de dénomination selon un composant variable, le choix de forme linguistique adopte la spécification syntaxique du trait en question (comme, par exemple, « jupe longue »). La formation du terme « minijupe » à l'époque (1965 Mary Quant et 1967 Courrège, d'après Boutin-Arnaud 2001 : 48) où l'archétype 'jupe' avait un composant prototypique 'au dessous des genoux' semble confirmer cette hypothèse qui doit être vérifiée par la comparaison des structures qualia des autres types vestimentaires avec la structure de leur archétype.

Les tables des matières des catalogues contiennent cinq autres archétypes qui offrent des rubriques séparées pour leurs types différents (cités en 1.3.3 et complétés en 1.4.1.2.) : manteau (imperméable) ; chemise (chemisier, tunique) ; ensemble (tailleur) ; veste (blouson, parka, gilet, caban, cardigan, polaire, survêtement) ; T-shirt (polo, sweat, débardeur, T-shirt manches courtes, T-shirt manches longues). Je compare ci-dessous la structure qualia de l'archétype 'T-shirt' [7] avec ces quatre types principaux. [8]

Le tableau montre que dans tous les quatre cas où un nom complètement nouveau est choisi pour nommer un type de 'T-shirt', il s'agit d'une contradiction concernant ou bien les parties obligatoires ('polo' a un col qui n'est pas prévu par la quale Constitutive de l'archétype ; 'débardeur' n'a pas de manches qui sont prévus et forment le 'T' terminogénique de l'archétype), ou bien un trait prototypique ('sweat' n'est pas confectionné en maille de coton mais en molleton ; 'polo' et 'débardeur', eux aussi, violent le trait prototypique 'encolure ras du cou ronde'). Dans les cas où aucun trait catégoriel ni prototypique n'est violé, l'archétype 'T-shirt' est utilisé pour former les termes complexes précisant la variation d'une des parties « T-shirt manches courtes » et « T-shirt manches longues ». Pour vérifier cette observation, j'analyserai un sous-domaine différent, par exemple, 'manteau'. Je n'inclurai dans le tableau que les noms des types vestimentaires fréquents dans le corpus (leur fréquence est citée entre parenthèses) et définis à partir du classificateur « manteau » [9] par les glossaires de mode. Le tableau (4.f) confirme les observations faites à la base des données du tableau (4.e) : les structures qualia de la plupart des types de 'manteau' contiennent des traits contradictoires vis-à-vis les traits prototypiques de leur archétype. Deux termes, 'parka' et 'caban', violent le trait prototypique « long » de la quale Formelle et trois termes 'imper', 'trench' et 'parka' ne sont pas conformes au trait de la quale Constitutive « matériel épais ». De plus tous les types de 'manteau', sauf 'imper', possèdent au moins deux traits caractéristiques obligatoires qui les distinguent du prototype 'manteau'.

De la même façon, il paraît qu'on préfère trouver un terme simple au lieu de dénommer chaque trait séparément quand le vêtement offre plus d'un trait spécifique qui le distingue de l'archétype. On peut emprunter un nom si le vêtement vient de l'étranger (jean) ou créer un terme complètement nouveau à l'aide d'une association (corsaire) ou du nom du (peuple) créateur (bermuda).

Cependant, comme je l'ai démontré dans le chapitre 3, les dénominations divergentes de deux traits conceptuels peuvent aussi coexister dans un terme complexe. Plus bas, je me pencherai sur les régularités de l'expression syntaxique des traits terminogéniques.

4.3. Explication des patrons syntaxiques d'expression des traits terminogéniques

La structure qualia permet de préciser la corrélation entre les traits terminogéniques et les patrons syntaxiques utilisés pour former les termes complexes. Puisque les traits conceptuels sont mieux structurés, les traits terminogéniques peuvent aussi être affinés. À titre d'exemple, j'analyserai ci-dessous deux traits terminogéniques, DÉTAIL et MATÉRIEL, correspondant à deux composants de la même quale, la quale Constitutive.

4.3.1. DÉTAIL - trait terminogénique et composant de la quale Constitutive

Les termes complexes assemblés en 2.4.1.(E) sous le trait DÉTAIL peuvent être regroupés en affiliations plus étroites et homogènes grâce à la structure qualia vestimentaire. Le plus souvent il s'agit de la quale Constitutive, et plus précisément, de sa section 1. Parties obligatoires (détails supplémentaires). Par exemple, pour l'archétype 'pantalon' dans le tableau (4.b), j'ai prévu les parties suivantes : 2 jambes, devant, dos, taille, bas, braguette ou pont, pinces ou plis, ainsi que 'poches' comme détail supplémentaire typique. Le degré de prototypicalité des parties aide à expliquer les patrons syntaxiques différents utilisés pour créer un terme complexe.

(1) Spécification d'une partie obligatoire ou d'un détail typique

Dans le cas où le terme décrit une qualité spécifique d'une partie obligatoire ou d'un détail typique, la terminologie préfère le modèle non prépositionnel : il est évident qu'il s'agit d'un constituant du vêtement et qu'il n'est pas nécessaire de préciser la relation constitutive à l'aide d'une préposition.

Le même patron non prépositionnel est utilisé pour spécifier le nombre des détails typiques ou variables : Il est possible que ce patron soit devenu tellement commun, qu'il peut être utilisé avec n'importe quel détail supplémentaire si ce détail peut être interprété sans ambiguïté. (2) Absence d'une partie obligatoire ou d'un détail typique

Dans le cas d'absence d'une partie ou d'un détail typique qui fait partie de la quale Constitutive de l'archétype correspondant, cette absence devient un trait terminogénique avec le patron syntaxique correspondant :

(3) Choix de détails limités ou détail atypique

Quand il y a un choix limité de détails nécessaires (comme deux possibilités de fermeture, par exemple, un pantalon peut avoir une braguette ou un pont; ou bien il est normalement ajusté à la taille par des plis ou par des pinces) ou quand il s'agit d'un détail atypique (au moins pour une saison donnée, par exemple 'revers' ne sont pas fréquents dans le corpus de l'an 2006), le patron prépositionnel est utilisé :

(4) Opération supplémentaire de quale Agentive

Quand la réalisation d'un détail ou d'un effet supplémentaire demande une opération de couture supplémentaire, autre que « confectionner », cette opération peut être mise en relation avec la quale Agentive et former un trait terminogénique AGENTIVE. Son patron syntaxique utilise le participe passé du verbe correspondant.

Cependant, le participe passé n'est pas le seul moyen possible pour créer un terme. Très souvent, le même type de vêtement est décrit à l'aide du modèle NN, à l'aide d'un groupe prépositionnel ou, pour certains détails détachables, à l'aide d'un groupe à la conjonction « et ». Le 'pantalon avec ceinture', par exemple, peut être dénommé à l'aide des patrons suivants : Puisque les images des 'pantalons' correspondants ne manifestent pas de différence stable selon le modèle de dénomination, les occurrences citées ci-dessus permettent de supposer que le sujet dénommant peut percevoir le même vêtement différemment. Le vêtement avec un détail peut être perçu de trois perspectives différentes : Les perceptions différentes correspondent aux structurations conceptuelles différentes qui, à leur tour, mènent vers les dénominations différentes. Autrement dit, les différences dans le designatum (voir 0.2.1) résultent en choix des moyens linguistiques distincts et en créations des termes complexes disparates (cf. Pustejovsky (1995) en 4.3.3). Les termes complexes du corpus qui correspondent à la notion 'pantalon avec une ceinture' font remarquer encore une particularité de la dénomination. Le patron dénominatif avec le participe passé « ceinturé » ne peut pas être utilisé dans les cas où une qualité du détail 'ceinture' est spécifiée alors que ce patron est utilisé dans les neuf occurrences du terme « pantalon ceinturé » où le détail 'ceinture' n'a pas de spécificateur. Il est possible que ce soit la situation où les moyens linguistiques influencent la perception. Puisque le patron avec participe ne permet pas d'indiquer une caractéristique de détail, dans les cas où cette caractéristique est importante ('élastiquée' ou 'réglable'), le sujet dénommant perçoit la 'ceinture' comme un détail, c'est-à-dire comme une part additionnelle, et elle est dénommée à l'aide d'un nom avec déterminant. En revanche, si le sujet dénommant ne veut mentionner que le fait de présence de 'ceinture', il a tendance à percevoir ce fait comme une simple opération supplémentaire qui correspond au verbe « ceinturer » et utilise le patron N gén + PP, suggéré par la quale Agentive.

Il reste à remarquer que le patron avec la préposition « à » n'est utilisé que dans le cas où la construction sans préposition serait ambiguë comme dans le cas de « Le pantalon à ceinture extensible ». La préposition « avec » n'est utilisée que dans le cas où il s'agit d'un détail supplémentaire ou, plutôt, d'une décoration imprévue par la structure qualia « Le pantalon avec dentelle ».

4.3.2. MATÉRIEL - trait terminogénique et composant de la quale Constitutive

Un des traits terminogéniques les plus homogènes, MATÉRIEL, correspond à un seul composant de la quale Constitutive (ce qui explique son homogénéité), notamment, au composant portant le même nom. Le patron typique pour ce trait est non prépositionnel, Ngén + Nmat, mais comme on a vue en 2.4.1. (A), le trait MATÉRIEL peut incorporer la préposition « en » dans son patron syntaxique (2.4.1. (A.c)). Il faut remarquer que ce sont plutôt les raisons syntaxiques (discutées supra en 3.3. et infra en 4.3.3.1.2) ou possiblement parfois euphoniques qui demandent l'emploi de la préposition. Du point de vue de la corrélation entre le contenu sémantique et la forme des termes vestimentaires, la préposition n'est pas nécessaire parce que la structure qualia de ces termes permet seulement l'interprétation « matériel de confection » pour les noms de matériel qui suivent directement un nom de vêtement.

La notion de structure qualia aide à expliquer les différences de forme des termes vestimentaires [10] qui possèdent des structures conceptuelles différentes. En ce qui concerne les différences de forme des termes ayant la même structure conceptuelle, elles peuvent être expliquées à l'aide de la notion de réalisation syntaxique canonique introduite plus bas.

4.3.3. Explication des patrons syntaxiques contractés

La notion de réalisation syntaxique canonique, introduite initialement par Chomsky (1986), est développée par Pustejovsky comme forme syntaxique canonique (canonical syntactic form : csf). Pustejovsky (1995 : 132) entend par csf la réalisation syntaxique la plus adéquate de la sémantique d'une expression de type particulier.

S'il existe une réalisation canonique, il en existe des alternances. Pustejovsky (1995 : 132-3) affirme que les réalisations syntaxiques différentes sont possibles grâce aux mécanismes génératifs (generative devices) comme la coercition et la co-composition et qu'elles sont partiellement déterminées en vertu du type sémantique.

Cela veut dire que les représentations syntaxiques possibles pour chaque trait terminogénique dépendent de la sémantique des composants lexicaux qui expriment ce trait sémantique. Dans la partie du chapitre 2 consacrée à la polysémie du terme « bermuda » (figure (2.h)), il s'agissait du paradigme conceptuel sémantique qui a été constitué par plusieurs variations de sens représentant une seule entrée lexicale. Ci-dessous, il s'agit du paradigme de plusieurs formes syntaxiques représentant une seule caractéristique sémantique. Il est utile d'essayer de représenter graphiquement ces deux paradigmes :

Pustejovsky (1995 : 134-7) montre que la sélection sémantique détermine le comportement syntaxique en utilisant les exemples des phrases formées avec les verbes anglais « like » et « enjoy » qui sont normalement utilisées comme contre-exemples de l'hypothèse de sélection sémantique. Le verbe « like » (But I like that chair) sélectionne une attitude à n'importe quel type de sens (événement, propriété, etc.) et donc n'a pas de forme syntaxique canonique (cf. Mary likes (to watch/watching) movies/(for) John to watch movies with her/that etc/). Le verbe « enjoy », au contraire, sélectionne un type particulier « événement » (il présuppose une activité) et pour cette raison possède une forme canonique VP [+PRG] (Mary enjoys watching movies). Cependant, cette contrainte peut être satisfaite indirectement, grâce au mécanisme de coercition (coercion) parce que l'activité correspondante (watching) peut être supplémentée et reconstituée à partir de la quale Télique du nom (Mary enjoys movies). Dans la terminologie vestimentaire, puisque les sens de l'hyperonyme et les traits terminogéniques sont déterminés à l'intérieur du domaine terminologique vestimentaire, c'est surtout le sens du modificateur qu'il faudra considérer pour expliquer les alternances des structures syntaxiques. Je vérifierai sur le matériel du corpus le postulat suivant de Pustejovsky (1995 : 134) : Dans l'exemple ci-dessus, dans le cas du verbe « like » ( = (tous les types)), sa forme syntaxique canonique (fsc) est indéfinie. Dans le cas de « enjoy » ( = [événement] ce qui résulte en fsc : = fsc () = Xi = PV [+PRG] = watching movies), la forme syntaxique contrainte (Yi = csf() = PN = movies) n'est possible que parce qu'on peut reconstituer l'action de 'regarder ' par opération d'extraction (decontraction) du composant Télique du sens de 'movies'.

Ce postulat me permettra d'évaluer mes observations concernant les dénominations vestimentaires complexes exposées en 3.4.5. Il est vraisemblable que les formes contraintes sont caractéristiques pour les termes vestimentaires grâce au même mécanisme de la reconstitution du sens de tout le terme à partir des composants sémantiques de ses éléments.

4.3.3.1. Interaction des sens lexicaux

Dans le chapitre 3, l'observation des patrons syntaxiques typiques pour chaque trait terminogénique a été résumée en tableau (3.r). Ce tableau a démontré que pour nommer les vêtements catalogués selon n'importe quel trait terminogénique, on peut employer le patron syntaxique N1N2, deux noms juxtaposés. Cependant les termes formés selon les traits ASPECT, FONCTION et LONGUEUR n'utilisent jamais de prépositions, tandis que les termes formés selon les traits MATÉRIEL et DÉTAIL sont parfois dotés de préposition « en » et « à » respectivement.

Je démontrerai ci-dessous que dans les catalogues vestimentaires en ligne, la forme contrainte remplace (ou est préférée à) la forme syntaxique complète chaque fois où la coercition est possible, grâce à la possibilité de reconstituer la relation entre l'hyperonyme et le modificateur par opération d'extraction (decoercion) d'un des composants des qualia vestimentaires. Plus exactement, la relation entre l'hyperonyme et le modificateur peut être facilement reconstruite grâce à l'interaction de leurs sens lexicaux.

Dans son article « Lexical Structures and Conceptual Structures », John F. Sowa (1993 : 227) utilise l'exemple de Harris (1968 cité d'après Sowa 1993 : 227) du domaine de la biochimie pour illustrer l'interaction des deux systèmes, lexical et conceptuel. Dans cet exemple, la phrase syntaxique est réduite à deux groupes nominaux différents :

La phrase exprime clairement la relation entre ses composants, l'acide et les peptides, mais les groupes nominaux ne permettront pas de comprendre le processus décrit si on ne connaît pas le sens lexical de ces composants. Pour un chimiste, néanmoins, les deux groupes nominaux expriment clairement le processus parce que pour lui il est évident que les polypeptides ne peuvent pas être utilisés pour laver quoi que ce soit et que l'acide hydrochlorique est normalement utilisée pour laver les polypeptides.

La même situation d'interprétation est typique pour les groupes nominaux N1N2 de la terminologie vestimentaire : si on connaît le sens lexical du modificateur et si on a une bonne idée de la structure qualia de l'hyperonyme, on peut facilement comprendre quelle propriété du vêtement-hyperonyme N1 est caractérisée par le modificateur N2. Il faut ajouter que puisque la terminologie vestimentaire utilise des mots de la langue courante, l'interprétation du sens des groupes nominaux non prépositionnels ne demande pas normalement de connaissances approfondies du domaine de la mode. Par exemple, il ne faut pas être spécialiste pour comprendre le style télégraphique du catalogue Saint James (http://www.saint-james.fr/duffle-coat-homme.asp, le 16 mars 2006) :

De la même façon, il ne faut pas être spécialiste pour comprendre les dénominations elliptiques utilisées par tous les autres catalogues en ligne. Plus bas, j'examinerai l'interprétation du sens des dénominations vestimentaires elliptiques plus en détail.

4.3.3.1.1. Interaction des sens et traits FONCTION, ASPECT et LONGUEUR

Ces trois trais terminogéniques utilisent le même patron de formation syntaxique, N1N2, mais ASPECT et LONGUEUR utilisent parfois des mots explicatifs. J'examinerai ci-dessous les cas d'utilisation des mots explicatifs pour démontrer pourquoi la structure qualia et le sens du modificateur ne sont pas toujours suffisants pour reconstituer le sens du terme complexe de structure N1N2.

Les tableaux (3.f) et (3.g) montrent que le trait FONCTION n'utilise jamais la préposition « pour » qui serait employée dans un syntagme commun pour exprimer la destination d'un objet. Cela doit être dû au fait que la structure qualia vestimentaire ne permet qu'une seule interprétation du modificateur désignant une activité qui est ajoutée à un hyperonyme désignant un type de vêtement. Tout le monde qui comprend les mots « pantalon » et « jogging » peut facilement reconstituer la quale Télique dans le groupe « pantalon jogging » et voir qu'il s'agit du type de 'pantalon' qui est porté pour faire du jogging. De la même façon, les modificateurs désignant les professions ont la seule possibilité d'interprétation à travers la quale Télique : « à être porté au travail par les représentants de ces professions ». Naturellement, dans le contexte des catalogues des vêtements non spécialisés, l'interprétation doit aller encore plus loin et on comprendra qu'il s'agit plutôt d'un modèle vestimentaire qui ressemble un vêtement typiquement porté pour exercer la profession en question. Dans le cas de ressemblance, il s'agit plutôt de la définition de l'aspect visuel à l'aide d'un terme polysémique, cependant, la quale Télique garde toujours son importance pour l'interprétation du sens.

La relation entre l'hyperonyme et le modificateur correspondant aux traits ASPECT et LONGUEUR est le plus souvent de même nature : on ne peut imaginer qu'une seule interprétation possible du point de vue de la structure qualia de l'hyperonyme. La représentation (4.g) ci-dessous démontre les corrélations entre les modificateurs de l'hyperonyme « jean » et les composants de la structure qualia de son archétype 'pantalon'.

Il faut noter que très souvent les caractéristiques des parties obligatoires sont ajoutées au nom de l'hyperonyme directement, sans mentionner la partie caractérisée. Il est possible de dénommer un 'jean' « jean taille basse » ou « jean bas » puisque aucune autre partie obligatoire de 'pantalon' ne peut pas être caractérisée comme basse. Cependant, le mot explicatif est parfois nécessaire pour préciser de quoi il s'agit si le modificateur peut être relié à plus d'un composant de qualia. Par exemple, le terme « jean bas évasés » précise qu'il ne s'agit que du bas du jean et non pas de la coupe de toute la jambe. Le terme « pantalon longueur classique » explique qu'il ne s'agit que de la longueur et non pas d'un autre composant des qualia Constitutive ou Formelle ou de tout l'ensemble des composants. Le modificateur « classique » utilisé sans mot explicatif est normalement interprété comme « le plus proche du prototype ».

4.3.3.1.2. Interaction des sens et trait MATÉRIEL

Le patron non prépositionnel est aussi largement préféré pour dénommer les vêtements selon le trait MATÉRIEL. Ce patron est utilisé même avec les noms de tissus comme « parachute » ce qui produit des termes complexes difficiles à interpréter hors contexte et surtout sans connaître le terme de l'industrie de textile « (toile) parachute ». Les sujets parlants, qui ne connaissent pas bien le vocabulaire de la mode vestimentaire, ont tendance à interpréter le terme « robe parachute » comme « robe en forme de parachute » (huit réponses sur dix enquêtes personnelles, deux réponses alternatives étant « je ne sais pas » et « aucune idée »). Puisque dans le corpus le terme « robe parachute » ne se rencontre qu'en forme non prépositionnelle, j'ai interrogé GOOGLE pour vérifier si la forme prépositionnelle est répandue ailleurs.

Dans le contexte des catalogues de vente, ce terme n'est utilisé qu'en forme sans préposition parce que, semble-t-il, les sujets dénommant ne se rendent pas compte de l'existence d'une autre possibilité d'interprétation. Pour les connaisseurs de la mode contemporaine, le contexte vestimentaire et les qualia vestimentaires sous-entendues permettent d'interpréter « parachute » d'une seule façon possible, comme « toile parachute » puisqu'ils connaissent beaucoup d'autres termes du domaine qui contiennent le même modificateur. D'après la même recherche sur l'Internet, ces termes existent en abondance : Il reste à essayer d'expliquer pourquoi la préposition « en » est parfois utilisée avec le modificateur MATÉRIEL plus évident que « parachute » malgré l'impossibilité d'une interprétation alternative. Pour analyser les cas d'utilisation de cette préposition, j'ai interrogé TACT sur les contextes de « en » dans le sous-domaine 'pantalon'. Sur 1070 occurrences de « en », seulement 50 correspondent à la traduction du trait MATÉRIEL ; 1020 occurrences sont dues à l'utilisation de la phrase « Dans mon panier en 1 clic ! » par le catalogue La Redoute.

La préposition « en » est ajoutée au trait MATÉRIEL surtout dans les termes complexes d'une longueur considérable (29 sur 50) qui contiennent trois composants ou plus. Treize exemples, qui contiennent un modificateur du trait MATÉRIEL comme troisième composant, s'expliquent facilement : la préposition sert à distinguer la structure syntaxique [jean [en denim extensible]] de la structure [[jean denim] extensible] expliquée en 3.3.3.2.1.

En ce qui concerne seize termes qui contiennent des déterminants correspondant aux autres traits terminogéniques, je peux supposer que la préposition doit être là pour des raisons plutôt euphoniques : un terme de plus de trois composants juxtaposés ne ressemble plus ni à une dénomination ni à une phrase, en ajoutant une préposition, on le fait ressembler à une description définitoire aux éléments du style télégraphique. Cela arrive le plus souvent dans le cas de MATÉRIEL pour deux raisons possibles : premièrement, le matériel est le plus souvent mentionné vers la fin du terme complexe, où on peut avoir besoin de raviver la monotonie des noms juxtaposés; deuxièmement, le trait MATÉRIEL possède une préposition « canonique » qui est capable de casser la monotonie tandis que les mots explicatifs utilisés par ASPECT ou LONGUEUR ne peuvent qu'alourdir le terme et rajouter de la monotonie. » [11] Dans les termes à deux composants, la préposition « en » n'est utilisée que 21 fois. On peut aussi supposer que la proposition « en » est parfois utilisée avec les noms de matériel pour des raisons euphoniques : par exemple avec des noms monosyllabiques comme « lin » pour leur donner de l'appui ou du poids « pantalon en lin » ou « pantalon lin ». J'ai consulté la liste des fréquences des 'matériaux' qui figurent dans ces 21 contextes de la préposition « en » pour comparer la quantité des occurrences des noms de matériel monosyllabiques et polysyllabiques avec et sans préposition. Il a fallu exclure « jean » comme nom de matériel parce que il est impossible de le distinguer du nom de vêtement. En fait, dans le cas du « pantacourt en jean » cela explique la présence de la préposition. Après avoir exclu deux occurrences du « pantacourt en jean », il ne reste que 19 termes prépositionnels à analyser : dix avec un nom de matériel monosyllabique et neuf avec un nom de matériel polysyllabique. Je peux compter le pourcentage de leur utilisation avec et sans préposition en utilisant le chiffre de leur fréquence dans le sous-domaine 'pantalon'. Je dois extraire de ce chiffre la quantité des occurrences dans les termes à plusieurs composants expliqués ci-dessus. Après avoir extrait quatre occurrences de « en voile » et une occurrence de « en lin » citées ci-dessus du chiffre total (38-4-1=33), je peux calculer le pourcentage d'utilisation des noms de matériel monosyllabique avec « en » : Les noms de matériel polysyllabiques sont beaucoup plus fréquents dans le corpus. Dans ce cas, je dois extraire cinq occurrences de « en velours », deux occurrences de « en gabardine » et une occurrence de « en denim » citées ci-dessus (157-5-2-1=149). Le pourcentage d'utilisation des noms de matériel monosyllabiques avec la préposition « en » est cinq fois plus élevé (30,3%) en comparaison avec les noms de matériel polysyllabiques (6%). Il s'agit d'un résultat significatif, pour le sous-domaine 'pantalon' du moins; il faut vérifier ces résultats sur le matériel plus extensif ou, plutôt sur le matériel d'un domaine de connaissance différent.

4.3.3.1.3. Interaction des sens et trait DÉTAIL

Le fait que la préposition « à » est utilisée avec le modificateur du trait DÉTAIL dans les mêmes cas qu'avec le modificateur du trait MATÉRIEL ne peut que confirmer la demande d'euphonie. Comme le trait MATÉRIEL, le trait DÉTAIL possède une préposition « canonique » et il est aussi mentionné vers la fin du terme complexe le plus souvent.

Cependant, il y a une particularité de la traduction syntaxique de ce trait qui doit être expliquée. Cette particularité concerne l'impossibilité d'omettre la préposition chez les termes complexes à deux composants, l'hyperonyme et le modificateur de DÉTAIL (« chino à pinces » ne peut pas exister sous la forme *« chino pinces »). Comme je l'ai décrit en 4.3.1., ce patron syntaxique n'est utilisé que quand il y a un choix limité de détails (plis ou pinces) ou quand il s'agit d'un détail qui n'est pas obligatoire ou qui est atypique.

L'utilisation de la préposition « à » est nécessaire quand le modificateur DÉTAIL n'inclut qu'un seul nom de 'détail' pour faciliter l'interprétation du terme. Même s'il ne s'agit pas d'éviter l'ambiguïté « avec » ou « sans » puisque normalement la structure syntaxique N1N2 ne peut pas être interprétée comme « sans N2 », le sujet dénommant peut vouloir préciser la relation « avec N2 » quand il s'agit d'un détail variable. Puisque dans la terminologie vestimentaire il existe beaucoup de termes qui contiennent un nom de 'détail' avec la préposition « sans », le sujet dénommant peut sentir que la structure qualia, tout en permettant de relier le modificateur DÉTAIL au composant 'détails supplémentaires' de la quale Constitutive, ne permettrait pas de décider s'il s'agissait de 'chino avec pinces' ou de 'chino sans pinces'. Il paraît que dans les cas où la structure qualia n'assure pas la seule interprétation correcte du terme, le patron syntaxique N1N2 est évité même si du point de vue de la syntaxe il est acceptable pour exprimer la relation en question.

Le même raisonnement permet d'expliquer pourquoi les termes complexes qui contiennent le modificateur DÉTAIL avec ses propres modificateurs (pantalon poches cavalières) n'utilisent pas de prépositions. L'ambiguïté conceptuelle « avec » ou « sans » devient impossible quand on ajoute au nom de 'détail' un nombre ou une caractéristique. Bien naturellement, si les 'détails' (ou leur quantité) sont décrits, l'interprétation « sans » est impossible. Le terme « pantalon 2 pinces » ne permet aucune autre interprétation que 'pantalon ajusté à la taille à l'aide de deux pinces' et, par conséquent, le patron syntaxique sans préposition domine.

4.3.3.2. Interaction des sens et notion de prototype

Les analyses précédentes (en 3.3.4. et 4.3.3.) ont démontré que la forme contrainte est la forme qui est largement préférée dans le corpus étudié. En fait, pour les catalogues vestimentaires c'est la forme contrainte qui devrait être appelée « canonique » (ou « normative » pour ne pas confondre avec le terme de Pustejovsky) puisqu'elle est devenue le patron syntaxique le plus typique et que la forme complète n'est utilisée que dans les cas où le sens ne peut pas être reconstruit avec sûreté. Il faut préciser que cette forme contrainte peut être facilement interprétée par un locuteur moyen dans la plupart des cas.

Il est possible que la structure conceptuelle que j'appelle « structure qualia », comme proposée par Pustejovsky, soit présente dans le système conceptuel du locuteur moyen sous forme d'image floue de prototype vestimentaire. Cependant, cette image prototypique, aussi indéfinie soit-elle, peut toujours se préciser dans la partie qui est mise en relief par le modificateur. Ce mécanisme de précision des sens lexicaux des constituants des termes complexes permet une grande économie des moyens linguistiques dans le contexte des catalogues vestimentaires.

Malgré qu'il soit impossible d'observer directement ce qui se passe dans le cerveau du locuteur pour vérifier cette hypothèse de l'existence de l'image prototypique, il peut être profitable de revaloriser les analyses précédentes du point de vue du signe linguistique. Puisque, dans la tradition saussurienne, le signe linguistique est une entité psychologique qui réunit le signifié et le signifiant (figure 0.a) et donc représente la mentalité du locuteur, la corrélation des particularités des termes du corpus avec les composants du signe peut aider à mieux discerner les opérations psychologiques derrière le processus de dénomination.

4.4. Conclusions portant sur le processus de dénomination

Après avoir étudié les particularités et les régularités linguistiques des termes vestimentaires du corpus, il est possible de suivre le conseil de Guilbert et d'« aborder le problème par une démarche inverse en prenant en considération d'abord la formation du concept et en se demandant comment elle peut déterminer le nom » (Guilbert 1975 : 14-15).

L'intérêt et la difficulté de la démarche proposée par Guilbert ont été discutés depuis le dix-neuvième siècle au moins. En 1887, Gaston Paris (Mélanges linguistiques 2, 1906 : 289) reprochait à Darmesteter de ne pas chercher « comment les idées nouvelles s'arrangent pour trouver leur expression dans les mots ». Wexler (1955 : 9) et Guilbert (1975 : 15) affirmaient que le processus de dénomination nous échappe parce que nous ne disposons que de termes déjà constitués. Ces termes lexicalisés, ou les termes qu'on a fini par adopter, ne sont que « le résultat d'un choix multiple, l'aboutissement d'une période de flottement plus ou moins prolongée. » (Wexler, 1955 : 9).

La démarche inverse, du concept vers le nom, est possible si on peut contourner la difficulté décrite par Wexler. Wexler l'a contournée en adaptant une approche diachronique (voir 1.0.2.1.) et en considérant tous les noms concurrents de l'époque de la dénomination de chaque notion qu'il étudiait. Puisque dans le cas de la terminologie vestimentaire, il s'agit de notions plus éphémères, tous les termes oscillants correspondant à la même notion peuvent être considérés « les noms concurrents ». Je peux donc adopter l'hypothèse que les termes oscillants que j'ai analysés dans le chapitre 3 représentent la période de flottement qui précède la dénomination stabilisée ou définitive. Les régularités de formation de ces termes oscillants doivent permettre d'analyser cette « interaction entre l'analyse conceptuelle et la dénomination » qui, d'après Guibert (1975 : 15), « se révèle dans l'étape de création d'un nom nouveau en correspondance à l'objectivation conceptuelle d'un contenu nouveau. »

Sur la base de cette hypothèse et en mettant à profit les régularités sémantiques et syntaxiques des termes oscillants observées jusqu'ici, je propose de caractériser les scénarios possibles de dénomination.

4.4.1. Modèle élargi et précisé du signe linguistique vestimentaire

Pour appliquer l'approche de Guilbert à l'étude de l'acte de dénomination, il faut tout d'abord développer le modèle du signe linguistique vestimentaire. Pour pouvoir mieux retracer « l'objectivation conceptuelle d'un contenu nouveau », je combinerai le modèle élargi du signe linguistique (figure (0.b)) et la structure qualia vestimentaire (tableau (4.a)).

4.4.1.1. La structure conceptuelle précisée

En 3.4.4., l'analyse des termes complexes oscillants m'a permis de déterminer l'ordre relatif des modificateurs correspondant aux traits terminogéniques. Cette régularité d'expression des traits conceptuels sur la surface syntaxique incite à changer l'ordre des qualia dans la structure qualia vestimentaire qui a été développée à la base de la structure proposée par Pustejovsky (voir tableaux (4.a-4.c)). Je réarrangerai les qualia dans l'ordre de leur importance du point de vue de la dénomination des termes vestimentaires. Puisque les composants de la quale Formelle (ASPECT et LONGUEUR) sont toujours mentionnés avant toutes les autres caractéristiques, je mettrai cette quale à la première place de la structure.

La quale Formelle sera suivie de la quale Télique qui correspond souvent au trait terminogénique FONCTION. Ce trait est normalement exprimé à la même place que le trait ASPECT (correspondant à la quale Formelle) mais se rencontre moins fréquemment. De plus, dans le contexte des catalogues non spécialisés, le trait FONCTION se rapproche du trait ASPECT puisque il sert plutôt à désigner les vêtements qui ressemblent aux habits professionnels. D'autres modificateurs, comme « de femme » ou « d'intérieur », qui décrivent l'aspect télique des vêtements, sont aussi placés le plus souvent immédiatement après l'hyperonyme.

La quale Constitutive prend la troisième place, du fait que les modificateurs des traits MATÉRIEL et DÉTAIL correspondant à ses composants sont toujours ajoutés après les traits des qualia Formelle et Télique. La quale Agentive, qui le plus souvent décrit la marque du vêtement, se trouve à la dernière place parce que les noms des marques sont presque toujours mentionnés en dernier lieu dans les catalogues en ligne ainsi que le trait DÉTAIL qui implique une opération de couture autre que 'confectionner'.

Il faut ajouter que Pustejosky (1995 : 85) lui-même définissait la quale Formelle comme celle qui permet de distinguer l'objet à l'intérieur du domaine plus large (Formal : That which distinguishes the object within a larger domain). Il n'est pas du tout surprenant que les composants de cette quale soient normalement mentionnés en premier lieu dans les dénominations des vêtements. En attribuant un nom, on essaie de classifier un item ou d'identifier son appartenance à un des groupements de son domaine, et après, on précise des détails plus spécifiques. Je me pencherai sur ce processus dans les paragraphes qui suivent.

4.4.1.2. Le signe linguistique

Les structures conceptuelles proposées ci-dessus (en 4.4.1.1.) ne représentent qu'une partie du signe linguistique vestimentaire - le signifié. Dans l'introduction, le modèle du signe linguistique représenté en (0.a) a été élargi par l'indication des liens de chaque composant du signe avec les paradigmes linguistiques correspondants en (0.b). Ici, j'envisagerai la dénomination dans un contexte encore plus large : j'observerai ce processus à partir de l'image du vêtement réel jusqu'au terme produit. J'essaierai de trouver la corrélation entre les étapes de dénomination et les liens établis pendant ces étapes. Il peut s'agir des liens à l'intérieur du signe linguistique ou des liens entre le signe linguistique et les deux systèmes participants, le système conceptuel et le système linguistique.

Pour mieux représenter la corrélation entre ces deux systèmes, je reproduis ci-dessous le modèle du signe linguistique qui a été partiellement représenté en (0.b). Je compléterai cette représentation par les rapports syntagmatiques qui font partie du modèle du signe linguistique et sa position dans le monde extérieur proposé par Piotrowski (1990 : 23).

Dans ce schéma, il s'agit des objets appartenants aux réalités différentes : objet physiques - /veste capuche/ ; objets psychologique - 'Ds' ; objet linguistique (sonore ou écrit) - « Veste capuche ». Aussi s'agit-il des compétences différentes aux différentes étapes du processus de dénomination - la compétence conceptuelle et la compétence linguistique.

4.4.2. Étapes de dénomination

Je distingue quatre étapes principales du processus de dénomination que j'indique par les flèches et les chiffres inscrits dans les carrés sur le schéma du signe linguistique et ses relations extérieures. Je décris chaque étape séparément infra. Il est possible que dans le cas des catalogues, les différentes étapes de dénomination soient assurées par des gens différents. Cependant, tous ces gens doivent partager les mêmes compétences conceptuelles et linguistiques. Je parlerai donc du sujet dénommant en général.

4.4.2.1. Première étape : réalités physique et psychologique

La première étape représente une relation établie entre la réalité physique (l'objet vestimentaire et la situation dénominative) et la réalité psychologique (denotatum et connotatum du signe linguistique). À cette étape l'objet est classifié selon son archétype et, en même temps, la situation de dénomination détermine le registre de la langue.

La /situation de vente en ligne au public/ se trouve reliée au 'Cn', connotatum, et favorise le registre de la langue commune. En général, la situation détermine le contexte ou le domaine de connaissance, et conséquemment, la terminologie. Dans le cas de mon corpus, la /situation de vente/ engage le domaine de connaissance - « la mode vestimentaire » et précise le registre - « terminologie banalisée ».

Dans l'exemple de la /veste capuche/ sur le schéma du signe linguistique, l'image globale de ce /vêtement physique/ est reliée au composant 'Dn', denotatum, du signe linguistique. Selon Piotrowski (1990 : 24), le denotatum est une réflexion indivisible du référent (« indivisible reflection of the referent ») dans l'esprit du sujet parlant. Cet entendement du denotatum permet de le relier à l'idée de prototype. Ce qui se passe au cours de cette première étape, c'est non seulement le miroitement intellectuel du référent mais aussi la comparaison (possiblement inconsciente) de son image globale avec les prototypes qui sont déjà présents dans le système conceptuel du sujet dénommant. Puisque le domaine de connaissance est déjà déterminé par la situation, la quantité de prototypes à comparer au denotatum est déjà réduite au nombre d'archétypes ou même de types principaux d'un sous-domaine vestimentaire. Il s'agit donc d'une opération d'adéquation qui ressemble à la tâche 'Trouvez l'image identique'. À cette étape, il existe deux scénarios possibles qui sont représentés ci-dessous comme () et ().

Dans le scénario (), la comparaison de l'image globale (denotatum) du vêtement à nommer avec les prototypes existants résulte en la constatation que le denotatum du vêtement est absolument identique à un des prototypes connus. Dans ce cas, l'acte de dénomination se termine à cette étape, le vêtement reçoit le nom de l'archétype retrouvé - l'invention d'une nouvelle dénomination n'est pas nécessaire. Ce scénario semble être assez répandu dans le corpus : par exemple, le terme « manteau » qui correspond à l'archétype de son sous-domaine se rencontre seul dans 26 sur ses 107 occurrences. (Ce qui veut dire qu'environ 25% des dénominations des vêtements catalogués n'aboutissent à rien de nouveau : on ne leur attribue que le nom de l'archétype et de la société productrice.) Cependant pour la /veste capuche/ en (4.j), il n'est pas possible de trouver une image de prototype identique. On ne peut identifier que son archétype.

Il est possible qu'à cette étape d'identification préliminaire la /veste capuche/ passe par une notion générique comme 'vêtement d'extérieur' ou 'manteaux'. Cependant, il est encore plus vraisemblable, que certains types vestimentaires bien connus peuvent être identifiés directement, sans passer par la notion générique de leur sous-domaine. Cela expliquerait partiellement l'absence de termes collectifs sur les niveaux 2, 3, et 4 de la structure arborescente (2.a) : Puisque les archétypes vestimentaires sont reconnaissables comme prototypes dans la totalité de leurs images, il n'est pas nécessaire de recourir aux notions intermédiaires pour les identifier. Puisque ces notions, qui regroupent les archétypes, ne s'utilisent pas, elles n'ont jamais été dénommées.

En tout cas, il est évident que dans le scénario (), la même comparaison ne résulte qu'en la constatation que le denotatum ne ressemble que partiellement à un des prototypes. Dans ce cas, le sujet dénommant n'a fait que trouver l'archétype correspondant et doit passer à la deuxième étape de dénomination.

Il faut noter la possibilité du scénario () à cette étape. Si l'archétype n'est pas facile à déterminer parce que le vêtement en question est un hybride de deux archétypes, le vêtement peut être dénommé à l'aide d'un composé appositionnel (« la veste-manteau »). Dans le cas de ce troisième scénario, la dénomination peut se terminer à la première étape ou bien peut continuer à la deuxième étape si le vêtement-hybride a des particularités à spécifier.

4.4.2.2. Deuxième étape : denotatum - designatum

Puisque le denotatum a permis de déterminer l'archétype du vêtement à nommer, il est possible de préciser le concept de ce vêtement en le comparant avec son archétype. La deuxième étape correspondra donc à la précision de la structure conceptuelle du vêtement et à la relation entre le denotatum et le designatum. À cette étape, les composants typiques, prototypiques et variables de la structure qualia de l'archétype sont comparés aux caractéristiques du vêtement à nommer. Encore une fois, il s'agit de l'opération d'adéquation mais limitée à un seul prototype et plus détaillée. Cette fois il s'agit plutôt de la tâche 'en quoi ces deux images sont différentes'. C'est à cette étape qu'on détermine les traits terminogéniques en choisissant les traits les plus saillants ou ceux qui semblent les plus importants. Puisque le corpus permet d'établir l'ordre préféré de l'expression des traits terminogéniques, il est possible de supposer que les traits sont comparés à l'ordre de l'importance des composants de la structure qualia vestimentaire établi en 4.4.1.1 et illustré par (4.h) et (4.i) : en commençant par les composants prototypiques de la quale Formelle et en terminant par les variables de la quale Agentive. Les premières et les seules différences qu'on rencontre en comparant le prototype et le vêtement à nommer se trouve au niveau de la quale Constitutive : la veste réelle est dotée d'une capuche, d'un zip, et de poches. » [12] On doit donc choisir des moyens linguistiques pour dénommer le vêtement selon la quale Constitutive ou selon le trait terminogénique DÉTAIL.

4.4.2.3. Troisième étape : réalités psychologique et linguistique

À la troisième étape, on choisit des constituants linguistiques pour exprimer le concept formé au cours de l'étape précédente. Cette étape demande de la compétence linguistique pour choisir un classificateur et un spécificateur linguistique appropriés. Cette opération demande la consultation du Thésaurus disponible, ainsi que le Paradigme de connotata. De plus, c'est à cette étape qu'on choisit le modèle de formation du terme et emploie les outils linguistiques disponibles.

Le choix du modèle linguistique dépend du choix des traits terminogéniques qui s'effectue à l'étape précédente. Il y a au moins cinq scénarios possibles qui peuvent se dérouler à la deuxième étape. L'observation du corpus permet d'esquisser les scénarios éventuels de la deuxième étape et d'expliquer certaines régularités de l'ordre d'expression des traits terminogéniques chez les termes complexes.

4.4.2.3.1. Explication de l'ordre d'expression des traits terminogéniques

Comme on l'a vu en 3.4.4.1., l'ordre d'expression des traits terminogéniques ne correspond pas exactement à l'importance conceptuelle de ces traits. Premièrement, les traits catégoriels et les traits prototypiques ne sont pas exprimés explicitement parce qu'ils sont sous-entendus ou évoqués par le nom générique (qui peut être présent ou sous-entendu lui aussi). Deuxièmement, les traits variables ne sont pas toujours exprimés avant les traits optionnels. Cependant, il y a quelques régularités à noter et à expliquer :

Ces régularités de l'ordre d'expression des traits peuvent s'expliquer si on représente le processus de dénomination comme processus de comparaison de l'image du vêtement à nommer à l'image de son archétype.

4.4.2.3.2. Cinq scénarios du processus de dénomination

Le processus mental de comparaison de l'image concrète du vêtement à nommer à l'image conceptuelle de son archétype peut comprendre jusqu'à cinq opérations de comparaison. Chaque opération dépend du résultat de la comparaison précédente; c'est la raison pour laquelle la description de chaque scénario commence par « si ». J'assume ci-dessous que l'archétype du vêtement à dénommer est déjà déterminé mais que le sujet dénommant veut préciser la dénomination.

() Si l'archétype est déjà déterminé, la première comparaison consiste en la vérification des traits catégoriels et prototypiques correspondants à la structure qualia de l'archétype. Si une contradiction est trouvée, le vêtement est dénommé tout de suite selon le trait défectif (souvent à l'aide d'un autre hyperonyme dénommant un type de vêtement correspondant, « le pantacourt », ou à l'aide de terme complexe avec la préposition « sans » comme « le pull sans manches »).

() Si aucune contradiction n'est trouvée, on se met à la recherche des traits saillants parmi les traits variables qui permettent d'identifier le vêtement sur l'image comme un type spécifique (le jean, le trench).

() Si aucun ensemble identifiable de traits variables n'est remarqué, le nom d'archétype est choisi comme classificateur et la recherche de traits spécifiques continue parmi les composants de la quale Formelle, parce que c'est la quale Formelle qui a comme fonction primaire la distinction des sous-classes à l'intérieur d'une catégorie. Le plus souvent, c'est la longueur qui est la composante la plus facile à remarquer et le trait terminogénique le plus facile à nommer (la jupe longue, le manteau trois-quarts). La découpe aussi peut offrir beaucoup de possibilités à cette étape de comparaison (le pantalon large, la veste croisée)

() Si la quale Formelle n'offre rien de spécial, la recherche continue au niveau de la quale Constitutive : on nomme le vêtement selon le matériel, selon une propriété spécifique d'une partie obligatoire ou selon un détail supplémentaire (la jupe velours, le pantalon taille basse, le sweat capuchon). Ce quatrième scénario se déploie dans le cas de « veste capuche » dont l'exemple illustre la deuxième étape en 4.4.2.2.

() Si on ne trouve toujours rien de spécifique, on laisse l'archétype tel quel ou on ajoute le modificateur du matériel (ou du motif) même s'il n'a rien de spécial (la jupe, le pantalon uni). Il est toujours possible de laisser le nom de l'archétype seul comme le nom du vêtement parce que presque tous les modèles vendus sont spécifiés par la quale Agentive, il y a toujours le nom de marque à ajouter.

Naturellement, si le vêtement offre plus d'un trait saillant à nommer, l'ordre d'expression de ces traits correspondra plus ou moins aux étapes du processus de comparaison de décrit ci-dessus (le pantalon charpentier en denim). Les données du corpus, comme par exemple l'analyse de l'ordre des composants dans le sous-domaine 'manteau' en 3.4.4.1., confirment cette conception du processus de dénomination.

Cependant, puisque la même structure sémantique peut avoir plusieurs traductions au niveau de surface, il faut considérer toutes les variantes de traduction. En ce qui concerne l'ordre des traits, le sous-domaine 'manteau' a montré qu'à l'intérieur d'un trait terminogénique l'ordre d'expression des caractéristiques peut varier comme dans le cas de « la veste capuche zippée » et « la veste zippée capuche ». Il faut néanmoins ajouter que cette alternance n'est possible que pour les composants variables de la même quale.

4.4.2.3.3. Exemple de « veste capuche »

Pour trouver des termes réels qui puissent nommer le référent du schéma (4.k), j'ai consulté la liste des contextes du sous-domaine 'manteaux' de mon corpus et, notamment, les contextes du composant « capuche » qui correspond au trait le plus saillant du référent en question. Sur 51 termes qui contiennent le composant « capuche » 31 termes pourraient correspondre au vêtement dont la structure qualia est représentée en (4.n) :

Les outils linguistiques utilisés pour la construction de ces termes sont les patrons de formation des termes complexes accompagnés de toutes les restrictions et contraintes dont il était question en 4.3. La situation similaire existe dans tous les sous-domaines vestimentaires : de toutes les possibilités de formation terminologique, le corpus favorise surtout la synapsie et la composition, en recourant à l'emprunt de temps en temps.

À cette étape le processus de création du terme banalisé se termine : le nom vestimentaire est proposé et entré dans le catalogue en ligne, d'où il doit disparaître plus tard avec le vêtement particulier qu'il nommait. Cependant, certains termes banalisés ont une vie plus longue qu'une saison de vente de vêtements et peuvent passer à la quatrième étape.

4.4.2.4. Quatrième étape : lien « réalité linguistique - réalité psychologique »

Certains vêtements deviennent très populaires et persistent dans les catalogues et dans la réalité physique pendant des années ou même des dizaines d'années (comme « jean », par exemple). Les termes créés pour ces vêtements commencent à s'utiliser dans le discours, ce qui peut changer leur forme linguistique : la fréquence d'utilisation résulte en une abréviation, et de cette façon aboutit à la création d'un terme nouveau en remplaçant son ancien élément 'Tm' par sa forme abrégée.

Boswell (1982 : 110) examine les cas de conversion nominale à partir de bases adjectivales provoquée par l'ellipse du nom dans des syntagmes nominaux et conclut que « dans ces exemples le contenu sémantique de lutte (la (lutte) gréco-romaine) a été transféré respectivement aux adjectifs » (Boswell 1982 : 110). Dans la terminologie banalisée, il arrive souvent que le spécificateur prenne la place du classificateur en absorbant le sens de ce dernier. Cela peut être dû au fait que, sous la rubrique du catalogue, qui affiche le nom de l'hyperonyme des vêtements vendus, il est plus facile d'omettre cet hyperonyme dans les noms des vêtements. Ce fait doit contribuer à l'utilisation du terme vestimentaire dans le discours en sa forme elliptique et à l'ellipse complète de l'hyperonyme.

Le nouveau terme ainsi formé représente un nouveau signe linguistique ou une nouvelle réalité psychologique. Le plus souvent un tel terme change de statut dans le système conceptuel de la terminologie : il devient un des types principaux et peut servir de prototype pour la formation du concept ou du designatum de nouveaux termes. Conséquemment, sa forme linguistique s'utilise de plus en plus souvent comme classificateur pour créer de nouveaux termes. Dans ce cas, ce terme fréquent peut s'introduire au niveau de base et dans la langue commune. Ainsi un signe complètement nouveau peut apparaître. Si un terme technique passe au niveau de la langue commune il change de registre et son constituant 'connotatum' est différent : il n'appartient plus au registre de la terminologie banalisée mais au registre de la langue courante. Si un terme spécifique devient un terme typique, sa structure conceptuelle change aussi : au lieu d'être perçu comme un archétype avec un ou deux traits saillants précisés au niveau du 'designatum', sa forme linguistique abrégée n'évoque qu'une image monolithique de 'denotatum' prototypique.

Dans son livre Predicting New Words, Allan Metcalf (2002) a essayé de discerner les facteurs qui peuvent influencer la « longévité » des néologismes. Il présume que les mots, comme les êtres vivants, sont soumis à la lutte darwinienne et que ce ne sont pas ceux qui sont les plus gros ou les plus éclatants (biggest and flashiest) qui survivent mais ceux qui sont les plus capables de se camoufler (Metcalf 2002 : 2). Le corpus de ma recherche révèle que la terminologie vestimentaire est surpeuplée de représentants longs et exotiques. Cependant, cela peut dépendre du niveau de la hiérarchie terminologique. Au sens de Metcalf, « survivre » veut dire avancer vers les niveaux supérieurs et occuper une place dans la partie de la terminologie qui est partagée avec la langue commune. Metcalf (2002 : 2) affirme que deux générations sont nécessaires pour assurer le statut permanent du mot dans le vocabulaire (« it takes about two generations to know for sure whether a word will be a permanent addition to the vocabulary ). Il serait intéressant de vérifier si les termes vestimentaires des niveaux supérieurs qui sont partagés avec la langue commune sont âgés d'une quarantaine d'années au moins. Ce qui serait encore plus intéressant, c'est d'étudier les termes oscillants du point de vue de cinq critères de l'échelle qui permet de prédire le succès ou l'échec de nouveaux mots. Metcalf a emprunté l'idée de l'échelle à la médecine, plus précisément, il s'est inspiré du test de Dr. Apgar qui a été créé pour évaluer instamment le physique des nouveaux-nés selon cinq indications APGAR : Apparence, Pouls, Grimace, Activité, Respiration. Chaque indication reçoit 0, 1, ou 2 points. Si le total est moins de 6, le bébé est en danger ; si le total est plus haut que 7, le bébé survivra sans intervention médicale. C'est de la même façon que Metcalf fait une estimation de possibilité de survivre pour les mots nouveaux-nés, seulement ses cinq critères sont différents, il évalue les propriétés FUDGE » [13] suivantes :

Je vois dans ces cinq facteurs un mélange des caractéristiques du mot portant sur les trois facettes principales - l'usage, le sens et la forme - selon lesquelles j'étudie mon corpus de termes vestimentaires : Tout cela veut dire que si le corpus étudié ne permet pas d'observer la quatrième étape de formation des termes vestimentaires (l'étape de leur admission dans la langue commune ou de leur disparition), le corpus et les analyses effectuées permettent d'évaluer les perspectives (lexicalisation ou disparition) que les termes étudiés peuvent engager à cette étape. La structuration du corpus (structure arborescente et tableaux) et les listes (fréquences et contextes) créées par TACT peuvent faciliter l'attribution des valeurs (0, 1 ou 2) aux facteurs FUDGE et prédire ou étudier l'évaluation éventuelle ou réelle des termes vestimentaires. Cela serait une des continuations possibles de la présente recherche. Ce que cette recherche peut déjà apporter à l'étude des néologismes c'est l'analyse de la nécessité de leur création.

4.4.3. Génération de termes vestimentaires complètement nouveaux

L'analyse de la structure qualia des termes attestés a démontré que deux facteurs majeurs (hors de facteurs extralinguistiques) sollicitent la création d'un nouveau mot ou favorisent l'introduction d'un emprunt : S'il s'agit d'un seul trait spécifique, il est plus vraisemblable que la formation d'un nouveau terme soit graduelle : le terme passera par l'étape de terme complexe (« pardessus imperméable », « pantalon jogging ») avant de se stabiliser sous la forme abrégée.

4.4.3.1. Facteurs subjectifs et objectifs

Piotrowski (1990 : 22) distingue non seulement Denotatum et Designatum, mais aussi deux types correspondants de semiosis : le premier type prévoit le choix arbitraire du nom (comme « Paris » pour le centre administratif de la France) ; le deuxième type produit la dénomination qui reflète l'essence ou le trait sémantique primordial du signifié et de son référent (comme « la capitale de la France » pour la même ville).

Le schéma (4.j) représente le terme vestimentaire comme signe linguistique ou comme unité psychologique bilatérale reliée d'un coté à la réalité physique et de l'autre à la réalité linguistique. L'analyse des termes vestimentaires démontre que ces deux réalités restreignent considérablement les moyens que la réalité psychologique peut utiliser pour les relier dans le signe linguistique.

L'analyse du sens et de la forme des termes a mis en évidence deux types de facteurs - objectifs et subjectifs - qui sont en jeu lors du processus de dénomination dans la terminologie de la mode. Les facteurs subjectifs sont reliés à la liberté de choix et à la créativité. Les facteurs objectifs limitent la créativité individuelle par des restrictions de nature conceptuelle et linguistique.

Les facteurs subjectifs ont été mis en relief par les approches psychologiques comme la sémantique du prototype qui s'intéressait surtout à l'interaction entre « l'homme-processeur » (Rosch 1978) et le monde physique. Dans le monde des catalogues vestimentaires, l'image du vêtement réel qui doit être dénommé pose deux problèmes majeurs au niveau conceptuel : le choix du classificateur convenable et le choix des traits spécificateurs à nommer. La liberté ou la subjectivité des deux choix est limitée par l'objectivité de la réalité conceptuelle.

Au niveau linguistique, les facteurs objectifs sont représentés par les lexèmes et morphèmes disponibles et par les règles de leur combinaison. L'analyse du processus de dénomination du point de vue du signe linguistique et de ses relations permet de considérer en même temps le sujet dénommant (emprunté de la sémantique du prototype), la structure ontologique du domaine étudié (emprunté à l'approche onomasiologique à l'étude de la terminologie) et les contraintes linguistiques (considérés du point de vue de la grammaire générative). De ce point de vue, la dénomination vestimentaire n'est pas totalement arbitraire à cause des facteurs objectifs : par exemple, il est presque impossible que la dénomination se trompe d'archétype.

Cependant, la dénomination n'est pas strictement motivée non plus à cause des facteurs subjectifs qui peuvent intervenir : par exemple, c'est le sujet dénommant qui décide quels traits saillants doivent jouer le rôle des traits terminogéniques. De plus, la dépendance du sujet dénommant du matériel linguistique explique la dépendance relative de la conceptualisation logique (ou classification) des sens linguistiques disponibles. Par exemple, le choix du classificateur est limité par les noms des types ou sous-types disponibles.

4.5. Conclusion du chapitre 4

Dans ce chapitre, j'ai réuni les données et les analyses des deux chapitres précédents en appliquant les idées de la sémantique du prototype et du modèle du lexique génératif de Pustejovsky.

J'ai adapté la structure de qualia de Pustejovsky au contenu sémantique des termes vestimentaires. La comparaison des structures qualia des archétypes et des types vestimentaires a permis de mieux structurer et d'expliquer les patrons dénominatifs correspondant aux traits terminogéniques. J'ai distingué quatre types de composants des qualia : obligatoires, facultatifs, prototypiques et variables. Les correspondances entre les traits terminogéniques et ces composants ont permis d'expliquer l'ordre d'expression des traits terminogéniques dans les termes complexes. Deux notions qui ont été développées dans le modèle du lexique génératif, l'interaction des sens lexicaux et la forme syntaxique canonique, m'ont permis d'expliquer pourquoi les patrons syntaxiques contractés sont des patrons privilégiés dans le corpus.

J'ai associé la notion de prototype avec la notion d'archétype vestimentaire et, dans le schéma du signe linguistique de Piotrowski, avec le denotatum. L'association des notions d'archétype et de prototype a amené vers l'idée que la structure qualia de chaque archétype vestimentaire est présente dans le système conceptuel du locuteur (et du sujet dénommant) sous forme d'image floue de prototype. L'association de ces notions avec le denotatum, qui est une réflexion globale et floue d'un objet dans le cerveau humain, a permis de formuler la première étape du processus de dénomination comme le choix de l'archétype ou comme la transition entre la réalité physique (le /vêtement/ à nommer) et la réalité psychologique (denotatum) sur le schéma du signe linguistique (4.k).

Dans cette optique, je détermine la deuxième étape de dénomination comme la comparaison des qualités réelles du vêtement à dénommer avec les composants des qualia de son archétype ou comme la précision de la réalité floue du denotatum et formation du designatum, la structuration conceptuelle du signifié du futur terme. La troisième étape est l'étape du choix des moyens linguistiques appropriés à la structure conceptuelle du designatum ou la transition entre la réalité psychologique et la réalité linguistique. Je particularise la quatrième étape comme étape d'utilisation du terme créé mais je la place hors du cadre de la présente recherche.

En bref, les analyses présentées dans ce chapitre expliquent les particularités des termes du corpus et résultent en distinctions des quatre étapes (4.k) et sept scénarios possibles (()-() en 4.4.2.1. et ()-() en 4.4.2.3.2.) du processus de dénomination, ainsi que des facteurs objectifs et subjectifs qui influencent ce processus.