2. ASPECTS SÉMANTIQUES : SIGNIFIÉ ET SIGNIFIANT

2.0. Introduction

L'analyse sémantico-terminologique ci-dessous vise, premièrement, à structurer le signifié du système de la mode et, deuxièmement, à créer une corrélation entre le contenu sémantique et la forme des termes attestés. J'utiliserai comme exemple un sous-domaine vestimentaire, celui de 'pantalon', et j'analyserai tous les termes recensés dénommant différentes variantes de /pantalons/.

C'est-à-dire, au cours de mon analyse, je devrai :
- grouper les termes du système de 'la mode' selon leur contenu sémantique ;
- déterminer la place du sous-domaine 'pantalon' dans le système ;
- discerner les notions principales selon lesquels les noms des pantalons sont créés ;
- établir la liste des sèmes lexicogéniques pour le sous-domaine 'pantalon' ;
- particulariser les modèles morphologiques et syntaxiques qui permettent de créer de nouveaux termes vestimentaires pour chaque sème ;
- analyser ces modèles (patrons) de formation de termes.

2.1. Structure du signifié de la mode

Si je considère toute la mode comme un système de signes ou comme un signifié complexe, uni et structuré, je peux essayer de discerner sa structure. Cette compréhension de la terminologie me permet de la représenter comme un arbre hiérarchique et de l'étudier comme un système. La structuration du signifié de la mode doit assister l'analyse sémantique des termes attestés.

2.1.1. Tentatives de création d'un lexique vestimentaire structuré

Je commencerai par décrire brièvement deux tentatives de structurer le signifié de 'la mode' que j'ai trouvées utiles pour ma recherche : l'inventaire du « vêtement écrit » de Roland Barthes et le système descriptif du costume de l'équipe du Musée national des arts et traditions populaires à Paris sous la direction de Marie-Thérèse Duflos-Priot.

L'inventaire de Barthes (1967 : 307-20) est une liste alphabétique des « termes de mode » (en fait, de tous les mots relevés dans les revues dépouillées) indexés selon deux listes : « Liste des genres » et « Liste des variantes ». Par exemple, dans la liste alphabétique, les quatre mots désignant des espèces de pantalons, 'pantalon' y compris, sont indexés par le chiffre arabe 45 renvoyant au « Genre 45. Pantalon ».

Au même inventaire alphabétique, le mot « droit », qui pourrait décrire un modèle de pantalon (ou de jean), est indexé en chiffres romains et renvoie à trois « Variantes ». Dans l'inventaire de Barthes, les noms des vêtements et des détails sont mélangés, dans « les Genres » et les noms des qualités sont rassemblés dans « les Variantes ». Les qualités sont groupées selon les idées générales qui peuvent être attribuées à n'importe quel type de vêtement : L'inventaire de Barthes aide à distinguer les principaux types de vêtements, leurs détails et leurs qualités les plus typiques. Pourtant, ses listes de mots, aussi thématiques et précises qu'elles soient, n'offrent pas de structure perceptible comme ce serait le cas de n'importe quelles listes. L'autre tentative est moins connue mais plus pertinente pour ma recherche puisqu'il s'agit d'un lexique raisonné qui met en évidence des relations d'inclusion en proposant une classification de forme arborescente. Ce travail a été effectué par le Musée national des arts et traditions populaires à Paris et il a été publié sous le titre Système descriptif du costume traditionnel français par les Éditions de la Réunion des musées nationaux (Duflos-Priot 1988).

Pour construire leur système descriptif, les chercheurs du musée ont adapté la relation du vêtement et du corps comme fil conducteur. Cinq critères obligatoires proposés pour le vêtement historique - grandes divisions anatomiques, hauteur couverte, permanence de volume, séparation des membres, semelle - peuvent toujours être utilisés pour la classification du vêtement contemporain. La liste non limitative des critères facultatifs - à capuchon, à basques, à ouverture, cintré, croisé, à col, etc. - est aussi applicable au vêtement de nos jours à l'exception de quelques traits non pertinents (Duflos-Priot 1988 : 29). Le lexique raisonné est composé de six sections, divisées selon la fonction :

Les vêtements proprement dits sont subdivisés [1] selon l'espace d'utilisation (d'extérieur, d'extérieur et d'intérieur, d'intérieur), selon l'appui du vêtement sur le corps, selon la superposition sur le corps (Duflos-Priot 1988 : 41).

2.1.2. La taxonomie vestimentaire

Tout en tenant compte des critères proposés par le Musée national des arts et traditions populaires, je dresserai une structure arborescente plus convenable pour la présente recherche. Le but du Musée était de créer une classification commode pour ses items vestimentaires. Mon but est de comprendre mieux la structure interne du signifié de la mode et de faciliter l'analyse sémantique des termes vestimentaires.

2.1.2.1. L'approche onomasiologique

L'approche onomasiologique de l'École de Vienne assume l'existence d'un système de notions qui est indépendante de l'existence des termes. [2] Ce système de notions permet de définir clairement ses concepts (Begriffen) parce qu'elle parvient à définir les frontières (Abgrenzung) entre les notions (Wüster 1991 : 1-2). La situation idéale pour créer une terminologie serait de construire un système de notions d'abord et d'attribuer consciemment un terme à chaque nœud de ce système après. Il est bien connu que cette situation idéale n'existe pas dans les terminologies scientifiques, je m'attendrais à encore plus de désordre dans le langage spontané et changeant de la mode.

Rita Temmerman énumère cinq « principes » de la terminologie traditionnelle (les concepts sont primaires et les termes sont secondaires ; les concepts sont définis précisément (clear-cut) selon leur place dans la structure conceptuelle ; les concepts ont une définition intensionnelle ; un concept correspond à un terme ; un terme assigné à un concept est permanent) et démontre que les cinq principes ne sont pas respectés dans la terminologie d'un langage spécialisée de biotechnologie (Temmerman 2000 : 15-16). Même si je ne m'attendais pas à l'existence de ces principes dans la terminologie de la mode « banalisée », cette observation de Temmerman est importante parce qu'elle met ma terminologie banalisée sur des terrains égaux avec les terminologies techniques et avec la langue commune à la fois. Le tableau de cinq principes terminologiques et cinq contradictions correspondantes est un témoignage bien documenté de ce que les terminologues aperçoivent depuis le commencement de la science terminologique : la terminologie, même technique et scientifique, comprend tous les problèmes d'une langue naturelle et tous ces principes doivent être accompagnés du mot « idéalement ».

Puisque les terminologies se heurtent contre les mêmes problèmes sémantiques que les langages non spécialisés, toute la polémique concernant l'approche la plus adéquate au problème du sens peut servir à choisir une approche appropriée pour l'étude de la dénomination dans un vocabulaire spécialisé. Deux approches semblent productives pour ce but : premièrement, l'approche sémantique componentielle ou différentielle (descendant du Structuralisme européen : Greimas, Pottier, Coseriu) pour étudier le sens des termes et leur relations ; deuxièmement, l'approche psychologique (Rosch, Kleiber, Rastier) pour l'étude du processus de dénomination. L'approche componentielle permet, d'une part, de décomposer le sens d'une unité lexical et, d'autre part, d'établir les relations entre les signifiés des unités lexicales différentes, de mettre en évidence des corrélations entre les unités linguistiques et les objets physiques correspondants. L'approche psychologique propose la notion de typicalité et de prototype qui, a priori, semble jouer un rôle important dans la procédure de dénomination vestimentaire. Le problème est que les représentants de l'approche psychologique n'acceptent pas indubitablement l'idée que le vocabulaire puisse être organisé de façon taxonomique. En fait, les taxonomies conceptuelles sont peu appréciées dans la philosophie du langage en général. [3]

Par ailleurs, les linguistes qui travaillent dans le domaine informatique trouvent souvent la construction d'un système conceptuel indispensable pour leurs projets. S'il s'agit de systèmes automatiques de traduction ou de représentations numériques du savoir, les ontologies informatiques semblent être indispensables (Nirenburg et Levin 1991 [4] ; Lenat 1989 ; Horty 2001 ; Brachman 2004). Cependant, les linguistes-informaticiens ne sont pas totalement satisfaits des ontologies hiérarchiques. Fleury (1997 : 147), par exemple, a consacré sa thèse de doctorat à la recherche d'une méthode de représentation des connaissances conceptuelles plus flexible que la structure hiérarchique (difficile à modifier ou incapable d'accommoder des informations à venir).

Malgré toute la controverse concernant les hiérarchies conceptuelles, je trouve qu'une taxonomie rigide de notions vestimentaires est exactement ce dont j'ai besoin pour jalonner la masse amorphe des listes terminologiques. Je n'affirme ni l'existence objective ou indépendante de la structure conceptuelle ni sa correspondance exacte à la réalité physique, mentale ou linguistique. J'utilise cette structure comme un outil ou plutôt comme un point de repère. Pour cette raison, je commencerai l'analyse du corpus par la construction d'un système de notions vestimentaires selon l'approche de Wüster (1991 : 1) « jede terminologiearbeit geht von den Begriffen aus » (chaque travail terminologique commence par des concepts).

2.1.2.2. Structure arborescente du signifié de la mode

Comme la plupart des lexicologues [5], je commencerai par utiliser les tables des matières des encyclopédies de la mode pour en extraire des notions principales du système vestimentaire. En me basant sur cette information et en utilisant les critères proposés par le Musée (Duflos-Priot 1988), je construirai une structure arborescente pour la mode contemporaine. Cette structure qui organise les notions vestimentaires en hiérarchie facilitera l'analyse pour trois raisons : Chaque niveau de la structure regroupera les notions selon un seul critère : fonction générale, fonction spécialisée, destination intérieur / extérieur, partie du corps couvert, séparation des membres ou des pièces. Il est possible que ce critère corresponde à une composante du sens ou à un sème dans la structure sémantique de chaque terme. Il faut insister sur la caractéristique « vague » quand on parle de structure arborescente telle que ci-dessus. Il est incontestable que les groupements des notions dans cette structure sont des ensembles flous comme dans le cas de n'importe quel champ lexical de langue naturelle. Cependant, cette imprécision ne diminue pas le caractère systématique de l'ensemble de notions. Malgré que la décision ne soit pas toujours facile à certains niveaux, l'image résultante reflète toujours les critères structuraux les plus importants. Par exemple, cela n'a pas d'importance si l'on sépare /vêtements/ - /chaussures/ - /coiffures/ au premier niveau selon le critère « fonction générale » (vêtir - chausser - coiffer) ou si l'on considère leur fonction comme plus générale (couvrir ou protéger, par exemple); en tout cas, /vêtements/ se sépareront de /chaussures/ et de /coiffures/ au quatrième niveau subdivisant les ensembles selon la partie du corps couverte.

Il est bien évident que toute tentative de structuration de la réalité extralinguistique aura toujours quelques degrés de subjectivité. On sait que la langue même influence la perception de la réalité. On trouve un peu partout l'idée que « chaque langue opère un découpage unique parmi une infinité de découpages possibles d'une réalité qui est elle-même infinie. » (Cosette 1994  7). Cependant, il faut toujours souligner que dans le cadre de la même civilisation, les découpages de la même réalité seront très proches. Il est possible que la langue anglaise ne favorise pas le découpage /vêtements/ - /chaussures/ - /coiffures/ au premier niveau selon le critère « fonction générale », puisque l'absence des verbes comme « chausser » et « coiffer » n'inciterait pas à penser à une fonction spécialisée. En plus, le verbe « dress » n'est pas lié au substantif « clothes » aussi directement que « vêtir » et « vêtement » sont liés en français. Néanmoins, au bout du compte, n'importe quel locuteur (ou lexicologue) anglais saura distinguer entre « clothes », « shoes » et « headgear » selon les mêmes critères basiques des niveaux supérieurs de sa structure arborescente.

2.1.2.3. Structure arborescente et signe linguistique

Ce qui est important dans cette structure, c'est qu'elle montre que la structuration des notions de mode est possible avec l'utilisation de critères tout à fait communs. Si l'on considère la terminologie vestimentaire comme un signe linguistique complexe, on peut dire que le haut de la structure, correspondra au denotatum de ce signe, c'est-à-dire, à la réflexion vague des composants principaux de la mode contemporaine dans la conscience d'un locuteur. Généralement, chaque locuteur français ou anglais sait que, de nos jours, la mode vestimentaire concerne les accessoires, les bijoux, les chaussures et les vêtements proprement dits. Chaque locuteur est ainsi capable de nommer les types principaux des accessoires, des bijoux, des chaussures et des vêtements. Cela veut dire que tous les locuteurs partagent les idées les plus générales de la mode vestimentaire et que ce sont les idées structurées principalement du premier jusqu'au cinquième niveau du système.

Il en est de même pour chaque terme qui se trouve au-dessus du sixième niveau du système terminologique. Chaque locuteur est capable de définir tous les types principaux de vêtements selon la partie du corps couverte, selon la couche (intérieure / extérieure / sous-vêtement), et selon ce qui distingue ce type de vêtement d'un autre type ayant les caractéristiques semblables. Par exemple, chaque locuteur sait que 'le pantalon' couvre la partie basse du corps, qu'il peut être un vêtement d'intérieur et d'extérieur, et qu'il se distingue de 'la jupe' en couvrant les deux jambes séparément. Ce fait veut dire que l'image vague d'un type de vêtement, correspondant au denotatum du signifié de signe linguistique, est suffisante pour définir ce type de vêtement et pour se mettre d'accord avec tous les autres locuteurs.

La situation est différente dans le cas des variantes de vêtements. Après le cinquième ou sixième niveau de la structure arborescente, il n'y a pas d'unanimité non seulement parmi les locuteurs moyens, mais aussi même parmi les professionnels de la mode. Par exemple, les définitions et le découpage des variantes du sous-domaine 'pantalon' varient selon les auteurs. (Cf. facteurs subjectifs en 4.4.3.1.)

2.2. Niveaux supérieurs de la structure de la mode

La structure arborescente aide à étudier la composition sémique des termes génériques. Ci-dessous, je représenterai la structure sémantique des archétypes vestimentaires sous forme de combinaison sémique où un sème correspondra à un niveau de la structure.

2.2.1. Analyse des notions de vêtements

Le premier et le deuxième niveaux de la structure arborescente aident à délimiter le domaine de la recherche. Je m'occuperai des vêtements proprement dits, écartant de mon analyse les vêtements spécialisés. Cela veut dire que je peux commencer par la notion 'vêtement commun' comme classificateur et utiliser la forme abrégée de cette notion - 'vêtement' - à partir de ce moment.

Les trois notions du troisième niveau correspondent à l'idée de destination de 'vêtement' selon l'environnement. Il est bien confirmé par les catalogues et par les encyclopédies vestimentaires qu'il y a des vêtements qui ne sont destinés qu'à être portés à l'extérieur ou à l'intérieur. Il est aussi connu que la plupart des vêtements conviennent pour les deux environnements. Je peux donc essayer de présenter ce concept par présence ou absence de possibilité d'utilisation de vêtements à l'extérieur ou à l'intérieur, en utilisant les abréviations Ext et Int. Pourtant, si je considère les vêtements convenables pour les deux environnements comme non-spécifiés, il semble raisonnable de représenter ce même concept en utilisant un seul sème binaire « EXT » spécifié de façon positive ou négative : « +EXT » et « -EXT ».

Le quatrième niveau offre une division générale selon la partie du corps couverte. Cette division peut être représentée par trois combinaisons de deux notions de ce concept - Haut et Bas ; ou bien par un seul sème binaire « BAS ». Les catalogues français ne propose pas de division des vêtements en 'haut' et 'bas' comme le font souvent les catalogues anglais. Cependant, la liste des contextes pour le fichier des termes génériques a révélé les termes « sous-vêtement haut » et « sous-vêtement bas » employés par le catalogue Damart. Les nœuds du quatrième niveau ne se divisent qu'en deux. Cela veut dire que le cinquième niveau retrace un trait binaire, qui consiste en la présence ou en l'absence d'une seule caractéristique - SÉPARÉ : Finalement, en utilisant trois sèmes principaux, ou six sèmes complémentaires, en leurs combinaisons logiques, je peux représenter tous les sous-domaines du domaine 'vêtement commun' dans un tableau componentiel. Je vais garder les représentations de tous les traits des concepts dans le tableau, afin que les vêtements non-marqués ne soient pas laissés sans identification. Plus tard, dans l'analyse sémique des termes, je n'utiliserai que les trois sèmes principaux. Inévitablement, dans le tableau (2.e), il y a des problèmes d'attribution d'un équivalent linguistique exact, mais ce sont des problèmes d'ordre général pour une langue naturelle. L'attribution de deux termes pour certains nœuds ne résulte pas de la synonymie, mais s'explique plutôt par l'existence de deux variantes du même vêtement (féminine et masculine) ou par l'absence d'un terme général sûr. Dans ces deux cas, les termes sont séparé par « / ». Le terme que je propose comme général (selon le sens et la fréquence dans le corpus) est cité le premier sans parenthèses; un autre terme qui contient la même configuration de sèmes est cité entre parenthèses.

On peut voir que tous les types principaux de vêtements trouvent une place dans le tableau ci-dessus. Presque tous les termes à la fréquence élevée extraits des tables des matières des catalogues en ligne font partie du tableau (2.e). A titre de comparaison, je cite encore une fois la liste des termes génériques retenus comme archétypes de vêtement en 1.3.3. avec l'indication « + » ou « - » de leurs sèmes principaux :

2.2.2. Terme générique pour l'archétype 'VÊTEMENT&+BAS&+SÉPARÉ' : « pantalon » ou « culotte »

Les listes de termes génériques extraits des catalogues en ligne ne proposent pas d'autre terme générique que « pantalon » [6]. Sous cette rubrique, on vend souvent n'importe quel bas aux jambes séparées, y compris des shorts. Cependant le terme vieilli « culotte » est utilisé comme classificateur par la plupart des dictionnaires français. Il vaut la peine de comparer deux variantes d'analyse possible : l'une basée sur les données de la structure arborescente, l'autre basée sur les données des dictionnaires.

Deux dictionnaires très utilisés de la langue française courante donnent deux définitions plus ou moins identiques :

Si on comprend « culotte » au sens contemporain de ce mot, on doit imaginer 'pantalon' comme un sous-vêtement aux jambes séparées et longues (jusqu'aux pieds), genre de 'caleçon masculin' d'autrefois. Le terme « short » est défini à l'aide du mot « culotte » aussi, mais dans cette définition, il est précisé qu'il s'agit d'une 'culotte' portable pour le sport et les vacances : Bruno Remaury (1994), dans son Dictionnaire de la mode, mentionne qu'il s'agit d'un 'vêtement' (et non d'un 'sous-vêtement', sous-entendu) mais il utilise, lui aussi, le mot « culotte » dans sa définition. Pour voir si les définitions dictionnairiques du terme « pantalon » correspondent à la réalité vestimentaire et à l'analyse componentiel du tableau (2.e), on doit considérer la définition du mot « culotte ». Culotte 1. VÊTEMENT&+MASC&+BAS&+SÉPARÉ
Culotte 2. VÊTEMENT&+DESSOUS&-MASC&+BAS&+SÉPARÉ

Il est évident qu'aucune des deux définitions ne permet d'utiliser le mot « culotte », comme classificateur pour 'pantalon' dans le sens du mot d'aujourd'hui. On sait bien que le vêtement /pantalon/ est porté aujourd'hui par les deux sexes, et, donc, la présence du séme +MASC, ainsi que -MASC, contredit le sens contemporain du terme « pantalon ».

Il apparaît que dans une conscience opérée par la langue française, il existe une image vague d'un vêtement d'autrefois qui couvre le bas du corps et les jambes séparément. Cette image est utilisée par les créateurs des dictionnaires français pour produire des définitions compréhensibles des termes « pantalon » et « short », mais ces définitions ne procurent pas de matériel acceptable pour une analyse componentielle juste.

De plus, il y a un seul catalogue, Damart, qui utilise le mot « culotte » dans ses tables des matières, et dans les deux cas, ce terme ne peut pas être considéré comme générique pour le sous-domaine 'pantalon' d'après ces contextes fournis par TACT :

Il faut ajouter que tous les autres catalogues n'utilisent le terme « culotte » que dans le sens de sous-vêtement féminin, le sens qui est proposé comme deuxième par le Petit Robert.

La définition du terme « pantalon » serait plus exacte et plus juste si elle était basée sur la réalité vestimentaire et linguistique d'aujourd'hui ; par exemple, si elle utilisait comme classificateur le terme plus générique mais contemporain « vêtement », au lieu du terme vieilli « culotte » comme le fait le dictionnaire anglais Webster's :

Cette définition du Webster's ne contient pas de sèmes contradictoires. En plus, elle correspond parfaitement à la combinaison des sèmes du tableau (2.e) et à l'ordre des niveaux de la structure arborescente (1). En se basant sur cette définition, sur l'analyse componentielle du tableau (2.e), et sur les parties acceptables des définitions du Petit Robert, on peut formuler une définition plus cohérente du terme « pantalon » : Tous les termes du niveau 5 peuvent être définis convenablement à partir du classificateur « vêtement » et que toutes leurs caractéristiques prototypiques peuvent être décrites par les combinaisons de trois sèmes principaux proposés en (2.e) [7]. Ceci est confirmé par une définition française plus récente [8] et par une définition anglaise, provenant d'un dictionnaire spécialisé. Il faut noter que la définition de « pants » du Fairchild`s, comme la définition de « pantalon » que je propose, n'insiste pas sur la longueur concrète de ce vêtement. Cela permet d'utiliser un terme générique pour définir tous les types de pantalons indépendamment de leur longueur.

En imposant la définition proposée, je vais considérer le terme « pantalon » comme le nom de l'archétype vestimentaire '+BAS&+SÉPARÉ' et comme l'hyperonyme du sous-domaine correspondant. Cela me permettra d'analyser les termes de ce sous-domaine, en n'utilisant que des termes et des notions qui existent dans le langage de mode banalisé contemporain.

De plus, les définitions seront plus homogènes si j'insiste sur l'utilisation du mot « vêtement » comme classificateur pour tous les archétypes. On peut voir le manque d'uniformité, si on considère la définition du terme « jupe » proposée par le même Petit Robert qui définit son terme complémentaire « pantalon » à partir de 'culotte'.

On peut voir que pour les vêtements /jupe/ et /pantalon/ qui peuvent être complémentaires dans la garde-robe féminine, Petit Robert utilise les classificateurs différents et oppose ces deux vêtements par le sème « -MASC », puisque le classificateur « culotte » contient le sème « +MASC » dans son sens vieilli utilisé dans la définition.

L'analyse du contenu sémantique de l'archétype 'VÊTEMENT&+BAS&+SÉPARÉ' en comparaison avec des définitions lexicographiques, a démontré que l'approche sémasiologique des dictionnaires de la langue commune ne représente pas la meilleur méthode pour étudier la structure sémantique des termes. Cette approche qui part d'un signifiant (« pantalon ») et cherche à l'expliquer à l'aide d'un autre signifiant (« culotte ») n'assure pas la représentation juste des relations conceptuelles actuelles de leurs signifiés et peut voiler les rapports entre les notions complémentaires ('jupe' et 'pantalon') en utilisant des classificateurs différents ('habillement' et 'culotte' respectivement) pour leurs définitions. Pour mes analyses suivantes je m'appuierai avant tout sur les données de ma structuration onomasiologique des notions vestimentaires et sur les données des glossaires spécialisés.

2.3. Contenu et forme des termes dénommant les types de /pantalon/

Pour examiner les termes dénommant les types de vêtement, je commence par étudier les termes qu'on trouve sous la rubrique de chaque archétype dans les catalogues qui offrent une classification plus détaillée de leurs marchandises. Comme exemple, je prendrai l'archétype « pantalon » et tous autres types de ce vêtement mentionnés dans les tables des matières des catalogues.

2.3.1. Termes désignant les types de /pantalon/

Voici toutes les désignations des types de 'pantalon' extraits du fichier des termes génériques et rangés selon leur fréquence : Au premier coup d'œil, il apparaît que le trait principal selon lequel on distingue les types principaux de pantalons est la longueur, puisque tous les catalogues distinguent 'pantalon', 'pantacourt', 'corsaire', 'bermuda', 'short'. Cependant, pour définir la longueur d'un type de vêtement on ne peut pas opérer facilement au moyen d'un sème (+LONG ou -LONG) ou de deux notions (+ ou -, Long ou Court) comme on pouvait le faire au cours de l'analyse sémantique des archétypes : la caractéristique de longueur est plus diversifiée et plus nuancée que les caractéristiques fondamentales des archétypes vestimentaires. Plus bas, j'essaierai d'analyser les noms des types et des variantes de /pantalon/ en utilisant la notion de trait terminogénique.

2.3.2. Sèmes lexicogéniques ou traits terminogéniques

Rappelons qu'un trait terminogénique est le trait qui permet de distinguer un item vestimentaire des autres vêtements ayant le même classificateur et qui se reflète dans sa forme linguistique.

Le premier tri des termes du sous-domaine 'pantalon` selon leurs traits terminogéniques permet de distinguer quatre groupes de variantes de ce vêtement :

Les trois derniers groupes sont plus ou moins homogènes tandis que le premier peut être divisé en plus petits groupes correspondant aux caractéristiques plus concrètes : La coupe est la plus générale des trois caractéristiques qui peuvent déterminer l'aspect d'une variante de 'pantalon'. Il est souvent difficile de distinguer s'il s'agit de l'aspect visuel ou de la coupe proprement dite (Le pantalon cigarette). Je réunirai donc l'aspect visuel et la coupe sous le nom d'un seul trait terminogénique ASPECT mais je différencierai ASPECT (VISUEL) et ASPECT (COUPE) là où c'est possible. Deux autres caractéristiques de l'aspect sont assez spécifiques pour correspondre à deux traits terminogéniques distincts : LONGUEUR et DÉTAIL. Les caractéristiques des groupes homogènes peuvent correspondre à trois traits terminogéniques : FONCTION, ORIGINE, MATÉRIEL.

2.3.3. Groupe de sèmes terminogéniques reliés à la même caractéristique

La longueur semble être une des caractéristiques les plus importantes du 'pantalon' ou, au moins, une des plus faciles à distinguer. Presque tous les catalogues vendent des /pantalons/ de longueurs différentes séparément (cf. 1.3.2. et 1.3.3.). De plus, la longueur est une caractéristique typique du vêtement prototypique nommé « pantalon » : un pantalon typique couvre les jambes jusqu'aux pieds. La typicalité de la caractéristique 'long' peut être validée par l'emploi du terme « pantalon » et de l'adjectif « long » dans une subordonné de conséquence, ce qui formera un test pour la caractéristique prototypique [9] - 'long' : Cela veut dire que le locuteur aura tendance à interpréter tous les hyponymes du sous-domaine « pantalon » comme ayant cette caractéristique si rien n'est spécifié autrement dans le nom hyponyme. Naturellement, les types de /pantalons/ qui diffèrent selon une variation de cette caractéristique typique doivent avoir une indication spécifique dans leur nom. Ces types ne sont pas nombreux : dans les catalogues en-ligne, on trouve : /pantalon raccourci/, /pantacourt/ [10], /pantalon cheville/. On peut même considérer /short/ comme une variante atypique de /pantalon/ (cf. l'inventaire de Barthes en 1.0.1., où /short/ appartient au Genre « 45. Pantalon »). Pour tester une caractéristique au sujet de l'atypicalité, on peut former des phrases coordonnées par la conjonction « mais ». Ce sera un test pour la caractéristique atypique - 'court' : La définition du Fairchild's Dictionairy of Fashion confirme les résultats des tests ci-dessus : La variante plus longue de 'short', 'le bermuda', est aussi caractérisée par la longueur mais cette fois le Petit Robert (2004) utilise l'hyperonyme « short » et sa caractéristique typique 'court'. Comparé au 'short', le 'bermuda' est décrit comme long : Il y a encore un type de /pantalon/ qui se distingue de son hyperonyme par une variation de sa caractéristique prototypique 'long', ce type est /corsaire/. (Dans la citation suivante le soulignement a été ajouté.) Je peux donc classifier et analyser certains types de /pantalon/ comme contenant le sème terminogénique de la même nature. Je représenterai le concept auquel le sème appartient par un mot écrit en lettres majuscules. Quand au sème lui-même, je vais le décrire par les mots après deux-points, faute de meilleur métalangage. Le fait que le 3 septembre 2006, La Redoute offrait /pantacourt, bermuda, short/ sous la rubrique « pantacourt » semble confirmer la possibilité de grouper différents types de 'pantalons' nommés selon la longueur. Cependant, l'analyse proposée ne peut pas être considérée suffisante pour tous les termes ci-dessus. Les termes « pantalon longueur classique », « pantalon raccourci », « pantacourt », « pantalon (longueur) cheville » et « short » reflètent clairement le sème du concept LONGUEUR dans leur forme linguistique (même si « short » a été emprunté de l'anglais). En même temps, les termes « corsaire » et « bermuda » doivent être analysés plus exactement puisque leurs formes ne renvoient pas à la caractéristique de la longueur, je reviengrai à ces termes en 2.3.5.

Il faut noter que la structure sémique de l'hyperonyme 'pantalon' lui-même ne peut pas être représentée de la même façon. Son hyperonyme 'vêtement' plus une caractéristique, même prototypique, ne seraient pas suffisants, il faut inclure tous autres sèmes qui permettent de le distinguer des autres archétypes de 'vêtement'.

2.3.4. Structure sémique des termes désignant les types de /pantalon/

Il serait logique de supposer que tous les termes qui servent à désigner des catégories des archétypes de /vêtement/ dans les catalogues, contiennent tous les sèmes du vêtement-hyperonyme plus au moins un sème particulier. On peut aussi s'attendre à ce que ce sème particulier, qui distingue chaque type de vêtement d'autres types, soit justement le sème terminogénique à partir duquel ce type de vêtement est nommé.

Pour vérifier cette hypothèse, j'analyserai la structure sémique des termes qui peuvent désigner les types de 'pantalon'. Ce seront : premièrement, les termes les plus fréquents des tables des matières cités en 2.3.1. et non analysés en 2.3.3. (« caleçons », « jean », « jogging ») ; deuxièmement, les termes des tables des matières fournis par la liste des contextes (« Pantalons Sport » ou « Sportswear », « Casual », « Ville ») ; troisièmement, les termes les plus fréquents non complexes du fichier « pantalons » (« le battle dress », « la salopette »).

Il est entendu que tous les sèmes de 'pantalon' sont présents dans le sens de chaque nom des catégories ci-dessus puisque ce sont des catégories de /pantalon/. En ce qui concerne leurs sèmes particuliers, la situation est beaucoup moins évidente. Pour juger comment les traits typologiques et les noms des catégories de pantalons sont liés, j'utiliserai d'abord des définitions dictionnairiques là où c'est possible. Dans les cas où il n'y a pas de définition « officielle », je définirai les traits typiques de la catégorie en question en me basant sur les images et les descriptions des pantalons vendus sous cette catégorie.

Pour les trois termes ayant des définitions dictionnairiques, j'utiliserai ces définitions pour représenter la structure sémique de notion correspondante. Cependant, je devrai faire les ajustements nécessaires, attendu que les dictionnaires n'offrent pas d'informations exactes ni mises à jour. Pour chaque caractéristique spécifique qui forme la notion, j'indiquerai son concept comme j'ai fait avec le concept de LONGUEUR en 2.3.3.

« Caleçons »

« Jean » Pour analyser les termes qui sont absents aux dictionnaires de la langue commune comme le Petit Robert, je vais utiliser les définitions des autres vêtements qui ont le même nom. Il est évident que dans ces cas, le nom utilisé renvoie à un autre vêtement qui a le même aspect.

« Jogging »

« Pantalon sport » (trouvé parfois sous la rubrique « sportswear ») « Ville » « Battle-dress » « Salopette » La structure de tous les termes analysés peut être représentée par l'hyperonyme PANTALON plus un sème particulier. Néanmoins, il n'y a pas beaucoup de termes qui montrent une correspondance évidente entre leur sème particulier et leur forme.

2.3.5. Correspondance entre la structure sémique et la forme des termes désignant les types de /pantalon/

En fait, sur sept termes présentés en 2.3.4., il n'y en a que trois qui manifestent une correspondance entre leur structure sémique et leur forme. « Pantalon sport », « *pantalon de ville » et « jogging » contiennent des mots correspondant à leur sèmes terminogéniques décrivant leur FONCTION. Sur trois termes génériques caractérisés selon leur LONGUEUR en 2.3.3. (« pantacourt », « bermuda », « short »), « pantacourt » seul contient la partie « -court » décrivant son trait distinctif, LONGUEUR : jusqu'aux chevilles.

Les quatre autres termes en 2.3.4. (« caleçons », « jean », « salopette », « battle-dress ») ne manifestent pas de correspondance directe entre leurs distingueurs sémantiques et leur forme. Les signifiants de deux termes analysés selon le concept sémique LONGUEUR en 2.3.3., « corsaire » et « bermuda », n'ont rien qui soit relié directement à cette caractéristique. Cela peut signifier que pour la dénomination de toutes ces catégories de /pantalon/, on utilisait les sèmes qui ne sont pas basés sur les caractéristiques mentionnées dans les définitions dictionnairiques. Dans tous ces cas, il s'agit plutôt du concept ASPECT : ces six catégories de /pantalon/ ont été nommées à cause de leur ressemblance aux autres vêtements. Je peux donc représenter leur structure sémique en utilisant ce concept et le sème qui pourrait être terminogénique.

Il y a donc des cas où le trait particulier n'est pas évident, ou très compliqué, ou n'est pas facile à décrire en un mot. Dans ces conditions, la dénomination n'utilise pas le sème correspondant au concept principal, mais cherche un autre chemin, par exemple, utilise la ressemblance à un autre vêtement. Cela veut dire que le sème ASPECT ne peut pas toujours être réduit à une caractéristique plus concrète comme LONGUEUR, COUPE, DÉTAIL. Parfois, il faudra parler d'un ensemble de traits terminogéniques qui reflète une ressemblance générale à un autre type de vêtement. Il faudra donc ajouter le sème ASPECT (INTÉGRAL) à la liste des sèmes terminogénique prévus pour analyser les vêtements. De plus, il faudra chercher un moyen de représenter la structure conceptuelle plus précisément.

Dans les cas de « caleçon », « jean » et « salopette », il semble que le nom d'un autre vêtement soit carrément emprunté et utilisé tel quel dans le contexte du vêtement féminin. Dans ces exemples, les noms empruntés contiennent déjà le même hyperonyme PANTALON dans leur signifié, ce qui explique l'absence de groupes terminologiques contenant un mot générique et un spécificateur. Il paraît que « le jean » a changé son sens graduellement ce qui est reflété dans les définitions du Petit Robert en 1991 et en 2004 :

Puisque le MATÉRIEL est devenu un trait facultatif pour le jean pendant ces dernières années [12], il est possible d'analyser le terme « jean » comme un pantalon possédant des traits typiques d'un jean (e.g. coupe confort, poches multiples, couture rabattue double à la couleur contrastante) et dont l'aspect ressemble au jean classique en général. Dans les cas de « battle-dress » et « corsaire », il est plus vraisemblable que le mot correspondant à l'ASPECT soit d'abord ajouté au terme générique « pantalon ». Les catalogues procurent beaucoup de groupes comme « le pantalon battle dress », « le pantalon battle » mélangés avec « le battle-dress » et « le battle ». Les dictionnaires ne contiennent pas le terme « battle-dress » dans le sens de pantalon mais proposent la définition pour 'battle-dress' - 'veste' qui semble avoir la même structure conceptuelle : La situation illustrée par A. et B. ci-dessus semble être productive dans la terminologie de la mode (et non seulement de la mode, si on pense à deux objets différents nommés « portable », par exemple). Il paraît que deux objets qui ont des Denotata différents mais partage le même trait dominant dans leurs Designata ont la tendance à partager le nom dans les situations où la confusion n'est pas envisageable.

Le Petit Robert et le Dictionnaire de la mode citent le groupe « pantalon corsaire » et permettent de préciser la structure conceptuelle du 'corsaire' qui comprend non seulement la longueur au-dessous de genou mais aussi la coupe spécifique :

La structure conceptuelle du 'bermuda' doit être précisée de la même façon que la structure du 'corsaire' : il s'agit non seulement d'un 'Short à longues jambes s'arrêtant au genou' mais aussi d'un 'short collant' d'après la définition du Petit Robert. Pour définir le terme « bermuda », j'emprunterai une notion élaborée par Pustejovsky (1995 : 91) : Paradigme conceptuel lexical (Lexical Conceptual Paradigm = lcp). Ce paradigme permet de caractériser des items lexicaux comme méta-entrées (metaentry) qui peuvent fonctionner différemment du point de vue sémantique dans des contextes différents. Grâce à ce paradigme, les alternances sémantiques des noms comme « Reeboks » peuvent être vues comme un type particulier de polysémie, soit comme diathèses produit / producteur de la même méta-entrée.

Ce qui n'est pas tout à fait suffisant pour interpréter « bermuda » comme diathèse place / peuple c'est qu'il y a encore quelques étapes à reconstituer : peuple > vêtement typique d'un peuple > pantalon typique d'un peuple. Est-ce que cela veut dire que non seulement le lcp de 'bermuda' peut être représenté comme place / peuple lcp mais comme un lcp de trois composants place / peuple / vêtement. La représentation de Pustejovsky serait : place.peuple_lcp= {place.peuple, place, peuple}. Cette représentation veut dire que les deux sens peuvent représenter une combinaison de sens, ce qui semble moins probable pour le sens vestimentaire. Je peux essayer de représenter la différence entre les sens de 'Bermuda' et 'Haïti' comme Pustejovky (1995 : 95) l'a fait pour 'newspaper' et 'book' pour mieux comprendre la relation entre les sens différents du mot « Bermuda » anglais qui a donné naissance au terme vestimentaire anglais et français.

On doit noter la différence de forme écrite, le mot écrit « bermuda » ne demande pas de majuscule dans le sens de /vêtement/. De plus, j'ai dû rajouter encore un lien (entre 'peuple' et 'vêtement') qui illustre le rapport contourné entre le nom des îles et les habitudes vestimentaires de sa population. Les termes nommés selon leur ressemblance à un autre vêtement montrent que dans la situation dénominative où il s'agit de plus de deux traits saillants à mettre en relief, la terminologie vestimentaire ne favorise pas la dénomination explicite de chaque trait (au moins au niveau des types de vêtements). Le terme préfère chercher un spécificateur qui permet d'indiquer tous les traits particuliers à la fois. Tous les termes qui sont nommés selon le concept sémique ASPECT ont la même forme linguistique : ils ne détiennent pas de nom générique, mais maintiennent le nom spécifique emprunté à un autre vêtement avec lequel ils partagent le concept du designatum ou emprunté ailleurs, à une autre langue, par exemple. Les termes nommés selon la FONCTION peuvent contenir la préposition « de », mais pas obligatoirement. On rencontre dans les catalogues les syntagmes « pantalon de ville » et « pantalon ville », « pantalon de sport » et « pantalon sport », « pantalon de jogging » et « pantalon jogging ». Le seul terme dont la forme représente un mot neuf, créé pour nommer ce type de vêtement caractérisé par sa LONGUEUR jusqu'aux chevilles. Cette forme neuve n'étant pas typique, il faut essayer d'expliquer pourquoi on a nommé ce type de pantalon de cette façon et non pas tout simplement « pantalon court », ou « pantalon raccourci », « pantalon cheville ».

Au moins une tendance semble déjà évidente : les catalogues préfèrent utiliser des noms de vêtements déjà existants au lieu d'en inventer de nouveaux. L'autre tendance - chaque sème terminogénique dispose de son modèle de formation de termes préféré - doit être vérifiée sur la base d'un plus grand nombre de données.

2.3.6. Continuation de la structure arborescente

Le matériel à étudier peut être étendu en deux directions du système terminologique :
- horizontalement, vers les termes désignant les types des autres archétypes de vêtement - /jupe/, /veste/, /robe/, etc. ;
- verticalement, vers tous les termes relevés sous la rubrique « pantalon » et correspondant aux variantes et aux variantes des variantes de ce vêtement.

2.3.7. Le niveau de base

La continuation de la structure arborescente (2.i), comparée à la structure (2.a), met en évidence la haute valeur catégorielle (classificatrice) des termes qui se trouvent au cinquième niveau. Les termes comme « jupe » et « pantalon » ci-dessus, tout en étant des mots parmi les plus connus de la langue commune et les termes les plus fréquents, semblent en même temps correspondre aux catégories de base de la terminologie vestimentaire. Le cinquième niveau de la taxonomie vestimentaire proposée correspond conséquemment à la définition du « niveau de base » des taxonomies proposée par Rosch : « les catégories des taxonomies d'objets concrets sont structurés de telle manière qu'il existe généralement un niveau d'abstraction auquel les « coupures » les plus basiques des catégories peuvent être faites » (Rosch 1978 : 30).

Selon l'hypothèse de Rosch, des « objets de base » manifestent des faisceaux d'attributs perceptifs et fonctionnels qui permettent de produire des coupures de catégorisation. Les objets du niveau d'abstraction de base sont caractérisés par : la communauté des attributs, la communauté de mouvements moteurs, la similitude objective de formes, et la possibilité de reconnaître des formes moyennes. De plus, Rosch indique que le niveau de base est celui où s'ajuste la dénomination lexicale ; logiquement, le nom du niveau de base représente « le nom le plus utile et le plus utilisé » (Rosch 1978 : 35). En ce qui concerne la terminologie vestimentaire, non seulement les listes de fréquence confirment le statut « le plus utilisé » des termes du cinquième niveau qui ont été choisis comme archétypes vestimentaires, mais aussi l'expérience quotidienne confirme l'impossibilité de confondre 'les jupes' et 'les pantalons' selon les quatre critères d'abstraction de base.

Même si les recherches ultérieures ont démontré que les taxonomies différentes peuvent être structurées selon des principes différents et que la notion de niveau de base n'est pas toujours évidente (Dubois 1991a : 40), pour la terminologie banalisée vestimentaire cette notion est tout à fait valable et utile. Ce niveau représente une véritable frontière conceptuelle entre les notions génériques (ou collectives comme 'les vêtements couvrant le bas du corps') des niveaux supérieurs et les notions spécifiques (dénommant des types et des variantes plus concrets comme « le battle » ou « la minijupe ») des niveaux inférieurs. Il ne faut que préciser que le sixième niveau où se trouvent les noms des types principaux de vêtements demande sûrement plus de « finesse de discrimination » ou bien plus d'expertise, mais ce niveau peut aussi inclure des notions qui peuvent répondre aux quatre caractéristiques d'objet basique et dont les noms peuvent être presque aussi fréquents que les noms du niveau de base (jean). Je peux considérer le sixième niveau comme le niveau transitif du point de vue de la lexicalisation des termes banalisés vestimentaires.

2.4. Contenu et forme des termes désignant des variables de /pantalon/

Plus haut, en 2.3., j'ai analysé les types de /pantalon/ qui trouvent place sur le sixième niveau du système terminologique et représentent les types principaux de ce vêtement. Plus bas, je me pencherai sur les termes désignant des variantes de /pantalons/ qui se trouvent sur les niveaux inférieurs.

2.4.1. Correspondance entre le trait terminogénique et la forme des termes désignant des variantes de pantalons

Ci-dessous, je grouperai tous les termes relevés sous les rubriques 'pantalon' selon leurs traits terminogéniques. À l'intérieur de chaque groupe, je rassemblerai les termes selon leur forme.

Pour le sous-domaine de 'pantalon', je distinguerai cinq traits terminogéniques : A. MATÉRIEL ; B. FONCTION ; C. ASPECT(VISUEL/INTÉGRAL ou COUPE) ; D. LONGUEUR ; E. DÉTAIL. (A) Trait terminogénique MATÉRIEL _____________________________136 exemples

Les termes formés à la base du trait MATÉRIEL ci-dessus offrent trois patrons principaux de formation de termes : le patron N+N sans préposition (A.a), le patron N+A (A.b) et le patron N+en+N avec la préposition « en » (A.c). Dans le cadre du sous-domaine 'pantalon', je peux comparer la productivité de ces patrons en utilisant une formule simple. [16] En fait, je ne compterai que le pourcentage de termes produits par chaque patron pour chaque trait terminogénique mais j'appellerai ce pourcentage « productivité » pour simplifier la terminologie. Puisque les exemples cités sous (A.a.a)-(A.a.d) représentent des variations du patron (A.a), je les compte sous cette rubrique. Il est évident que le patron qui produit 64% de termes est le patron préféré pour ce trait terminogénique. Si je compare la productivité des deux autres patrons, prépositionnel N + en + N représenté par les exemples dans (A.c) et (A.c.a) et adjectival N + A dans (A.b), je peux faire des conclusions concernant le patron le moins populaire. La comparaison des résultats : 63,9 % pour (A.a) avec 21,3 % pour (A.b) et 14,7 % pour (A.c) démontre non seulement la où dominance absolue du patron sans préposition mais aussi l'usage très limité (14,7%) du patron prépositionnel. De plus, en huit cas de (A.c.a), la présence de la préposition peut être expliquée par la présence du deuxième nom spécificateur. Un déterminant comme « extensible » en (A.b) est acceptable parce qu'il n'y a pas de confusion possible : cet adjectif peut aussi bien décrire le pantalon que le matériel. Possiblement donc, les constructions avec « en » s'utilisent pour éviter la confusion si le sujet dénommant veut souligner qu'il s'agit d'une qualité du matériel et non pas de tout le vêtement.

Les exemples ci-dessous ne décrivent pas le matériel proprement dit mais son motif.

D'après ces exemples, il est évident que les motifs différents préfèrent des patrons différents. Cependant, dans le seul cas où le même motif utilise deux patrons différents, la variante sans préposition est encore plus fréquente « le pantalon chevrons » (5 exemples) et « le pantalon à chevrons » (2 exemples). Pour le trait FONCTION, la prédominance du patron sans préposition N + N dans (B.a) est évidente : Dans le cas du trait ASPECT, la décision concernant le trait terminogénique exact n'est pas toujours facile. En fait, le groupement ASPECT contient beaucoup de termes qui ne peuvent pas être référés à aucun autre groupe, mais qui décrivent des pantalons assez spécifiques pour parler de leur aspect en général. Il est possible que ce soit justement la complexité du concept de leur Designatum qui oblige à chercher un nom étranger (baggy), ou propre (Palm ou Energy) pour nommer les variantes de /pantalons/ qui ont plus d'un trait spécifique. Ceci pourrait expliquer la quantité élevée d'emprunts dans le groupement du trait ASPECT. Quand il s'agit de ce trait complexe, que je précise comme ASPECT INTÉGRAL, le patron de formation est N+N et ses variations dans (C.a.a)-(C.a.d). Il faut noter que les douze noms « propres » cités dans (C.a.d), sont d'origine anglaise sauf « Oméga ». En (C.a), 32 spécificateurs sur 39 sont des anglicismes, ce qui représentent 82 % d'exemples. Quand s'il s'agit d'une caractéristique concrète de la coupe du /pantalon/ précisée comme ASPECT COUPE, le patron préféré est N + A / PP dans (C.c). Cependant, ce patron inclut un nombre important (29) de termes cités en (C.c.b) qui sont formés avec un mot explicatif et dont le patron de formation se rapproche du patron N+N sans préposition : N+Nexplicatif+A. Deux patrons principaux sont utilisés pour dénommer la longueur N + PP « raccourci » ou N + Nombre fraction « 3/4 ». L'adjectif « court » n'est employé qu'une fois, ce qui renvoie au terme « pantacourt » qui est formé à l'aide de cet adjectif sur le radical « pantalon » et qui a la fréquence de 206 dans le corpus. Cela fait supposer que le chiffre 23 exemples pour le trait LONGUEUR ne reflète pas l'importance de ce trait pour le domaine 'pantalon' où ce trait est souvent présent dans le signifié des types principaux de pantalons comme je l'ai démontré en 2.3.3. Quand il s'agit d'un seul détail comme en (E.c), le modèle avec la préposition « à » est préféré. Cependant, si ce détail a un attribut ou s'il s'agit de plusieurs détails comme en (E.a.a), (E.a.b) et en (E.d), le modèle sans préposition est utilisé. C'est, encore une fois, question de production de syntagmes bizarres dans les cas d'un seul détail comme, par exemple, « *pantalon revers ». Bien que les mots « revers », « pont », « pinces » puissent être facilement interprétés dans le contexte vestimentaire, ils ne s'utilisent pas dans le patron non prépositionnel (E.a). Il est possible que ce soit l'existence de leurs homonymes plus fréquents qui empêche au sujet dénommant de créer des syntagmes sans préposition.

2.4.2. Forme des termes désignant des variantes de /pantalon/

Les termes dénommant des variantes de vêtements sont le plus souvent formés comme syntagmes nominaux et représentent des exemples classiques de modification restrictive. Chaque déterminant ajouté au nom du type de vêtement restreint le sous-domaine de ce vêtement en le réduisant à la classe plus étroite de ces variantes qui partagent la même caractéristique (souvent reflétée par le déterminant).

Tous les groupements de termes ci-dessus offrent le même tableau du point de vue de la forme des termes :

Il semble que, là où c'est possible, les catalogues utilisent une formule de dénomination sans préposition. Non seulement c'est le modèle préféré de formation de termes, mais c'est une norme évidente. Ce qui a probablement été le principe d'économie s'est développé en une sorte de langage assez spécifique. C'est un genre de grammaire à l'envers, où presque tous les cas de l'utilisation de prépositions peuvent s'expliquer par l'impossibilité de les omettre.

En me basant sur les exemples analysés, je peux déjà énumérer les cas où une omission de préposition ne semble pas permise :

Il faut noter que dans ces trois cas qui requièrent des syntagmes avec préposition, il s'agit plutôt de description d'une variante très particulière de /pantalon/ que de nom d'une variante typique.

2.4.3. Nom de vêtement versus description de vêtement

Toutes les unités décrivant ou dénommant les vêtements dans les catalogues font partie de la nomenclature vestimentaire, puisqu'elles sont créées afin de nommer chaque modèle destiné à la vente. Néanmoins, on peut distinguer deux types principaux de ces unités dénominatives : Les noms vestimentaires du premier type sont plutôt des descriptions des modèles de vêtements. Les noms de ce type ne seront jamais listés dans un dictionnaire, même pas dans une encyclopédie spécialisée de la mode, en raison de leur transparence - il suffira que leurs composants soient expliqués. Les noms du deuxième type peuvent représenter plus d'intérêt lexicographique puisque leur sens n'est pas toujours facilement interprétable. Les noms de ce dernier type peuvent être qualifiés comme termes vestimentaires. Ces noms de vêtements représentent aussi beaucoup d'intérêt linguistique comme des unités oscillant entre le lexique et la syntaxe. [17]

À première vue, tous les termes qui n'utilisent pas de prépositions font partie de ce dernier groupe « lexicalisable ». Il paraît très naturel qu'en absence de préposition il soit impossible de déchiffrer la relation exacte entre les éléments de l'unité. [18] Toutefois, après avoir trié les termes selon leurs sèmes « terminogéniques », il est devenu évident que les composants correspondant à certains sèmes ne produisent presque jamais d'ambiguïté même dans les constructions sans préposition. Dans le sous domaine de 'pantalon', ce sont des composants correspondant aux sèmes 'matériel', 'longueur', 'détail' qui ne produisent presque jamais de confusion. Il n'y a rien à deviner quand il s'agit de « pantalon velours », de « pantalon cheville » ou de « pantacourt poches cavalières » (si on sait ce qu'est une 'poche cavalière'). Il s'agit ici des termes complexes où les relations implicites entre les composants du sens sont limitées.

Les composants correspondant aux sèmes 'aspect intégral' et 'fonction', au contraire offrent souvent de l'incertitude d'interprétation. Néanmoins même dans ces cas, il apparaît que très souvent ce n'est pas l'absence de préposition qui rend l'interprétation difficile, mais la nature du sens des composants. On a beau savoir que « Johdpurs » est le nom d'une ville en Inde, on peut même savoir que cette ville est connue pour ces nombreuses fabriques de cotonnades, ceci n'aidera pas à imaginer l'aspect de /pantalon johdpurs/ comme « un pantalon long utilisé pour monter à cheval, serré à partir du genou jusqu'à la cheville et renflé par des « joues d'aisance » sur le coté extérieur des cuisses » (Remaury 1994 : 430). Le même problème de relation nom-image s'observe dans les termes qui sont formés par le sème 'fonction'. Même si on comprend le mot anglais « jogging » et si on peut deviner que le « pantalon jogging » était initialement destiné à faire du jogging, il n'est toujours pas possible d'imaginer ni la coupe ni les traits spécifiques de ce genre de pantalon.

Il faut bien noter que la présence d'une préposition ou de n'importe quel élément liant les deux mots ne pourrait pas aider non plus : /pantalon de johdpurs/, /pantalon aspect johdpurs/, /pantalon genre johdpurs/ ne semblent pas plus illuminants que /pantalon johdpurs/. Ce n'est pas par hasard que ce problème ressortit surtout avec les composants du sème 'aspect' : par définition 'aspect intégral' n'est pas facile à décrire. En fait, c'est la complexité du concept qui peut inciter à chercher un attribut surprenant ou à emprunter un mot étranger pour nommer un vêtement qui a plus d'un trait particulier. Naturellement, on ne trouve un déterminant spécifique que dans les cas ou le vêtement à l'aspect complexe devient très populaire. Si le modèle de vêtement n'est que passager, son nom apparaît sous forme de description et disparaît avec la disparition du modèle.

La complexité du concept peut être une des raisons de l'absence de préposition : il n'est pas facile de définir la relation entre deux noms même au moment de la dénomination. En pareils cas, le modèle de production de termes sans préposition rend un service énorme à ceux qui doivent créer ou choisir des noms de vêtements. Ce qui peut partiellement expliquer la popularité du modèle N+N surtout pour le groupement de ASPECT INTÉGRAL.

2.4.4. Trois types de termes

Les termes qui posent des problèmes d'interprétation de leur sens semblent être aussi distincts des termes génériques que des termes descriptifs. Le matériel extrait des catalogues me permet de distinguer trois groupes de termes dont chacun diffère des deux autres selon trois critères : selon la structure de leur signifié, selon la forme de leur signifiant, et selon leur fréquence dans le corpus. Évidemment, ces groupes de termes sont des ensembles flous et certains termes ne sont pas faciles à attribuer à un seul groupe. Il y a donc, dans chaque groupe des représentants plus typiques et moins typiques, mais cela n'empêche pas d'établir un tableau général.

Ci-dessous, je décris ces trois groupes de termes sous la forme de trois tableaux. Chaque tableau contient la description du signifié et caractérise le signifiant selon la forme et la fréquence d'occurrence dans le corpus étudié. J'ai aussi ajouté le nombre total de réponses offertes par Google en 2007, qui peut donner une idée sur l'utilisation du terme en général. Les tableaux contiennent trois colonnes : la première présente la moyenne pour tout le groupe, la deuxième donne les chiffres pour un exemple typique, la troisième pour un exemple atypique. [19]

Le premier groupe, décrit dans le tableau (2.j) est représenté par les archétypes de vêtements qui sont représentés dans le tableau (2.e) et dans la liste des termes génériques en 1.3.3. Le pourcentage (80%) est la moyenne de 76% (des 17 termes du tableau (2.e) dont 13 sur 17 sont des termes simples) et de 85% (de la liste des termes génériques en 1.3.3. dont 22 sur 27 sont des termes simples). [20] Les huit types de pantalons viennent des tables des matières citées en 2.3.1. Les onze termes considérés comme « variantes principales » de pantalons étaient choisis du corpus selon le critère de fréquence : les onze termes ont la fréquence plus haute que trois dans le corpus. Ce sont : baggy, bootcut, charpentier, chino, denim, droit, extensible, jodhpur, raccourci, slack, stretch. Cinq sur ces dix-neuf termes (en fait, cinq sur huit types de pantalons) ont une forme simple (26,3%) ; six ne se rencontrent qu'en combinaison avec un mot générique (31%) ; cinq s'utilisent avec ou sans un mot générique (26,3%). [21] Tous les termes de ce groupe ont une forme complexe (100%). Il est possible de compter le pourcentage de termes à trois éléments ou le pourcentage de termes à quatre éléments, ou le pourcentage pour chaque patron de formation. Cependant, les termes qui ne se composent que de deux éléments, mais qui ne montrent pas de fréquence assez élevée pour être inclus dans le deuxième groupe représentent le plus d'intérêt. Très souvent se sont des anglicismes redoublant le sens de termes français (e.g. worker, slim). Les exemples atypiques semblent être les plus intéressants à étudier puisqu'ils peuvent représenter des termes en état transitif. Ces termes transitifs peuvent contribuer à l'étude du processus de dénomination ou de lexicalisation.

2.5. Conclusion du chapitre 2

Dans ce chapitre, j'ai analysé la structure conceptuelle de la terminologie vestimentaire et la structure sémantique de ses termes. Pour mieux saisir la taxonomie de la terminologie, j'ai construit une structure arborescente de ses niveaux supérieurs en commençant par le terme le plus générique « vêtement ». Cette structure arborescente a aidé à particulariser les sèmes principaux des archétypes de vêtements (± EXTÉRIEUR, ± BAS, ± SÉPARÉ) et de représenter la structure sémique des archétypes sous forme de formules (tableau (2.f).

La structure arborescente a mis en évidence l'existence du niveau de base (dans le sens de Rosch 1978 : 30) qui regroupe les noms des archétypes correspondant aux coupures de catégorisation de la terminologie. La tentative de continuer la taxonomie après le niveau de base, le cinquième, a démontré que les notions des niveaux inférieurs ne sont pas aussi faciles à structurer que les notions des niveaux supérieurs. Après le sixième niveau qui regroupe les types de vêtement, la structure des notions devient de plus en plus chaotique comme le démontre la figure (2.i) représentant la tentative d'organiser les variantes et les variantes des variantes du 'jean'.

La notion de trait terminogénique a été très utile pour représenter la structure sémantique des types et des variantes des vêtements. À titre d'exemple, j'ai analysé tous les types principaux du sous-domaine 'pantalon' qui est le plus grand sous-domaine du corpus (1907 termes). La structure conceptuelle des types et de variantes de 'pantalon' a été représentée à l'aide des formules comprenant le classificateur PANTALON et un ou deux traits terminogéniques. Finalement, la corrélation entre la structure sémantique et la forme des termes analysés a été mise en évidence.

Les analyses effectuées dans ce chapitre ont permis de distinguer trois groupes de termes qui diffèrent selon leur structure sémantique, leur forme et leur fréquence : le premier groupe se compose des archétypes vestimentaires, le deuxième des types et des variantes principales, le troisième des variantes des variantes. Les différences de ces groupes de termes sont présentées dans les tableaux (2.j) - (2.m).