3. ASPECTS SYNTAXIQUES : TERMES COMPLEXES

3.0. Introduction

Dans le deuxième chapitre, j'ai démontré que le corpus étudié se compose de trois types de termes qui diffèrent nettement selon leur contenu sémantique, leur forme et leur fréquence d'occurrence : termes complètement lexicalisés; termes occasionnels; et termes qui ne peuvent être définis ni comme occasionnels ni comme lexicalisés, mais qui ont une structure sémantique distincte, une forme spécifique (groupe NN) et une fréquence de deux à une centaine dans le corpus.

Dans ce chapitre, je me pencherai sur les termes vestimentaires qui ont été qualifiés comme oscillants et comme occasionnels dans le chapitre précédent. J'étudierai surtout les variations de leur forme et les possibilités combinatoires de leurs composants. En ce qui concerne leur contenu sémantique, je respecterai la classification par trait terminogénique établie dans le chapitre précédent : j'étudierai les termes par groupes correspondant à cette classification. J'essaierai de répondre aux questions suivantes :

Ci-dessous, je continuerai à examiner les exemples du même sous-domaine 'pantalon' qui a été décrit dans le chapitre précédent. Cela me permettra de présenter presque complètement au moins un sous-domaine du corpus.

3.1. Travaux antérieurs

Cette partie est consacrée aux travaux linguistiques qui étudient les groupes nominaux dans une optique pertinente à ma recherche.

3.1.1. Entre langue et discours ou entre séquence figée et libre

Dans les travaux consacrés aux locutions figées, il existe deux tendances principales en ce qui concerne l'interprétation de ces locutions : La première tendance supporte le point de vue de la grammaire générative qui, traditionnellement, considérait le lexique comme « une prison pour les hors-loi », la deuxième peut être liée à l'idée de l'existence du plan transitif entre la langue et le discours développée par certains linguistes européens (Coseriu 1976  « plan de la norme de la réalisation » [1] ; Rey 1977 : « infradiscours » ; Piotrowski 1990 : « système de discours »).

Puisque le corpus offre toute une strate de termes que je considère transitifs puisqu'ils ne sont ni occasionnels ni complètement figés, je m'arrêterai sur les derniers travaux qui supportent la deuxième tendance. Si les représentants de la première tendance cherchent les critères de lexicalisation de locutions, les partisans de la seconde parlent du degré de lexicalisation.

Elisabeth Gülich et Ulrich Krafft (1997 : 241) parlent du « degré d'idiomaticité » et du « degré de stabilité » des locutions, idiotismes et expressions phraséologiques. Gross (1988 : 491-538) établit l'existence de degrés de liberté au sein des groupes N+Adj qui sont normalement vus comme libres. D'après lui, un groupe comme « Accident mortel » aurait trois degrés de liberté : « Cet accident est mortel » ; « des accidents mortels » ; « un accident mortel est un accident » (prédication, attribution, classification).

En étudiant les mêmes séquences N+Adj, Benette (1997 : 11, exemples (1a) et (1b) cités à la page 16) constate qu'« il existe donc un continuum entre les noms composés (voir (1b) [eaux usées]) et les suites libres (voir (1e) [livre difficile]) ». Gaudin et Guespin retracent des propriétés et des critères (sémantiques, syntaxiques, distributionnels) qui « permettront de cerner le continuum qui mène du syntagme libre à l'énoncé totalement bloqué » (2000 : 281). Agnesa Pillon arrive à la même idée de continuum et des unités transitives en étudiant les néologismes : « Le problème, cependant, est qu'il est probable qu'on ne puisse seulement observer d'un côté des formations néologiques parfaitement prédictibles, et de l'autre, des formations tout à fait imprédictibles : entre ces deux extrêmes, se situe tout un ensemble de créations relativement prédictibles » (1993 : 28 ; gras ajouté).

D'autres linguistes qualifient certaines locutions comme passagères ou oscillantes selon le degré de leur lexicalisation. Zwanenburg, dans son travail consacré aux composés français, décrit le mot « guide-interprète » comme un « syntagme figé à tête à gauche et à structure en cours de modification » (Zwanenburg 1992 : 226). Tláskal, en parlant des syntagmes NN, suggère que leur emploi de plus en plus fréquent, « passant par la formation de syntagmes (structures) à plusieurs degrés de figement, pourrait même aboutir à la création de mots composés » (Tláskal 2000 : 83). Cette idée de la formation des mots composés au sein de la syntaxe n'est pas nouvelle (Darmesteter 1894) mais elle est toujours débattue et discutée surtout dans le cadre de la grammaire générative, je reviendrai à cette question en 4.1.2.

Tous ces travaux, tout en étudiant des problèmes linguistiques disparates, portent sur différents aspects de la lexicalisation ou sur le comportement des groupes nominaux et arrivent à la conclusion qu'il existe des unités transitives. Cependant ces travaux n'offrent ni recensements ni études de ces unités.

Dans mon travail la direction de recherche se trouve inversée : c'est le corpus qui a permis de déceler l'existence des termes oscillants et c'est le même corpus qui en procure la liste et qui permet de les étudier.

3.1.1.1. Question de lexicalisation des groupes NN

La plupart des travaux consacrés à l'étude des groupes NN ne sont pas basés sur corpus mais sur des listes d'unités rassemblées non systématiquement. Beaucoup de travaux ne spécifient pas l'origine de leurs exemples. Je décrirai ci-dessous, à titre d'exemple, deux des différentes approches envers le choix d'exemples à étudier. Je parlerai de deux études majeures qui indiquent l'origine de leurs listes de groupes NN : Le substantif épithète de Michèle Noailly et Les composés timbre-poste de Pierre J.L. Arnaud.

Il vaut la peine de remarquer qu'Arnaud, qui a étudié des composés nominaux de type timbre-poste sans corpus, a inclus dans sa liste « peu restrictive » (Arnaud 2003 : 95) « sellerie cuir » mais pas « gant cuir ». Il considère celui-là un « terme du domaine de l'automobile », mais ne voit dans celui-ci qu'une « réduction occasionnelle de gant en cuir » (Arnaud 2003 : 95). Ceci illustre bien le fait que de nombreux syntagmes formés comme NN, quoiqu'ils soient typiques et fréquents, restent hors de cadre d'études linguistiques - même s'ils sont relevés par hasard, ils sont considérés occasionnels. Évidemment, Arnaud, qui a constitué sa liste de composés timbre-poste en se basant sur les données dictionnairiques ou sur la recherche par Google des unités provenant de sa mémoire ou des discours (Arnaud 2003 : 95), ne pouvait pas s'intéresser aux syntagmes oscillants comme « gant cuir » qui sont l'objet d'étude de ce chapitre. Mon corpus vestimentaire ne permet pas de laisser sans attention ces syntagmes fréquents mais peu lexicalisés.

Si Arnaud n'étudie que les unités plus ou moins lexicalisées, Noailly semble ne pas se préoccuper du degré de lexicalisation du matériel dans son étude du substantif en fonction d'épithète dans les groupes NN. Elle travaille sur un corpus « qui n'a rien de systématique » (Noailly 1990 : 31) et qu'elle a établi de 1981 à 1985 en glanant des exemples de la presse, de la radio, de la littérature, et des conversations. Ceci laisse entendre qu'il s'agit d'une liste d'exemples sans aucune référence à leur fréquence d'utilisation, ce qui veut dire que la liste inclut beaucoup d'exemples occasionnels. En fait, ces exemples « imprévus » sont le centre même de son intérêt, puisque la possibilité de les collecter - et de les étudier - est une des raisons pour laquelle Noailly a choisi le travail sur corpus. Une autre raison de travailler sur corpus est la possibilité de faire « une évaluation statistique - même si elle reste informelle comme la mienne - de la productivité relative des divers sous-types », écrit Noailly (1990 : 31).

L'évaluation de la productivité des divers patrons de formation de termes vestimentaires est un des objectifs de mon travail sur le corpus. J'espère que dans le cas du corpus représentatif d'une seule terminologie comme le mien, l'évaluation statistique des données sera plus significative (au moins pour cette terminologie particulière) que dans le cas du corpus composé des exemples « glanés » un peu partout. Je porterai donc une attention spéciale à la fréquence des groupes NN attestés.

Le fait que les groupes NN ne soient pas cherchés exprès un peu partout, mais soient repérés comme typiques dans le corpus, permettra de déterminer mieux la place de ces groupes dans l'ensemble de phénomènes linguistiques (terminologie, dénomination, lexicalisation etc.). De plus, je peux être sûre qu'au moins à l'intérieur de la terminologie étudiée je n'ai pas laissé tout un type d'unités hors de ma recherche à cause de jugement erroné concernant sa nature : occasionnels, terminologiques, lexicalisés - tous les groupes sont là, dans le corpus, et c'est après les avoir étudiés que je tirerai les conclusions définitives concernant leur statut.

3.1.2. Entre morphologie et syntaxe

De nos jours, presque chaque travail sur les mots composés vise à répondre finalement à la question : « Est-ce que les règles que la Grammaire utilise dans la composition sont de même nature que les règles syntaxiques? » Cette discussion concernant les mots composés français semble être aussi vieille que l'étude théorique de la grammaire française elle-même. À la fin du dix-neuvième, Arsène Darmesteter en parle au début même de son Traité de la formation des mots composés : « Les rapports qui unissent la composition à la syntaxe sont trop évidents pour qu'il soit besoin d'y insister. Un mot composé est une composition raccourcie, […] Cette théorie cependant n'a pas été sans soulever des objections…  (Darmesteter 1894 : 5).

Les objections continuent à s'amasser surtout après les années cinquante avec l'apparition de la grammaire générative, qui a séparé la syntaxe et le lexique. On peut dire que dans le cadre générativiste l'histoire de la théorie du lexique et des composés a commencé avec la publication par Chomsky (1970) des « Remarks on Nominalisation » qui a ouvert le chemin à l'investigation du lexique comme un composant spécifique de la grammaire générative. Ce travail a formulé l'hypothèse lexicaliste qui a été développée, soutenue et contestée, par plusieurs linguistes pendant les 35 dernières années. Plusieurs idées qui peuvent être pertinentes à l'étude des composés ont été développées durant ces années : l'idée du filtre spécial (Halle 1973) qui attribue aux productions des « règles de formation de mots » le trait « ± insertion lexicale » ; les règles de redondance (Jackendoff 1975) ; le concept du blocage (Aronoff 1976) ; l'application de la théorie X-barre à la structure des mots construits (Selkirk 1982 ; Di Sciullo et Williams 1987 ; Lieber 1992). La plupart des générativistes placent des mots composés au niveau du lexique (X0) et réclament pour les composés des règles spécifiques, différentes de celles de la syntaxe.

Cependant, la nature binaire des composés a provoqué des approches contraires. Barbaud (1991), par exemple, oppose aux arguments ci-dessus l'idée que les mots composés sont formés par les lois de la syntaxe et ensuite emmagasinés par le lexique. L'idée qui renvoie à la discussion qui continue toujours sur le terrain français comme on peut le voir d'après l'affirmation suivante de Benveniste (1974 : 145) : « Il faut, à notre avis, envisager les composés non plus comme des espèces morphologiques, mais comme des organisations syntaxiques. La composition nominale est une micro-syntaxe. »

Finalement, il existe une troisième opinion concernant la production des composés : elle proclame que ces unités peuvent être produites par deux composantes de la Grammaire - la morphologie et la syntaxe. Ackema et Neeleman (2004) affirment que la morphologie et la syntaxe [2] sont en concurrence dans le cas de formation d'une unité complexe à partir de deux éléments. Ils défendent que la morphologie et la syntaxe peuvent participer à ce genre de formation mais que c'est la syntaxe qui gagne s'il n'y a pas de conditions particulières. Au moins dans les langues (le hollandais et l'anglais) considérées dans leur troisième chapitre (Ackema et Neeleman 2004 : 48-88), la combinaison morphologique est toujours bloquée par la combinaison syntaxique s'il ne s'agit pas de morphèmes spécifiques comme les affixes qui requièrent un processus morphologique. Cependant dans les langues polysynthétiques, c'est la morphologie qui est préférée. Dans leur étude de concurrence entre morphologie et syntaxe, Ackema et Neeleman examinent surtout des groupes verbaux. En ce qui concerne les groupes nominaux, ils sont d'accord avec Lieber (1983 cité d'après Ackema et Neeleman 2004#: 83) :

Il est significatif que sept ans plus tôt, en 1997, Danielle Corbin, dans son travail qui porte sur des unités lexicales complexes qu'elle appelle « polylexématiques », a soutenu la même idée que « des mécanismes morphologiques et des mécanismes syntaxiques peuvent être à l'origine des unités polylexématiques » (Corbin 1997 : 56). Cependant, Corbin affirme que c'est la morphologie qui gagne, ou au moins que le mode de construction par les mécanismes morphologiques « favorise la lexicalisabilité des séquences » : « La morphologie a davantage vocation à construire des unités lexicales que les autres composants de la grammaire. Mais d'une part, […] ses produits ne sont pas automatiquement lexicalisés, d'autre part elle n'est pas la source exclusive de production des unités lexicalisées » (Corbin 1997 : 59).

A priori, je peux dire que le corpus vestimentaire supporte plutôt le point de vue de coexistence des composants de la grammaire dans la formation des termes : il semble y avoir au moins deux types de termes complexes qui peuvent bien avoir une nature ou au moins une origine différente : composés créés initialement comme unités lexicales (jupe-culotte) et syntagmes figés apparus d'abord comme unités syntaxiques (pantalon droit). Si la concurrence entre deux composants de la grammaire existe dans la dénomination des vêtements, il serait intéressant de voir quel module de construction, morphologique ou syntaxique, est préféré dans le cas des termes vestimentaires.

3.2. Témoignages du statut oscillant dans le corpus étudié

Le corpus permet d'observer les « habitudes » combinatoires des termes vestimentaires en interrogeant TACT au sujet des contextes de chaque terme listé. Ces contextes incluent cinq mots à gauche et cinq mots à droite du terme, et donc laissent examiner les termes complexes qui se composent de plusieurs termes simples. Selon les conclusions du chapitre précédent, les termes oscillants se composent le plus souvent de deux substantifs. Pourtant, l'observation complète du comportement de ces termes sollicitera la considération de tous les groupes de mots dans lesquels ces deux éléments peuvent participer.

Puisque le deuxième ou le troisième élément des termes oscillants peut parfois être adjectif ou adverbe, dans le futur, j'utiliserai la désignation N1X2 ou N1X2X3 et non N1N2 ou N1N2N3 malgré le fait que la plupart de ces termes sont les groupes qui se composent de deux ou trois noms. Je n'utiliserai la désignation N1N2 que dans les cas où il ne s'agit que de noms.

3.2.1. Types de termes simples constituant les termes oscillants

La liste des contextes met en évidence l'existence de deux types de termes simples : l'un pour la position N1 (générique) et l'autre pour la position X2 et X3 (spécifiant).

Les termes simples qui préfèrent la position X1 (= classificateurs) pourraient correspondre aux « genres » de Roland Barthes (voir 2.1.1) si ceux-ci n'incluaient pas de détails qui sont définitivement des spécificateurs ou des modificateurs (comme /poches/, par exemple). Les termes qui se trouvent en position X2 ou X3 correspondraient aux « variantes » de Barthes, si ces dernières, au contraire, englobaient les détails vestimentaires. Ainsi, l'observation des termes complexes du corpus permet de remarquer une différence importante entre l'étude de la terminologie comme système-nomenclature (Barthes 1967) et comme corpus structuré : le système de Barthes met en relief l'opposition objet - qualité (« genre » - « variante ») ; le corpus structuré souligne l'opposition classificateur - spécificateur et le relation hyperonyme - hyponyme. Puisque la présente étude s'intéresse surtout au processus de dénomination, l'approche qui met en valeur la relation classificateur-spécificateur est plus appropriée.

Comme on l'a vu dans le chapitre 2, les termes génériques de la terminologie de la mode, ceux qui occupent les cinq premiers niveaux de la structure arborescente, appartiennent en même temps à la langue commune. Logiquement, les termes spécificateurs doivent appartenir à la langue spécialisée. Cependant, ce n'est pas toujours le cas : les termes simples spécifiants (des noms de matériaux ou de détails, par exemple) sont presque toujours présents dans les dictionnaires de la langue commune, à l'exception d'anglicismes et de néologismes très récents.

De ce point de vue, il faudra réévaluer la notion de terme générique dans la terminologie de la mode. Il est possible qu'il existe deux types de termes génériques : l'un - type classificateur pour la position N1, l'autre - type spécificateur pour la position X2 ou X3. Les termes génériques vestimentaires font partie de la langue commune. Ce ne sont que leurs combinaisons constituant les noms des sous-types, des variantes, et des modèles concrets de vêtements, qui peuvent être qualifiées comme termes vestimentaires spécialisés proprement dits.

Beaucoup de ces termes spécialisés manifestent du flottement de leur forme syntaxique et orthographique, qui confirme le nom « oscillants » attribué à ces termes dans le chapitre précédent. J'appelerai ces flottements « anomalies » [3] dans les cas où ils correspondent aux comportements atypiques ou tout simplement variables.

Le matériel de recherche pour ce chapitre est composé des noms de types, de sous-types et de variantes vestimentaires qui contiennent les anomalies suivantes :

Ces flottements ou anomalies méritent une attention spéciale parce qu'ils peuvent éclaircir la formation et le fonctionnement des termes vestimentaire (par exemple, ils peuvent être les précurseurs de la formation d'un nouveau terme générique, un terme qui peut traverser la ligne entre l'inventaire de la terminologie spécialisée et la langue commune). Ci-dessous, j'expliquerai ces flottements à l'aide d'un exemple concret et de tableaux.

3.2.1.1. Les flottements : exemple du terme « Battle-dress »

Dans le corpus, le nom de ce type de pantalon se rencontre 36 fois. Il est distribué comme suit : Les noms vestimentaires cités ci-dessus permettent d'étudier les flottements de distribution et de forme du terme « battle-dress » selon les trois critères expliqués plus haut (en 3.2.1). Je le ferai à l'aide de tableaux qui mettront en évidence la distribution et la quantité des exemples. Si le même exemple se rencontre plus d'une fois dans le corpus j'ajouterai un nombre d'occurrences entre parenthèses. Dans le tableau (3.a) qui étudie le flottement de position, je considérerai les termes qui contiennent le terme « battle » avec et sans guillemets (« pantalon battle » et « pantalon « battle » ») comme le même exemple. Le tableau (3.a) démontre que le terme « battle » ou « battle-dress » se rencontre le plus souvent à la deuxième place, en occupant la position du spécificateur (dix-huit fois sur 36 occurrences). Cependant onze fois sur 36 ce terme occupe la première place, qui est la place du classificateur. Cette quantité élevée d'occurrences du spécificateur en position N1 peut témoigner du changement de son statut en progrès : ce terme peut être en train de devenir une dénomination indépendante d'un type de pantalon. L'utilisation de ce terme dans la table des matières de La Redoute le confirme.

Cependant le tableau suivant (3.b) témoigne que certains sujets dénommants ne considèrent pas ce terme comme assez connu et continuent à l'utiliser avec un mot explicatif. Le tableau (3.c) démontre que le terme « battle » est assez souvent (11 fois sur 36) employé avec les guillemets, ce qui atteste que certains sujets dénommants regardent ce terme comme étranger ou comme relativement nouveau.

Ces occurrences contradictoires - d'une part, en position N1 et en forme raccourcie; d'autre part, avec un mot explicatif et avec les guillemets - confirment le statut oscillant de ce terme.

3.2.2. Étude du flottement positionnel-(combinatoire)

Les termes du corpus ont été groupés selon leurs traits terminogéniques dans le chapitre précédent, où j'ai distingué cinq groupes de termes selon leur trait principal marqué par le spécificateur : A. MATÉRIEL ; B. FONCTION ; C. ASPECT (VISUEL et COUPE) ; D. LONGUEUR ; E. DÉTAIL. Ci-dessous, j'étudierai les termes oscillants de chaque groupe dans le même ordre.

Dans son ouvrage consacré à la transposition, Jaromir Tláskal étudie « la productivité syntagmatique (combinabilité) d'un terme concret en X2 » (Tláskal 2000 : 83 ; mise en relief dans le texte), en d'autres mots, du deuxième élément de syntagmes N1X2. Tláskal s'intéresse à la combinabilité du point de vue de la transposition : il suppose que plus la compatibilité d'un nom en X2 est grande plus il a « la tendance à passer dans la classe des adjectifs ». Il parle de la fréquence syntagmatique dans ce contexte (Tláskal 2000 : 83).

En étudiant la terminologie de la mode, je m'intéresse à cette productivité syntagmatique pour une raison différente. Mon hypothèse est la suivante : dans la terminologie vestimentaire, plus la compatibilité d'un composant de terme en position X2 est réduite, plus il est facile pour ce composant de changer sa position (vers N1) et, conséquemment, son statut dans la structure de la terminologie, et, probablement, dans la langue commune. Par compatibilité d'un spécificateur, j'entends sa « capacité » à caractériser des classificateurs différents. Par exemple, le spécificateur « velours » a une compatibilité assez large, il peut caractériser beaucoup de types de vêtements et, de plus, d'autres objets comme accessoires ou meubles. Cela peut partiellement expliquer le fait que malgré la fréquence de son utilisation dans le sous-domaine 'pantalon' (71 occurrences), ce terme ne prend jamais la place du classificateur. Le spécificateur « battle » qui s'emploie souvent en position N1, par contre, a une compatibilité assez réduite : il ne peut caractériser que deux classificateurs principaux - « veste » (rarement et plutôt dans sa variante complète « battle-dress ») ou « pantalon » (le plus souvent). Si tous les spécificateurs qui se rencontrent en position N1 manifestent la compatibilité aussi réduite, il est vrai que la compatibilité du terme simple peut influencer son rôle dans la terminologie.

J'analyserai le flottement de position des spécificateurs correspondant aux cinq traits terminogéniques sur les exemples du sous-domaine 'pantalon'. Dans le chapitre 2 (en 2.4.1), j'ai regroupé les termes au classificateur « pantalon » qui ne contenaient qu'un seul modificateur. Ci-dessous, je rassemblerai en forme de tableaux les termes au même classificateur qui contiennent au moins deux modificateurs correspondant à deux traits terminogéniques. Cela me permettra de présenter une image complète d'un morceau pertinent du sous-domaine (tous les termes au classificateur « pantalon ») et, en même temps, d'étudier la position relative des modificateurs correspondant aux traits terminogéniques différents.

3.2.2.1. Termes au trait terminogénique MATÉRIEL

Dans le sous-corpus « pantalon », il y a sept types de syntagmes qui incluent les noms des matériaux. La plupart de ces séquences ont été considérées non-terminologiques dans le chapitre 2. Cependant en étudiant les termes oscillants, je dois réétudier le statut de ces séquences à cause de l'abondance de groupes NN contenant comme spécificateur un nom de matériel. Je suis obligée de reposer la question : Je représenterai d'abord la situation générale à l'aide des termes complexes qui ont le spécificateur « pantalon » et incluent au moins deux modificateurs, et après, j'étudierai l'exemple de « dénim » dans tout le sous-domaine 'pantalon. Le tableau démontre que le nom spécificateur de MATÉRIEL ne se rencontre jamais en position N1 et préfère la position X2 dans 24 exemples sur 47, ce qui représente 51%. Les exemples qui représentent le plus d'intérêt sont ceux qui combinent le nom de matériel avec le trait ASPECT, qui, en fait, décrit le type de 'pantalon'. Ces exemples se composent de trois parties - le classificateur PANTALON, le spécificateur décrivant le trait ASPECT et le spécificateur correspondant au trait MATÉRIEL. La structure de telle séquence peut être PANTALON&ASPECT&MATÉRIEL ou PANTALON&MATÉRIEL&ASPECT.

L'existence de la structure PANTALON&MATÉRIEL&ASPECT pourrait confirmer l'importance du trait MATÉRIEL comme trait terminogénique. Cependant, il faut remarquer que ce ne sont que les matériaux très spécifiques - 'stretch', 'velours' et 'denim' - qui se rencontrent dans cette position. Par « spécifique » j'entends la qualité saillante qui, à elle seule, peut changer l'aspect et la destination du 'pantalon' considérablement. De plus, dans cinq exemples sur sept, les spécificateurs ASPECT reçoivent un mot explicatif - « coupe », « style », « façon » - quand ils sont employés après le spécificateur de MATÉRIEL.

Pour avoir une meilleure idée sur le fonctionnement du trait MATÉRIEL, je propose ci-dessous l'étude des exemples contenants le terme « denim » de tout le sous-domaine. Ce terme a été choisi comme un des plus représentatifs des matériaux : pour le sous-domaine 'pantalon' la liste des fréquences donne le chiffre 56 (dont six occurrences ne sont pas pertinentes).

Les séquences qui peuvent être considérées comme oscillantes sont les termes qui ont la forme NN. Toutes les autres séquences qui contiennent trop d'éléments et ressemblent plutôt à des descriptions ne servent qu'à analyser la place du composant au trait MATÉRIEL par rapport aux autres composants.

Dans les termes construits comme NN, il y a douze séquences composées d'un nom classificateur plus un nom de matériel. Le nom classificateur peut être un nom « pantalon » ou bien un nom de type de /pantalon/ (jean, pantacourt, 5 poches). Dans le premier cas, le contenu sémantique du terme complexe peut être représenté comme PANTALON&MATÉRIEL (pantalon gabardine) ; dans le deuxième, puisque le type de /pantalon/ contient déjà un autre trait terminogénique, le contenu du terme sera (PANTALON&TRAIT TERMINOGÉNIQUE)&MATÉRIEL (jean gabardine).

En parlant du 'denim', il faut rappeler l'existence de deux sous-catégories de /jeans/ - /jeans denim/ et /autre jeans/. Le tableau du flottement de position du terme « denim » démontre d'un côté sa préférence pour la position N2, de l'autre le caractère non figé du terme « jean denim » puisqu'il cite un contre-exemple, le terme « jean "worker" denim ».

Le trait MATÉRIEL n'est donc pas moins capable de créer des termes complexes ocsillants que les autres traits terminogéniques puisque :

Le fait que les noms de matériel ne se rencontrent pas en position N1 témoigne qu'il existe une restriction sur la dénomination de vêtements par le nom de matériel.

En fait, le trait terminogénique MATÉRIEL peut parfaitement créer une sous-catégorie de vêtement. Cependant, on a tendance à ne pas considérer les séquences désignant ces sous-catégories comme terminologiques (ou même comme stables) à cause de la combinabilité énorme des noms de matériel : la plupart des matériaux peuvent être utilisés pour la production de plusieurs types, sous-types et variantes de vêtements et, conséquemment, les noms de plusieurs matériaux peuvent être combinés avec tous les noms de plusieurs vêtements. C'est à cause de cette grande combinabilité que les noms de matériel ne se rencontrent presque jamais à la position N1. L'exception bien connue mais un peu vieillie « les nylons » confirme la règle : on appelait les /bas/ « les nylons » à l'époque où ce matériel était réservé à la production de cet accessoire ; de plus, l'utilisation du nom de matériel au pluriel pour désigner l'accessoire réduisait la possibilité de confusion avec le matériel.

3.2.2.2. Termes au trait terminogénique FONCTION

Ces termes ne sont pas nombreux dans le corpus. Il faudrait étudier des vêtements spécialisés pour avoir plus de termes de ce groupe. Comme pour le trait MATÉRIEL, je mettrai tous les termes qui ont le spécificateur « pantalon » et incluent deux modificateurs (FONCTION et un autre trait) dans un tableau, et après, dans le deuxième tableau, je présenterai l'exemple de « jogging » dans tout le sous-domaine 'pantalon'. Les tableaux démontrent que pour les spécificateurs exprimant le trait FONCTION, la position préférentielle est N2. Le fait que dans les positions N3 et N4, le spécificateur FONCTION inclut un mot explicatif (« esprit » ou « style ») confirme cette tendance.

3.2.2.3. Termes au trait terminogénique ASPECT

Je présenterai ci-dessous les termes au classificateur 'pantalon' et trois exemples tirés de tout le sous-domaine. Le terme « corsaire », tout en étant un terme dénommant une variante très spécifique de pantalon, ne s'utilise qu'en position N1 dans tout le corpus et ne démontre aucun autre flottement. C'est un terme bien implanté dans la terminologie et lexicalisé dans le vocabulaire courant bien que sa fréquence (20) dans le corpus contemporain ne soit pas très élevée.

Cependant, le Petit Robert le qualifie comme adjectif et le cite à la quatrième place après 1. Ancienn. Navire armé… 2. Aventurier, pirate … 3. Vx. Homme dur et impitoyable.

Malgré que le Petit Robert plus récent offre une description plus adéquate de ce type de pantalon, il cite toujours le même syntagme nominal incluant « corsaire » comme spécificateur. Ce qui peut vouloir dire que, dans la langue commune (au moins selon le dictionnaire), ce terme n'est pas vraiment lexicalisé comme substantif dans le sens vestimentaire, peut-être, à cause du sens plus fort 'aventurier, pirate' qui occupe cette niche lexicale.

Les termes au trait terminogénique COUPE semblent être un exemple particulier des termes au trait ASPECT. La position préférée du trait COUPE est aussi N2. Ci-dessous, je cite les occurrences de l'exemple le plus typique du trait ASPECT (COUPE) - « droit ». Le terme « pantalon droit », qui se rencontre 18 fois dans le corpus, semble presque figé dans le contexte de la terminologie, mais son occurrence dans la position X3 peut servir de contre-exemple qui démontre son caractère non lexicalisé selon le test d'ininterruptibilité (en 0.2).

3.2.2.4. Termes au trait terminogénique LONGUEUR

Les termes décrivant la longueur ne sont pas diversifiés et ne sont pas nombreux à l'exception de « pantacourt ». J'ai placé « le pantacourt » sous la position N2 parce que l'élément spécificateur se trouve à la deuxième place, après ce qui est resté de l'hyperonyme « pantalon ». À propos de ce terme entier, il faut noter que non seulement il est très fréquent mais qu'il se trouve souvent dans les tables des matières des catalogues. Les termes complexes au trait LONGUEUR ne sont pas nombreux parce que ce trait est plus souvent exprimé par un nom spécifique (pantacourt, corsaire, etc.) de type ou de variante de 'pantalon'. Le participe « raccourci » et les expressions numériques (3/4) se rencontrent dans les positions X2 et X3, mais préfère X2.

3.2.2.5. Termes au trait terminogénique DÉTAIL

Le tableau (3.o) démontre que la plupart des termes qui ont « pantalon » comme classificateur ont le modificateur de DÉTAIL dans la position N3. Ces données sont confirmées par le tableau (3.p) qui présente l'exemple du DÉTAIL « pinces » dans tous le sous-domaine. Le spécificateur « pinces » ne se rencontre dans la position N2 (si on ne compte pas la préposition ou le nombre qui l'accompagnent obligatoirement) que dans les termes à un seul trait terminogénique. L'apparition de n'importe quel autre trait le pousse vers la position N3 ou même N4.

3.2.2.6. Traits terminogéniques et leur position

Les exemples dans les tableaux ci-dessus démontrent que les spécificateurs correspondant aux traits terminogéniques différents préfèrent les positions différentes dans la structure des termes complexes. Il serait trop optimiste de supposer que selon la position on puisse tirer des conclusions concernant l'importance du trait ou la nature de la relation d'un trait particulier et son hyperonyme. La position plus périphérique, à elle seule, ne dénonce pas nécessairement un trait moins important ou une relation moins étroite avec l'hyperonyme. Cependant, en combinaison avec d'autres observations, la position préférée pour tel ou tel spécificateur peut contribuer à une conclusion. De plus, une connaissance de préférence positionnelle pourra peut-être aider à établir les règles de combinaison de deux traits terminogéniques, mais pour cela il faudra étudier plus de séquences descriptives composées de plusieurs composants. Bref, un tableau comparatif des positions de différents spécificateurs peut se montrer utile. De plus, les exemples présentés dans les tableaux ci-dessus serviront d'exemples pour ce qui suit. Pour le moment, je ne remarquerai que le fait que les spécificateurs des traits MATÉRIEL et DÉTAIL ont un nombre significatif (XX) d'occurrences dans la position X3 ou X4 à la différence des autres traits, et que MATÉRIEL, DÉTAIL et LONGUEUR ne produisent pas de termes elliptiques comme le font les traits ASPECT et FONCTION.

3.3. Anomalies syntaxiques des termes oscillants

Cette partie présente les anomalies des termes oscillants du corpus en comparaison avec la syntaxe standard.

3.3.1. Travaux antérieurs

D'après Donka Farkas, qui a essayé de créer une typologie sémantique des syntagmes nominaux, « le plus grand défi constitué par la richesse des distinctions micro-syntaxiques pertinentes du point de vue sémantique est celui de trouver une corrélation entre des distinctions formelles et des classes sémantiques naturelles ou cohérentes » (Farkas 2001 : 24). Farkas avait une tâche d'ordre théorique : classer les différents types de dénotations et formuler des hypothèses qui permettent de prédire des types de syntagmes et de connections syntaxe/sémantique impossibles.

Dans cette partie du chapitre consacrée à la structure des termes oscillants, ma tâche est beaucoup plus modeste et d'ordre pratique, mais elle porte sur le même problème de corrélation entre la forme et les distinctions sémantiques : j'examinerai la structure des termes complexes en espérant discerner les moyens de dénomination correspondant à chaque trait terminogénique du sous-domaine 'pantalon'.

Pour représenter la structure des termes complexes, j'utiliserai des symboles et des arbres syntaxiques employés par la syntaxe générative. Pour vérifier des symboles et des structurations correspondant au matériel français, j'utiliserai, comme livre de référence Syntaxe et sémantique du français d'Anne-Marie Brousseau et Yves Roberge (2000). Puisque l'anomalie principale manifestée par les termes oscillants est l'absence de préposition dans les groupes nominaux, je ferai ici un court aperçu des travaux consacrés à l'étude de la composition binominale.

Il faut dire que l'attitude envers les constructions non prépositionnelles a subi beaucoup de changements. Au dix-neuvième siècle, Darmesteter appelait les phrases nominales elliptiques « monstrueuses », mais en arrivait à la conclusion que « la suppression de la préposition n'est pas contraire à l'esprit français » (Darmesteter 1877 : 158). À la fin du vingtième siècle, Michèle Noailly considère ces formations tous à fait acceptables (1990 : 95) :

Quelques années plus tard, Picone (1996 : 175) estime ces constructions comme une des évolution les plus marquantes de la langue française, et, finalement, au début du vingt et unième siècle, Arnaud, dans sa monographie consacré aux composés du type timbre-poste, remarque que « l'abondance dans le discours contemporain des suites NN pose un problème redoutable pour le lexicologue » (Arnaud 2003 : 2).

Noailly, dans son ouvrage Le substantif épithète, décrit quatre types de rapport entre N1 et N2 en NN, ou quatre rôles de N2 (Noailly 1990) :

Pourtant, Noailly elle-même parle des enchevêtrements complémentation/qualification (1990 : 107) et signale la confusion entre qualification et identification chez elle-même (en 1985 elle traitait les deux comme « définition » (1990 : 132)) et chez d'autres linguistes, par exemple, chez Barbaud (1991 : 92). Elle essaie de classifier logiquement les noms modificateurs en N2 par catégories comme lieu, temps, matière, cause, but, moyen etc. La classification de Noailly représente de l'intérêt pour mon travail parce qu'elle peut aider à mieux distinguer les relations entre les composants de mes séquences terminologiques. Cependant, l'approche de Danielle Corbin (1997) répond beaucoup mieux aux besoins de ma recherche terminologique.

Dans son article examinant le mode de construction des unités polylexematiques (locutions, composés etc.), Corbin (1997) distingue deux types principaux de ces unités : celles dans lesquelles le deuxième nom est un « spécifieur » du premier et celles dans lesquelles « le deuxième nom ne joue pas un rôle de sous-catégorisateur » (1997 : 86). Puisque la sous-catégorisation est à la base de tout mon système terminologique, je ferai attention à cette distinction en analysant les termes complexes du corpus.

3.3.2. Structures syntaxiques et structures terminologiques

Les exemples dont il a été question en 2.4.1. et en 3.2.2 démontrent que la structure syntaxique des termes oscillants du corpus correspond rarement aux règles de la syntaxe. Pour mettre en évidence cette perception, je propose la comparaison entre les termes du corpus et un énoncé tiré du volume Le vêtement de la Collection Repères pratiques : Le vêtement (Boutin-Arnaud 2001 : 61) : « Madame minimaliste opte pour le pantalon très moulant, confectionné dans un tissu sergé stretch (pour le confort) et qui se termine en trompette au niveau des chevilles » (mise en relief ajoutée).

Cette description d'un 'pantalon' contient beaucoup de détails ou, en d'autres termes, dans cet énoncé, le nom « pantalon » est décrit à l'aide de plusieurs modificateurs :

Chacun de ces modificateurs pourrait correspondre au trait terminogénique utilisé pour nommer une variante de vêtement correspondante. Notamment, cette description comprend au moins trois caractéristiques correspondant aux traits terminogéniques suivants : ASPECT (COUPE), MATÉRIEL, LONGUEUR. Je comparerai la structure syntaxique de chaque modificateur à celle des termes correspondant au même trait. Pour distinguer les structures syntaxiques traditionnelles des syntagmes terminologiques, j'utiliserai les abréviations « STm » (Syntagme Terminologique) et « Tm » (Terme) au lieu des abréviations « SN » (Syntagme Nominal) et « N » (Nom).

Premièrement, je ferai la comparaison des structures qui semblent identiques dans la syntaxe et dans la nomenclature - les structures correspondant au trait terminogénique ASPECT (COUPE). Dans le corpus, la plupart des termes décrivant ce trait ont la forme d'un syntagme adjectival (86 sur 172 en 2.4.1. (C)), ce qui correspond à la forme du modificateur de COUPE dans l'énoncé « pantalon très moulant ».

Les termes analysés en 2.4.1. ont le plus souvent une structure très semblable à celle-ci. Il faut néanmoins reconnaître que les termes du corpus incluent très rarement un adverbe : il n'y a qu'une seule occurrence de séquence avec adverbe « pantalon très large » qui ne peut pas être considéré terminologique pour la simple raison de sa fréquence trop basse. De la sorte, la structure des termes oscillants formés par le trait COUPE est similaire à la structure syntaxique mais inévitablement plus simple : Il faut noter que puisqu'à l'opposé de la structure syntaxique, l'adjectif de la structure terminologique ne peut pas recevoir de modificateur adverbial, le A dans la structure ci-dessus est en même temps la projection maximale et minimale du syntagme adjectival.

Le deuxième trait décrit dans l'énoncé est le trait MATÉRIEL. Le modificateur syntaxique « confectionné dans un tissu sergé stretch » manifeste une structure assez complexe :

En premier lieu, il faut mentionner que le participe « confectionné » ne se rencontre jamais parmi les composants des termes : la relation exprimée par cette forme verbale est toujours sous-entendue. De même, le mot « tissu » ne figure jamais dans le corpus : les vêtements confectionnés dans un tissu sergé sont caractérisés par le syntagme prépositionnel « en serge » ou par le participe « sergé ». En outre, la structure terminologique la plus utilisée n'inclut pas de préposition : la plupart des termes oscillants formés par le trait MATÉRIEL (cités en 2.4.1. (A)) ne sont constitués que de noms de type de vêtement et de noms de tissu. Il résulte de tout ceci que la structure dénominative diffère énormément de la structure syntaxique dans le cas des vêtements dénommés selon le tissu dans lequel ils sont confectionnés. Même si j'essaie de considérer le terme « Le pantalon sergé » comme une abréviation de la structure syntaxique ci-dessus, la représentation de structure de ce terme ne sera pas identique à celle de « pantalon droit » supra parce que « sergé » n'est pas un modificateur de « pantalon » mais du 'tissu' dont ce pantalon est fabriqué. La situation où le nom de vêtement est modifié par un nom de matériel qui contient le trait MATÉRIEL se complique encore : puisque les deux noms se trouvent joints sans préposition, on n'arrive pas à les représenter comme un syntagme nominal. [4] Toutefois, il est évident que ces deux noms ne se trouvent pas en rapport de complémentation mais « denim » désigne une sous-catégorie de jean [5], ce qui incite à représenter ce terme complexe comme un composé : Le statut de tel composé n'est pas évident à cause de l'existence de nombreuses variantes de ce terme oscillant avec le troisième composant « jean denim extensible », « jean denim usé ». Il n'est pas clair si c'est le deuxième élément du terme ou tout le « composé » qui prend un modificateur. De plus, cela n'est pas clair à cause de ce même patron non-prépositionnel qui est toujours le plus utilisé pour former ces termes. Dans le corpus, la plupart (22 sur 30 en 2.4.1. (A)) des termes qui incluent une caractéristique de matériel n'ont pas de préposition, ce qui résulte en une structure impossible du point de vue de syntaxe, mais typique en terminologie : Dans la phrase tirée de Repères pratiques, la description syntaxique de deux autres traits terminogéniques ASPECT et LONGUEUR se trouve dans la proposition subordonnée sous forme de deux syntagmes prépositionnels. Voici la structure syntaxique de cet énoncé : Il est déjà évident qu'ici, la syntaxe passe par le verbe pour caractériser la longueur et la forme de /pantalon/, ce qui n'est pas possible en terminologie. Comme pour matériel, la dénomination dans ces deux cas utilise un patron de formation de nom très différent de la structure syntaxique ci-dessous : Le spécificateur « trompette » ne se rencontre pas dans le corpus mais le même ASPECT (VISUEL) de 'pantalon' est décrit par le déterminant « flare » dans le terme oscillant « Le jean flare » qui représente le modèle de vêtement assez proche pour que la comparaison soit valable. La structure du terme complexe est donc complètement différente de la structure syntaxique ci-dessus. Comparé à la structure syntaxique, ce groupe terminologique démontre au moins trois différences pertinentes : premièrement, il combine deux noms sans préposition ; deuxièmement, la relation entre le nom et son spécificateur n'est pas explicite ; troisièmement, ce groupe utilise l'élément « flare » qui est emprunté à l'anglais. Dans le corpus, il y a un autre terme métaphore qui décrit l'aspect visuel d'un modèle de /pantalon/, « le jean cigarette » manifeste le même patron de formation asyntaxique. Il semble qu'on ne peut recourir à métaphore que pour former des termes basés sur le trait ASPECT (VISUEL) et que ces termes sont souvent formés comme un composé.

La dernière caractéristique de pantalon exprimée dans la phrase des Repères pratiques est la longueur. Pour l'exprimer la syntaxe a utilisé un verbe et deux syntagmes prépositionnels :

Dans la terminologie, la même idée peut être exprimée par trois termes « le pantalon raccourci », « le pantalon 7/8 » et « le pantacourt » ce qui est plus économique que le modèle syntaxique qui demande un verbe et deux prépositions de plus. La comparaison des séquences syntaxiques et terminologiques a illustré des différences entre les moyens syntaxiques et les modèles terminologiques qui sont utilisés pour exprimer les mêmes idées vestimentaires. De plus, le fait que quatre arbres sur six représentant les structures terminologiques sont inacceptables du point de vue syntaxique témoigne de ce que les règles de formations des groupes terminologiques sont différentes des règles syntaxiques.

Finalement, il est nécessaire de remarquer que les deux traits terminogéniques qui sont restés en dehors de ces comparaisons syntaxiques-terminologiques utilisent largement, eux aussi, le même style télégraphique - sans prépositions - que les traits examinés supra. Les moyens syntaxiques utilisés pour exprimer la relation impliquée par ces deux traits - FONCTION et DÉTAIL - sont bien évidents. Le moyen syntaxique « minimal » pour traduire FONCTION serait la préposition « pour » : le terme « le pantalon jogging » devrait donc avoir la forme « le pantalon pour (faire du) jogging » dans un énoncé bien formé. Quant au trait DÉTAIL, pour lequel la syntaxe utiliserait plutôt la préposition « avec », la terminologie se sert de « à » avec un nom de détail sans déterminant (le pantacourt à revers) mais se passe de préposition dans les cas où le nom de détail est spécifié (le pantalon poches cavalières). Dans les paragraphes qui suivent, j'essayerai d'interpréter ces variations de forme des termes oscillants plus en détail.

3.3.3. Éléments facultatifs dans les termes oscillants

En 3.3.2., je n'ai comparé aux descriptions syntaxiques que les structures terminologiques les plus typiques du corpus. Cependant, ces structures peuvent avoir des variantes plus « gonflées » ou plus réduites. Ce sont ces variantes des termes oscillants que j'examinerai plus bas. J'utiliserai des parenthèses pour marquer des éléments variables dans mes arbres syntaxiques ou (plus souvent) asyntaxiques.

3.3.3.1. Termes formés selon le trait MATÉRIEL

En 3.3.2., j'ai présenté la variante non-prépositionnelle des termes nommant le vêtement selon le matériel de fabrication. Il faut ajouter à cela que le syntagme prépositionnel « en + nom de matériel » est aussi utilisé pour nommer les vêtements selon le trait MATÉRIEL. Cependant ces cas de dénominations sont beaucoup moins fréquents (voir 2.4.1. (A) et 3.2.2.1). Il faut envisager le fait que toutes ces séquences prépositionnelles ne montrent pas de fréquence « individuelle » assez élevée pour être considérées termes oscillants. Cependant, toutes ces séquences ensemble représentent un patron de formation assez courant dans les catalogues et sur un corpus plus extensif ce patron peut se prouver plus terminologique. En outre, il faut noter que certains termes sont considérés oscillants exactement à cause de leur existence en deux variations - avec et sans préposition. Ils possèdent deux structures : une asyntaxique mais parfaitement terminologique ; l'autre syntaxique mais atypique pour la terminologie. Il est vrai qu'il est facile de présenter la première structure comme la variante elliptique de la deuxième. Néanmoins, la réalité du corpus montre que c'est plutôt la deuxième structure qui est exceptionnelle dans le cas de la terminologie vestimentaire.

3.3.3.2. Termes formés selon les traits FONCTION et ASPECT

Les termes oscillants qui dénomment des sous-types de 'pantalon' selon leur utilisation ou selon leur aspect et coupe révèlent le même patron de mutation de forme : ces termes se rencontrent sous forme abrégée qui n'inclut que le spécificateur mais laisse tomber le classificateur. Ces changements de forme sont illustrés par les tableaux (3.f) et (3.i)-(3.k) qui accumulent les termes selon le flottement de position de spécificateur.

Martine Coene (2001), en étudiant la structure interne des syntagmes nominaux sans nom lexicalement exprimé, arrive à les examiner comme ayant une tête nominale vide. Elle parle des constructions du roumain et de l'espagnol qui se rencontrent dans les phrases du type « el hombre viejo y el _____ joven » (l'homme vieux et (le) _____ jeune) ou « la maletta del professor et la _______ del estudiante » (la serviette du professeur et (la) _________ de l'étudiant) qu'elle cite sous le numéro (9). Dans les phrases de ce type le syntagme « el joven » contient l'élément « el / la » qui correspond à « celui ou celle » en français. La structure de ce syntagme inclut le déterminant mais pas le nom, soit : « le déterminant celui dans les constructions (9) a un modificateur SN avec une tête nominale zéro » (Coene 2001 : 240). D'après Coene, on peut considérer cette « tête vide » comme « modifiée par un syntagme adjectival (SA), un syntagme prépositionnel (SP), un syntagme génitival (SGén) ou un syntagme du modificateureur (SC) » (Coene 2001 : 240).

Cette interprétation proposée par Coene me permettra de représenter deux formes différentes de la même unité oscillante par la même structure syntaxique avec des éléments facultatifs. En effet, il s'agit toujours du même terme selon le sens et selon la place qu'il occupe dans la hiérarchie des notions de la mode. Par exemple, la structure du terme oscillant « le (jean) bootcut » qui se rencontre dans le corpus en deux formes avec et sans classificateur 'jean' se trouve représentée comme :

La structure met en évidence le fait que le modificateur « bootcut » (M) peut prendre la place du nom « jean » (N') et avec le déterminant « le » (Dét) peut représenter tout le syntagme nominal (N''). Je trouve significatif le fait que, dans le corpus, ce sont surtout les termes qui utilisent les spécificateurs d'origine étrangère qui se rencontrent en deux formes - avec et sans classificateur. Parmi les termes au trait FONCTION c'est seulement « le jogging » et parmi les termes au trait ASPECT ce sont « le baggy », « le battle », « le bootcut », « le knickers », « le chino » et « le slack ». Il est difficile de qualifier ces anglicismes comme appartenant à une classe (partie de discours) : adjectifs ou substantif. Cependant, parmi les spécificateurs d'origine française, on trouve beaucoup de substantifs dans les deux groupes :
- pour le groupe au trait FONCTION : « pantalon parachutiste / cargo / charpentier / worker / ville / sport » ;
- pour le groupe au trait ASPECT VISUEL : « pantalon jean / baroud / costume / jodhpur / boule / cigarettes ».
La représentation de ces termes complexes serait asyntaxique : 3.3.3.2.1 Cas particulier de formation de termes selon le trait ASPECT

Il existe tout un groupement de termes qui semble être formé selon le trait ASPECT VISUEL, mais, en fait, décrivent une caractéristique de matériel (le pantalon extensible / bi-extensible / fluide, le jean extensible / stretch / vieilli). Ces termes manifestent souvent deux formes : complète et abrégée. La forme complète contient le nom de matériel.

La structure syntaxique du terme « le jean extensible » pourrait être représentée comme ellipse d'une structure asyntaxique puisque dans le corpus on trouve les termes comme « le pantalon coton extensible » et puisque GOOGLE propose 533 résultats pour le groupe « jean denim extensible » (le 26 février 2007).

Cependant, d'après les exemples du corpus et la recherche GOOGLE qui trouve 21 000 résultats pour « jean extensible » (le 26 février 2007), il est évident que le spécificateur « extensible » commence à désigner un modèle spécifique de /pantalon/ : 'un pantalon moulant'. Ici, nous avons un cas confirmé de ce que Kleiber (1991a) décrit comme « métonymie intégrée ». Kleiber donne l'exemple du prédicat « bronzé » qui est, normalement, appliqué à toute la personne bronzée, malgré que ce n'est que la peau qui est et qui peut être bronzée. Appliqué aux exemples du corpus, ce principe de « métonymie intégrée » peut expliquer l'apparition de nouveaux termes au trait ASPECT VISUEL : certaines propriétés des parties de vestimentaires, si elles sont assez saillantes visuellement, peuvent jouer le rôle de spécificateur pour l'objet entier. L'arbre asyntaxique de ce terme se trouve donc restructuré : Dans le cas de « jean extensible », la caractéristique du matériel « extensible » devient le trait distinctif de tout le vêtement parce qu'elle lui prête un aspect visuel assez spécifique (très moulant). Dans ce cas, l'adjectif qui modifiait le modificateur devient lui-même le modificateur de la tête-hyperonyme du syntagme. Ce nouveau modificateur peut rester seul si le spécificateur de matériel n'est pas considéré comme important. Cette nouvelle structure correspond au nouveau terme. Ce qui est important dans ce cas de formation de terme par métonymie c'est que même si un terme a une structure syntaxique acceptable, il n'est pas nécessairement formé par les règles de la syntaxe, puisque, en fait, il peut être une variation abrégée d'un terme asyntaxique.

Si ce modèle de pantalon devient encore plus populaire, il sera pertinent de figer ce groupe de mots pour désignation de ce modèle particulier. Ce qui est peu probable dans ce cas à cause des possibilités combinatoires du terme « extensible » qui sont aussi larges que celles des matériaux de fabrication de 'pantalons'.

3.3.3.2.2. Termes formés selon le trait ASPECT (COUPE)

Les termes de ce groupe contiennent la seule partie variable - le mot explicatif « coupe ». Le corpus contient : « le pantalon coupe droite », « le pantalon droit » et « le droit » ; « le droit coupe confort » et « le pantalon confort » ; « le jean coupe 5 poches », « le jean 5 poches » et « le 5 poches » ; « le pantalon coupe ample » et « le pantalon ample » ; « le pantalon coupe masculine » et « le pantalon masculin ».

L'arbre fait remarquer qu'on est obligé de considérer l'adjectif « droite » comme modificateur de « coupe » et non de « pantalon » à cause de son genre. Malgré cela, la coupe étant la caractéristique essentielle de la plupart des vêtements, le raisonnement du 3.3.3.2.1 doit être valable pour ce trait terminogénique. Le problème est que dans le cas du trait initialement fondamental, il est tout à fait naturel de nommer un objet en ajoutant le modificateur de ce trait directement au nom de l'objet sans passer par la variante intermédiaire. Ceci peut être la raison pourquoi il est parfois impossible de décider si des termes sont formés par le trait ASPECT (COUPE) ou ASPECT (VISUEL) : les termes « le pantalon droit » et « le corsaire extensible » ont une structure superficielle identique.

3.3.3.3. Termes formés selon le trait LONGUEUR

Dans les cas où la longueur est spécifiée par un nombre exact, la terminologie est souvent obligée d'utiliser le mot explicatif « longueur ». Ceci semble nécessaire quand, à l'absence de mot explicatif, l'interprétation poserait un problème. Il faut noter que le plus souvent la longueur marquée est décrite par un adjectif ou un participe passé : « long », « court » ou « raccourci ». La formation du terme « pantacourt » semble être provoquée par la nécessité de marquer la différence entre un modèle spécialisée et un /pantalon/ raccourci par hasard, à cause de rétrécissement par exemple. Le terme formé par les règles morphologiques représente sûrement une sous-catégorie, tandis que la séquence syntaxique comme « le pantalon court » peut décrire n'importe quelle situation vestimentaire.

3.3.3.4. Termes formés selon le trait DÉTAIL

Les termes au trait DÉTAIL sont formés selon deux patrons principaux. Le premier, prépositionnel, est utilisé pour les modèles de vêtement avec détails non modifiés : Le second patron sert à dénommer des vêtements avec des détails qui eux-mêmes ont un modificateur. Ce patron n'inclut pas de préposition :

3.3.4. Particularités syntaxiques des termes oscillants

Ces représentations généralisées permettent de démontrer la différence des possibilités elliptiques de chaque structure syntaxique correspondante à un trait terminogénique particulier. Par exemple, les termes formés par le trait MATÉRIEL ne permettent pas d'omission de tête mais peuvent laisser tomber le nom décrivant le matériel lui-même s'ils contiennent un modificateur de matériel. Si ce modificateur décrit une qualité du matériel qui est plus importante pour le modèle de vêtement que le matériel lui-même, c'est la qualité, comme « extensible » ou « fluide », qui est ajoutée directement à l'hyperonyme. La préposition « en » est beaucoup plus souvent omise que présente.

Les termes qui contiennent un modificateur exprimant le trait FONCTION ou ASPECT (VISUEL), peuvent laisser tomber la tête hyperonyme, surtout si ce modificateur est un emprunt.

Les termes formés selon les traits LONGUEUR et ASPECT (COUPE) peuvent contenir ou non un mot explicatif correspondant, mais si le mot « coupe » peut être abandonné facilement, le mot « longueur » ne peut pas être retiré (pantalon longueur 30) sauf si le modificateur indique clairement qu'il s'agit de longueur (pantalon raccourci).

D'une part, il est impossible de supprimer la préposition « à » qui est utilisé pour joindre au nom du vêtement le nom solitaire de détail ; d'autre part, si ce nom de détail est modifié la préposition ne s'utilise pas.

Il résulte de tout ceci que les termes oscillants, d'un côté, partagent plusieurs mécanismes de leur formation; de l'autre côté, diffèrent selon certains critères. Les différences principales entre les termes formés par les divers traits différents sont présentées dans le tableau ci-dessous :

3.4. Traits terminogéniques et l'ordre de leur expression

Le tableau (3.r) montre que le corpus étudié permet de distinguer cinq traits terminogéniques principaux. Dans les termes oscillants ces traits se différencient selon la position de leur spécificateur dans la structure du terme complexe. L'existence d'une position préférée pour certains traits laisse supposer l'existence de l'ordre préféré d'expression de ces traits. D'après le tableau (3.r), le trait LONGUEUR prend le plus souvent la deuxième place (X2), les traits MATÉRIEL et DÉTAIL sont souvent exprimés à la deuxième et à la troisième place (X2 X3), et les traits FONCTION et ASPECT peuvent prendre la place du classificateur (X1). Ci-dessous, j'étudierai ces tendances de l'ordre d'expression des traits terminogéniques.

3.4.1. Caractéristiques d'un vêtement et valences d'un verbe

Le corpus permet de distinguer un nombre limité de caractéristiques qui peuvent être décrites quand on nomme un type ou une variante [6] de vêtement. Ce nombre limité des traits descriptibles fait penser à la notion de valence proposée par Tesnière dans sa Syntaxe structurale (1969). D'après Tesnière, chaque verbe est susceptible de régir un certain nombre d'actants : cette susceptibilité correspond à la « valence » du verbe. Si la notion de valence est convenable pour analyser la sémantique des actions et la structure des phrases, elle peut être pratique pour analyser la sémantique des objets vestimentaires et la structure de leurs noms complexes.

La notion de valence a été empruntée à la chimie où elle correspond au nombre de liaisons chimiques possibles pour un atome dans une combinaison. Cependant, à la différence des atomes chimiques tridimensionnels, les éléments verbaux participant à la dénomination sont organisés en chaîne linéaire. Conséquemment, pour que ces éléments verbaux correspondent aux réalités physiques (ou psychiques), ils doivent être organisés en un certain ordre enchaîné. Mon hypothèse de valence des noms vestimentaires se résume aux points suivants :

3.4.2. Quantité et degré de nécessité des traits terminogéniques

Dans la structure phrastique de Tesnière (1969) qu'il appelle « le stemma », c'est le verbe qui occupe la place centrale. Dans la structure d'un nom de vêtement, cela doit être le nom hyperonyme. Comparons une proposition et un nom de vêtement : Dans la proposition, le verbe trivalent « acheter » est modifié par deux actants obligatoires : la proposition contient l'objet (le jean) et l'agent (Aline) qui est aussi le bénéficiaire. Les circonstants (chez La Redoute) et (en ligne) ne dépendent pas de la valence du verbe : on peut dire que les circonstances ne sont pas toujours pertinentes pour l'action (par exemple, un acte d'achat reste toujours un acte d'achat indépendamment de la place et de l'heure).

De la même façon, le nom de 'vêtement' contient des éléments obligatoires et facultatifs pour la dénomination appropriée. L'hyperonyme « pantalon » comporte un élément obligatoire (battle) et deux éléments facultatifs (multi-poche, en jean). Comme un acte d'achat reste toujours un acte d'achat indépendamment de circonstances, 'le pantalon battle' reste toujours 'le pantalon battle' indépendamment des détails supplémentaires (multi-poche) et de matériel de confection (jean).

Une des caractéristiques pertinentes de 'pantalon' (la longueur) n'est pas précisée. Dans le cas du verbe « acheter », si le bénéficiaire n'est pas spécifié, il est interprété comme étant l'agent. Dans le cas du 'pantalon', si la longueur n'est pas décrite, on assume qu'il s'agit de la longueur la plus typique (jusqu'aux pieds). Ceci semble être une tendance générale pour les noms de vêtements : si une des caractéristiques pertinentes n'est pas spécifiée, on assume qu'il s'agit de la variante la plus classique du point de vue de cette caractéristique.

C'est cette tendance de généralisation qui nous permet d'imaginer le vêtement décrit même si la plupart des caractéristiques manquent dans son nom. Cependant pour pouvoir reconstruire l'image du vêtement d'après les informations incomplètes fournies par le nom, on a besoin d'avoir une bonne connaissance des caractéristiques typiques de l'objet hyperonyme.

Je suppose que la quantité de caractéristiques pertinentes correspond à la valence du 'vêtement' en question. De ce point de vue, 'le pantalon' est un vêtement bivalent puisqu'il possède deux caractéristiques pertinentes : coupe et longueur. Si ces deux caractéristiques ne sont pas spécifiées, on doit assumer qu'il s'agit d'un pantalon de découpe plus ou moins classique et de longueur jusqu'aux pieds. L'interprétation est différente quand il s'agit de matériel de confection. De nos jours, il n'existe pas de tissu de pantalon par excellence : si le matériel n'est pas spécifié, on ne peut rien assumer. Il en est de même pour la couleur et les détails ajoutés, ce qui veut dire que ces traits ne sont pas essentiels pour le concept d'un vêtement - ils ne sont pas plus importants que les circonstants pour le verbe. Comme un acte d'achat qui est effectué chez Lafayette ou sur e-Bay reste toujours un acte d'achat, un pantalon X confectionné en gabardine ou « dans un tissu sergé stretch » reste toujours un pantalon X.

La quantité presque illimitée des qualités de vêtements réels peut être réduite aux quatre traits pertinents pour la distinction et la dénomination de chaque item vestimentaire. De ces quatre traits : deux (coupe et longueur) sont intrinsèques pour chaque modèle particulier ; et deux (matériel/motif et détail) sont variables. Dans le cas des traits variables, il existe une différence de variabilité : le matériel de confection peut ne pas être spécifié mais il est absolument nécessaire (tout en étant variable) pour l'existence du vêtement tandis que le détail peut être présent ou absent non seulement dans la description mais aussi dans la réalité. Puisque ces raisonnements sont renforcés par les observations des données du sous-corpus « pantalon » rassemblées dans le tableau (3.r), je peux proposer la hiérarchie d'importance pour les traits terminogéniques :

Naturellement, ces traits conceptuels peuvent tous jouer un rôle terminogénique : la variante spécifique de vêtement peut être nommée selon n'importe lequel de ces traits conceptuels. Les questions que je me pose à cette étape de la recherche peuvent être formulées de la manière suivante : Dans « le stemma » de Tesnière, ce n'est que le verbe qui se trouve au niveau dominant plus élevé ; tous les autres éléments de la phrase se posent sur le niveau inférieur - absolument plat. Cependant pendant quarante ans après la publication des Éléments de syntaxe structurale (Tesnière 1969), les études de syntaxe ont démontré que la phrase verbale connaît une structure plus complexe et à plusieurs niveaux. Il est donc possible que les modificateurs de nature différente apparaissent dans les noms de vêtements dans un ordre particulier. La distinction des actants et des circonstants proposée par Tesnière a été importante pour voir la différence entre traits conceptuels intrinsèques et variables, mais pour découvrir les règles syntaxiques de dénomination vestimentaire, je dois recourir aux investigations plus récentes dans le domaine de la syntaxe.

3.4.3. Ordre d'expression des traits terminogéniques

Comme point de départ pour investiguer les questions formulées ci-dessus (en 3.4.2.), je formulerai une hypothèse de travail : Je supposerai que les déterminants correspondants aux caractéristiques intrinsèques (coupe/aspect/fonction et longueur) de l'item nommé ont tendance à apparaître avant les caractéristiques variables (matériel/couleur et détail) et peuvent entretenir un lien plus étroit avec l'hyperonyme. Je vérifierai cette hypothèse sur le matériel du sous-domaine 'manteau' du corpus échantillon.

Dans la phrase verbale française, c'est la distribution syntaxique des éléments qui permet de définir la valeur actantielle des éléments. Dans un nom complexe de vêtement, la distribution des éléments peut être moins importante. À la différence des actants qui reçoivent leur cas du verbe et par l'intermédiaire de la position dans la phrase, les unités de termes vestimentaires n'ont pas besoin d'une place spécifique pour nommer les traits caractéristiques. Les composants lexicaux des termes complexes expriment leurs traits terminogéniques assez explicitement pour ne pas avoir besoin d'autres indications de sens.

Cependant, il est connu que dans les langues synthétiques, comme le latin, malgré que les rôles des actants soient exprimés explicitement par les terminaisons et que l'ordre de mots libre soit possible, il existe un ordre de mot préféré, typique pour une proposition déclarative neutre. Cf.

La même situation existe en russe contemporain, où la déclinaison des noms permet de mettre les actants dans n'importe quel ordre sans nuire au sens. Néanmoins, il existe un ordre de mots typique ou neutre : le changement de cet ordre est normalement le témoignage d'une expression emphatique accompagnée d'une intonation spécifique. Cf. De la même façon, les termes vestimentaires peuvent bien avoir un ordre préféré d'expression de traits terminogéniques malgré que cet ordre ne soit pas nécessaire du point de vue de clarté de dénomination. Le changement de cet ordre peut être le résultat de l'expression (ou de perception) « affectée » : par exemple, une caractéristique perçue comme la plus importante peut « sauter » de sa place habituelle vers une position plus prestigieuse et provoquer un changement dans la structure sémantique du terme qui ne correspondra plus à la hiérarchie conceptuelle des traits terminogéniques. [9]

3.4.3.1. Ordre relatif fixe

Dans son ouvrage Adverbs and Functional Heads, Guglielmo Cinque (1999) a étudié la corrélation entre les classes adverbiales et les têtes fonctionnelles qui expriment le mode, la modalité, le temps, l'aspect et la voix. Plus précisément, il a utilisé des données de plusieurs langues (y compris des langues romanes) pour étudier l'ordre relatif des adverbes (AdvPs) et après, indépendamment, l'ordre des têtes fonctionnelles (exprimées par des suffixes verbaux, des auxiliaires, des particules etc.) dans les subordonnées. Il a exploré le fait que les langues naturelles peuvent exprimer certains concepts de deux façons : lexicalement et grammaticalement. Par exemple, le mode « évidentiel » (evidential mood) peut être exprimé lexicalement par un « adverbe évidentiel » (apparemment, évidemment, etc.) ou bien grammaticalement par le mode conditionnel comme dans l'exemple de Cinque (1999 : 86 (21)) : Ce qui est crucial dans la corrélation de Cinque, c'est qu'elle démontre une concordance dans l'ordre relatif des têtes fonctionnelles et des adverbes exprimant le même concept dans les phrases des langues naturelles. Les concepts grammaticaux exprimés par les adverbes et par les têtes fonctionnelles correspondantes constituent la hiérarchie universelle des projections fonctionnelles qui se réalise dans les énoncées de gauche à droite (1999 : 106 (92)) : Ce qui est important pour ma recherche terminologique c'est que la recherche de Cinque a démontré que les unités lexicales (les adverbes) peuvent manifester un ordre relatif fixe selon lequel elles apparaissent dans les énoncés et que cet ordre peut correspondre à une hiérarchie sémantique sous-jacente. Dans le cas des noms de vêtements, il s'agit d'unités lexicales de nature différente (les noms et les adjectifs), mais ces unités correspondent sûrement aux classes distinctes de concepts sémantiques (coupe, longueur, matériel, détail). Il vaudra donc la peine de vérifier si la hiérarchie conceptuelle des traits sémantiques a une expression au niveau de dénominations des vêtements, plus précisément, dans l'ordre des déterminants modificateurs.

La grammaire pratique nous enseigne que l'ordre des adjectifs dépend de leur sens : les adjectifs relatifs se mettent plus près du nom que les adjectifs qualificatifs (les dentelles belges authentiques) et les adjectifs d'opinion se trouvent normalement plus loin du nom que les adjectifs de qualité (un bon gros pull, un chandail épais magnifique) et naturellement plus loin que les adjectif de relation (un pull irlandais magnifique, un pull irlandais épais magnifique) (Vinay & Darbelnet 1995). Évidemment, en français, la situation se complique à cause de certains adjectifs qui se mettent devant le nom mais la tendance générale reste et les recherches les plus récentes en syntaxe française la confirment.

Denis Bouchard, par exemple, a étudié plusieurs facteurs qui peuvent influencer l'ordre des adjectifs français, y compris les facteurs sémantiques, dans son livre Adjectives, Number and Interfaces (2002 : 116-154). En analysant des adjectifs juxtaposés, Bouchard arrive à la conclusion que leur ordre doit refléter l'ordre de l'emboîtement sémantique. Dans l'exemple avec deux adjectifs préposés « un [beau [ petit chien]] », Bouchard (2002 : 117) discerne le groupe (the block) « petit chien » caractérisé par l'adjectif « beau ». Il existe donc une relation sémantique qui est encodée par la juxtaposition des adjectifs. Dans une séquence A1- A2 -N, l'adjectif A2 est juxtaposé immédiatement au nom N et il est capable de le modifier directement ; l'adjectif A1 ne peut modifier qu'un seul élément nominal disponible - la projection nominale du groupe [A2 -N] (Bouchard 2002 : 117) :

La même conclusion est valable pour une séquence N-A1- A2. L'adjectif A1 qui est juxtaposé immédiatement au nom N engendre une combinaison sémantique plus étroite avec le N et cette combinaison est modifiée par l'adjectif A2 (« une situation financière désastreuse »). Il existe une restriction d'ordre pragmatique comparable aux incompatibilités sémantiques, notamment la possibilité d'attribuer la propriété de l'adjectif A2 à la classe déterminée par N-A1 (Bouchard 2002 : 117).

Puisque les adjectifs, modificateurs par définition, montrent une tendance à se placer dans un ordre déterminé par leur sens et compatibilité sémantique, il est possible que l'ordre de modificateurs dans les termes complexes puisse démontrer une dépendance de sens aussi, même s'ils ne sont pas toujours exprimés par des adjectifs.

3.4.3.2. Structure syntaxique d'un terme idéal

La théorie X-barre me permettra d'illustrer la différence entre les modificateurs qui sont sélectionnés directement par le nom hyperonyme et ceux qui ne sont que des modificateurs de tout le groupe nominal précédent.

Je suppose que les modificateurs correspondant aux traits terminogéniques intrinsèques sont en rapports plus étroits avec le nom hyperonyme (N). Les modificateurs correspondant aux traits terminogéniques variables ou optionnels doivent être reliés aux projections intermédiaires (N') de la projection maximale (N'') de l'hyperonyme. Chaque modificateur pourrait avoir sa place prédéterminée comme, par exemple, les adjectifs des langues romanes (germaniques et al.) dans la séquence « un joli gros ballon rouge » analysée par Cinque (1996 : 303) qui a découvert l'ordre relatif de ces adjectifs et des classes d'adjectifs en général. Un terme idéal, c'est-à-dire un terme qui correspond exactement à la structure conceptuelle de la notion qu'il dénomme, aurait la structure syntaxique suivante :

Si tous les modificateurs étaient manifestés sur la surface, la traduction linéaire de cette structure devrait avoir la forme suivante : Il est important de noter que la structure idéale ci-dessus peut différer amplement de la structure des termes réels. Il est possible que l'importance des traits terminogéniques au niveau conceptuel ne corresponde pas exactement à leur importance au niveau de la perception des spécialistes qui nomment des items catalogués.

En premier lieu, il n'est pas certain que les traits variables doivent être liés plus étroitement à l'hyperonyme que les traits optionnels. De plus, même si les traits optionnels sont moins importants au niveau conceptuel, il est possible que cela ne les oblige pas d'enchâsser toujours la projection du groupe nominatif comprenant les traits variables. Ces deux types de traits peuvent avoir des positions interchangeables comme dans les exemples (110, 111, 112) de Bouchard (2002 : 118) concernant les adjectifs qui peuvent changer de place en entraînant une différence sémantique :

Ou bien, si je continue à développer l'analogie avec les Éléments de syntaxe structurale de Tesnière (1969) (voir 3.4.2.), ces deux types de traits, variables et optionnels, ne correspondent qu'aux circonstants : à la différence des traits intrinsèques correspondants aux actants, ils ne sont pas choisis par l'hyperonyme. Le parallélisme entre les traits terminogéniques « secondaires » et les modificateurs circonstanciels est aussi supporté par la similarité de leur forme (les deux se réalisent en forme prépositionnelle le plus souvent, comme Cinque (1999 : 28) le souligne à propos des circumstantial adverbials) ainsi que par la similarité sémantique (les deux ne décrivent que les côtés variables d'un vêtement ou d'un événement) : Il vaut la peine de remarquer que Cinque (1999 : 28-30) trouve que les expressions adverbiales circonstancielles (circumstantial adverbials) ne se comportent pas de la même façon que les adverbes proprement dits (AdvPs proper) : ils ne respectent pas d'ordre fixe les uns par rapport aux autres (differ from the ADvPs proper in not being rigidly ordered with respect to one another). Si le parallélisme de forme et de sens continue dans le comportement syntaxique, ces traits « secondaires » (comme les circonstants dans la phrase verbale) ne seront que des éléments optionnels, interchangeables et sans position fixe l'un par rapport à l'autre dans les termes complexes. Malgré que la structure (2) permette de montrer graphiquement l'égalité de position pour le modificateur de trait variable et pour le modificateur de trait optionnel, elle ne peut pas assister à l'analyse syntaxique des termes complexes. Pour pouvoir analyser ces termes, je dois trouver une structure qui permette d'inclure tous les traits terminogéniques d'une manière ordonnée et flexible. La structure que je propose est basée sur l'idée des structures utilisées par Cinque (1990: 65) et ses collaborateurs du projet de recherche syntaxique publié dans Functional Structure in DP and IP : The Cartography of Syntactic Structures (2002), notamment Gary-John Scott (2002 : 106), qui étudie la modification adjectivale. Je représenterai la structure syntaxique potentielle d'un terme complexe vestimentaire de la façon suivante : Cette structure conceptuelle n'affirme pas l'existence du lien plus étroit entre les traits intrinsèques et l'hyperonyme, mais permet de représenter la hiérarchie tentative des composants. Si je précise le trait terminogénique des composants potentiels, cet arbre syntaxique assistera à analyser la corrélation entre la sémantique et la syntaxe des termes complexes en procurant un modèle de structure idéale qui servira de fondement pour la comparaison des termes recensés. Dans ce modèle, chaque modificateur possible détient sa place ordonnée hypothétique.

3.4.4. Investigation de l'ordre relatif sur le matériel du corpus

Pour vérifier mon hypothèse de dénomination selon laquelle la structure conceptuelle du terme doit être reflétée dans l'ordre de ses éléments constituants, je me pencherai sur les termes complexes du corpus.

Je comparerai les termes qui contiennent plus de deux spécificateurs du sous-domaine sémantique 'manteau' en utilisant la liste de contextes.

Pour simplifier la comparaison, j'utiliserai la représentation linéaire de la structure (3.s) et j'assignerai un zéro à chaque position non remplie de la structure idéale.

Pour rendre les représentations plus faciles à interpréter visuellement, je les simplifierai encore : j'éliminerai les parenthèses, les articles et les zéros superflus (dans la position après barre oblique) ; j'utiliserai le trait d'union et la tabulation : Je ferai attention à l'ordre des éléments qui se trouvent dans la même catégorie (intrinsèque, variable ou optionnel) de spécificateurs et je les diviserai par une barre oblique : Je marquerai par une flèche (au lieu de trait d'union), ou , chaque élément dont la place ne correspond pas à la hiérarchie conceptuelle des traits terminogéniques et je créerai un tableau séparé pour les termes qui manifestent ce genre d'« anomalie » :

3.4.4.1. Ordre des composants dans le sous-domaine 'manteau'

Je commencerai l'analyse par les 109 termes qui contiennent l'hyperonyme « manteau ». Je compterai tous les traits terminogéniques exprimés dans ces termes en faisant attention à leur ordre quand il y a plus de deux traits décrits. Ensuite, je considérerai tous les termes du sous-domaine qui contiennent l'hyperonyme et deux spécificateurs de traits différents.

Il est possible que l'analyse quantitative puisse témoigner de l'importance de quelques traits terminogéniques pour un type concret de vêtement : plus souvent le trait est exprimé dans les nom des 'manteaux', plus il est important pour la dénomination de ce genre de vêtement. Les 109 noms de 'manteaux' démontrent que les traits terminogéniques les plus pertinents sont : LONGUEUR, MATÉRIEL et COUPE qui sont nommés respectivement 28, 22, et 20 fois. À titre de comparaison, le trait DÉTAIL proprement dit n'est mentionné que 5 fois, mais il y a 6 occurrences de dénomination de quelques qualités spécifiques, imprévues dans la structure conceptuelle (3.s) :

Pour ces qualités spécifiques il faudra, probablement, rajouter des catégories, comme FONCTION ou DESTINATION pour « d'été » ou ASPECT (VISUEL) pour « chic » ou « patchwork ». Il faut encore mentionner que dans 26 cas, la dénomination de 'manteaux' consiste en l'hyperonyme « manteau » accompagné du nom de la société productrice. Puisque le nom de la société est toujours mentionné dans les catalogues, il ne vaut pas la peine de créer une catégorie spéciale au cours de l'analyse des traits terminogéniques, mais il faut bien noter que le nom de marque peut suffire pour nommer un vêtement vendu.

Les douze termes qui contiennent les dénominations de deux traits terminogéniques, sont traités du point de vue de l'ordre d'occurrence de composants correspondant à ces traits dans le terme complexe.

Cette dizaine d'exemples permet déjà de remarquer au moins trois tendances : premièrement, les traits intrinsèques sont vraiment décrits en premier lieu ; deuxièmement, le composant LONGUEUR précède le composant COUPE contrairement à l'ordre de traits proposé en (3.s) ; troisièmement, l'ordre des traits variables et optionnels les uns par rapport aux autres ne peut pas être établi - dans le seul exemple qui contient les composants des deux traits « manteau double col effet bicolore », l'ordre des traits DÉTAIL et MATÉRIEL est inversé par rapport à l'ordre préétabli.

Pour vérifier ces tendances, j'analyserai tous les termes du sous-domaine qui contiennent trois éléments, y compris deux spécificateurs de traits différents. Je commencerai par les termes dont un des spécificateurs correspond au trait LONGUEUR. Cette fois je changerai l'ordre des traits intrinsèques : je mettrai LONGUEUR à la première place et COUPE à la deuxième.

Une tendance est confirmée par les données de tout le sous-domaine 'manteau' : pour n'importe quel type de vêtement porté à l'extérieur, le trait LONGUEUR est toujours exprimé en premier lieu (19 exemples sur 19), y compris avant l'autre trait intrinsèque COUPE (5 exemples sur 5).

Pour vérifier si le trait COUPE est toujours exprimé avant les traits variables et optionnel, je devrai investiguer de la même façon tous les exemples du sous-domaine 'manteau' contenant le composant COUPE. Le problème est que ce domaine n'offre pas beaucoup d'exemples avec des descriptions de COUPE proprement dites. Il n'y a que deux exemples évidents qui peuvent être rajoutés aux exemples déjà cités « Veste-imper microfibre déperlante » et « Blouson coupe-vent déperlant » où « coupe-vent » décrit la découpe du 'blouson' et « imper » décrit plutôt la découpe que le matériel de la veste. Dans les deux cas le trait COUPE précède le tait variable MATÉRIEL, mais pour vérifier la position du trait COUPE, il faudra étudier des données d'un sous-domaine plus riche du point de vue de description de la découpe. (À faire 'veste' ou 'jupe' + un exemple du sous-domaine 'manteau' mais décrivant une veste  »La veste zippée légèrement cintrée » - problème syntaxique de « légèrement » = ne peut pas former un bloc avec l'hyperonyme si le spécificateur a un déterminant à lui.)

Ces exemples, comparés avec « Coupe-vent imperméable doublé micro polaire » ou « Imper 3/4 microfibre », font remarquer que le trait COUPE n'est pas souvent spécifié dans le sous-domaine 'manteau' à cause du sens très précis des hyperonymes utilisés. En fait, « duffle-coat », « doudoune » ou « parka » décrivent très précisément le type, et la découpe, des 'manteaux' nommés par ces termes, comme « coupe-vent » décrit le type et la découpe du « blouson coupe-vent déperlant » et du « Coupe-vent imperméable doublé micro polaire ». Cette observation permet de formuler encore une tendance d'ordre d'expression des traits terminogéniques : dans la situation où l'hyperonyme est absorbé par le composant décrivant le trait COUPE, l'ordre d'expression de traits intrinsèques est COUPE/LONGUEUR ; tandis que si les deux traits sont exprimés par les composants suivant l'hyperonyme leur ordre est LONGUEUR/COUPE comme dans tous les exemples du sous-domaine 'manteau' cités ci-dessous encore une fois.

Si le sous-domaine 'manteau' n'offre pas beaucoup de matériel pour étudier l'ordre des traits intrinsèques, il offre, en revanche, assez de noms de vêtements d'extérieur qui décrivent des traits variables et optionnels en même temps. Tous ces exemples sont triés dans le tableau ci-dessous. La plupart des termes respectent l'ordre prédit pour les traits variables et optionnels : dix termes sur treize offrent la description du matériel avant mentionner le détail supplémentaire. Les trois termes, qui décrivent le détail avant le matériel, utilisent un mot supplétif : la préposition « en » pour le matériel proprement dit et le mot « effet » pour décrire une spécificité de coloration. L'emploi des mots supplémentaires peut témoigner que l'ordre d'expression des traits n'est pas tout à fait suffisant dans ce cas

Il est possible qu'on puisse établir un ordre préféré à l'intérieur de chaque trait terminogénique pour chaque archétype de vêtement. Comme, par exemple, Cinque qui étudie les structures manifestées par les adverbes circonstanciels dans la phrase verbale (1999 : 29-30). Le sous-domaine 'manteau' permet d'observer que le détail 'capuche' est plus souvent mentionné avant le détail 'fermeture' chez les TVCs qui contiennent les deux, et que ces deux détails normalement précédent tous les autres détails possibles. Cela laisse supposer que ces deux détails sont tellement importants que peuvent former deux types distincts de vêtements - 'vestes à capuche' versus 'vestes sans capuche' et 'vestes zippées' versus 'vestes boutonnées' ou 'vestes zippées' versus 'vestes 1/2 zip'.

L'ordre préféré à l'intérieur du trait DÉTAIL semble être moins évident que l'ordre des modificateurs correspondant aux traits principaux. Cependant, on peut noter que « capuche » se place le plus souvent devant tous les autres détails (seulement deux fois sur dix après « zippée ») et que « zippé » précède tous les autres détails. L'ordre des 'détails' à vérifier sur le matériel d'un corpus plus grand serait : 'capuche', 'zip', 'sans manches' / 'poches' / 'doublure'. Si cet ordre était plus sûr, je pourrais inclure de nouveaux modificateurs plus précis dans la structure syntaxique des termes complexes du sous-domaine 'manteau' (ce qui risquerait de l'alourdir considérablement).

Finalement, je peux représenter la structure syntaxique des termes complexes typiques en modifiant le moule syntaxique (3.s) à titre d'exemple. Si j'attribue un zéro à chaque composant non rempli, le terme « Blouson coupe-vent déperlant [12]  » aura la structure suivante :

Puisque c'est tout le groupe « Blouson coupe-vent » qui est qualifié par le déterminant de MATÉRIEL « déperlant », je représente l'hyperonyme et le modificateur de COUPE comme bouclés ensemble.

Le terme « Veste-imper microfibre déperlante » aura presque la même représentation que « Blouson coupe-vent déperlant » mais avec le composant MATÉRIEL plus développé.

3.4.5. Règles de formation des termes complexes

Malgré toutes les différences manifestées par les groupes de termes formés selon différents traits terminogéniques, tous les termes oscillants examinés manifestent des caractéristiques partagées et même révèlent un ordre de modificateurs préféré dans leur structure syntaxique. En me basant sur ces caractéristiques communes, je peux formuler certaines règles de formation de ces groupes terminologiques. Tous les termes oscillants contiennent le nom du vêtement dont ils nomment une variante et, dans les termes de Corbin, leur sens compositionnel « est capable à lui seul de servir de support à une dénomination » (1997 : 80). Le nom du vêtement dont les termes complexes nomment une variante est exactement terme-hyperonyme de ce terme complexe. En fait, cette règle correspond à la définition de la tête lexicale de Williams (1981) qui exigeait que la tête lexicale représente directement l'hyperonyme de l'unité lexicale si elle n'est pas un affixe.

D'après Corbin (1997 : 70), « une tête idéale d'unité lexicale remplit trois fonctions » :

Au niveau des termes oscillants, la terminologie vestimentaire n'utilise les prépositions que très rarement, et encore, elle préfère les prépositions les plus courtes et au sens le plus abstrait possible comme c'est le cas dans les mots composés. Les seuls traits terminogéniques qui sont autorisés à utiliser une préposition sont MATÉRIEL et DÉTAIL et les prépositions réservées sont « en » [13] et « à » respectivement. Il est vrai que la préposition « de » qui peut être utilisée par la langue commune pour désigner le matériel [14] au lieu de « confectionné dans » est encore plus générique que la préposition « en ». Cependant, la préposition « en » n'est utilisée que rarement dans les termes binominaux, mais elle est emplyée plus souvent dans les unités plus longues qui contiennent plus de trois composants. Ce qui ne laisse que la préposition « à » qui a un emploi très limité : termes au trait DÉTAIL et à deux composants seulement. La nécessité d'employer une préposition peut être le résultat du fait que le patron NN est déjà pris par le trait ASPECT (où le deuxième N peut être n'importe quel nom à la différence de FONCTION et MATÉRIEL) et les séquences comme « Le pantalon pont » au lieu de « pantalon à pont » serait interprétable dans deux directions DÉTAIL et ASPECT. Quand il y a trois éléments et que le nom de détail est modifié, l'interprétation devient plus évidente et la préposition n'est plus nécessaire. Le sens des termes plus longs est trop détaillé pour représenter une sous-catégorie, ces termes se rapprochent des descriptions définitoires ou typifiées. Cet ordre permet de faire quelques suppositions concernant la dénomination vestimentaire :

3.5. Conclusion du chapitre 3

Dans ce chapitre, j'ai analysé la structure des termes complexes de deux sous-domaines du corpus, 'pantalon' et 'manteau'. Les termes complexes du sous-domaine 'pantalon', qui étaient laissés hors du cadre du chapitre précédent à cause de leur longueur, ont été regroupés selon le même principe que les termes plus courts dans le chapitre 2 - selon leur trait terminogénique. Cela m'a permis de structurer tous les termes du sous-domaine 'pantalon' et d'exposer le tableau complet du plus grand sous-domaine du corpus. Le sous-domaine 'manteau' a été étudié pour confirmer les hypothèses élaborées lors de l'analyse des termes dénommant le 'pantalon'. Deux particularités principales des termes complexes ont été étudiées : les flottements positionnels des modificateurs et les anomalies dans la structure syntaxique des termes complexes.

L'analyse des flottements positionnels des constituants des termes composés a démontré que les modificateurs qui correspondent aux traits terminogéniques différents préfèrent les positions différentes dans la structure des termes complexes : les modificateurs des traits MATÉRIEL et DÉTAIL occupent le plus souvent la deuxième ou la troisième place, les modificateurs du trait LONGEUR préfèrent la deuxième, les modificateurs des traits ASPECT et FONCTION favorisent la deuxième place mais peuvent aussi se trouver à la première en absorbant les fonctions de l'hyperonyme. L'observation de ces tendances m'a permis de formuler une hypothèse concernant l'ordre préféré de l'expression des traits terminogéniques dans les dénominations vestimentaires. J'ai divisé les traits terminogéniques en trois types selon leur importance conceptuelle : les traits intrinsèques (ASPECT et FONCTION), les traits variables (LONGEUR et MATÉRIEL) et les traits optionnels (DÉTAIL et DÉCORATION). Selon mon hypothèse, les traits les plus importants du point de vue conceptuel devaient être dénommés en premier lieu et occuper la position la plus proche de l'hyperonyme. Cette hypothèse a été vérifiée et confirmée sur le matériel du sous-domaine 'manteau' qui a été choisi à cause de sa dissemblance conceptuel du sous-domaine 'pantalon'.

Les anomalies syntaxiques des termes complexes ont été étudiées en comparaison avec les descriptions vestimentaires dans les phrases. À la différence des descriptions, les termes peuvent laisser tomber la tête hypéronyme et, le plus souvent, n'utilisent ni prépositions ni mots explicatifs. Tous les traits terminogéniques peuvent et préfèrent être exprimés à l'aide du patron de formation NN. Les tendances de dénomination découlant des particularités syntaxiques et de l'ordre préféré d'expression des traits terminogéniques seront investiguées plus en détail dans le chapitre 4.