1. Erich Köhler, « Observations historiques et sociologiques sur la poésie des troubadours », Cahiers de civilisation médiévale 7 (1964), p. 27-51.
2. Déjà chez Guilhem de Peitieus, selon certains critiques modernes, et surtout chez les troubadours tardifs, après le milieu du XIIe siècle.
3. « The different metaphorical ways we have for thinking about love suggest that we do not have a single cognitive model for love. Instead, we have various interrelated metaphorical ways of thinking about love. Each of these metaphorical models offers different entailments appropriate for thinking and talking about different aspects of our love experiences. Thus, the unpredictability of love is better conceptualized by LOVE IS A NATURAL FORCE, and the togetherness of our love relationships is better viewed in terms of LOVE AS A UNITY ». Raymond W. Gibbs, Jr., The Poetics of Mind: Figurative Thought, Language and Understanding (Cambridge: Cambridge UP, 1999), p. 148.
4. Sémanticien cognitiviste avant la lettre, Zumthor déclare dans son Essai de poétique médiévale (Paris: Seuil, 1972), p. 471: « Toute situation amoureuse individuelle est pensée et exprimée en vertu d'un schème, d'origine métaphorique, emprunté aux structures féodales: la femme est suzerain, l'homme est son vassal. Le lien amoureux s'exprime, du côté de la femme, par les termes juridiques de saisie, saisir; du côté de l'homme, par service, servir. Le serment de fidélité, le baiser même, quel que soit leur sens érotique, comportent une valeur contractuelle. La “dame” (de domina, proprement l'“épouse du maître”) apparaît donc toujours comme haut placée par rapport à celui qui la désire: fiction marquant (dans les perspectives sociales de l'époque) quelque identité entre la satisfaction espérée et les dons que concède un prince. Par là même, le désir rapproche emblématiquement du centre de la cour (du centre de tout bien) celui qui le ressent; reconnu, accepté par celle qui en est l'objet, il confère l'onor, terme ambigu, désignant à la fois un fief, un titre de gloire et l'appartenance à un paratge (mot dont le sens propre est “égalité”, mais, dans l'usage provençal, relatif à quelque fraternité courtoise, exclusive du monde extérieur). La dame, à un moment qu'il lui appartient de choisir en toute justice, accorde (ou refuse) sa merce, mot qui signifia primitivement “salaire” (français merci) ».
5. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores dans la vie quotidienne [Metaphors We Live By], trad. de l'américain par Michel Defornel avec la collaboration de Jean-Jacques Lecercle (Paris: Éditions de Minuit, 1985), p. 120.
6. Nous évoquons ici la thèse d'Aristote selon laquelle les racines d'une plante seraient en fait des branches.
7. Dans Isagoge (qui se traduit « Introduction » et qui est en fait une introduction à la logique), paragraphe 4.21-32, Porphyre construit une séquence des prédicats substantiels sous la forme d'un arbre. Pourtant le philosophe Jonathan Barnes précise: « In any event, nothing in Porphyry's text insinuates a diagram, let alone a tree diagram ». Porphyry, Introduction, traduction et commentaire de Jonathan Barnes (Oxford: Clarendon Press, 2003).
8. George Lakoff et Mark Turner, More Than Cool Reason: A Field Guide To Poetic Metaphor (Chicago: Chicago UP, 1989), p. 126-128.
9. Le schéma des dimensions de la guerre reprises par l'amour est inspiré de George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores, p. 81.
10. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores, p. 58. « Il est connu pour ses nombreuses conquêtes. Elle s'est battue pour le conserver, mais sa maîtresse a fini par gagner la bataille. Ses avances l'ont fait fuir. Elle l'a poursuivi avec acharnement. Petit à petit, il gagne du terrain. Il a conquis sa main. Il l'a subjuguée. Elle est assiégée par des prétendants. Il a dû les mettre en fuite. Il a dû enrôler ses amis. Il a fait de sa mère une alliée. Leur couple est une mésalliance caractérisée ».
11. La Dame n'est pas tout simplement un objet de désir, elle remplit en même temps la fonction de sujet récepteur, celle de récepteur visé et de destinataire direct (ou allocutaire), « c'est-à-dire désignés par le locuteur en place », Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (sous la direction de), Dictionnaire d'analyse du discours (Paris: Seuil, 2002), p. 170; en même temps de sujet destinataire, « celui auquel l'émetteur destine son message avec l'idée qu'il sera interprété tel qu'il le désire, et qu'il inscrit donc dans son acte d'énonciation », Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau, Dictionnaire..., p. 484.
12. Dans la terminologie de Jacques Geninasca, La parole littéraire (Paris: PUF, 1997), p. 31.
13. Polémique à cause de la « pomme de discorde »; contractuel parce que c'est au cours de et par recours à la dispute que sont révélées la légitimité et la crédibilité essentielles à la reconnaissance des statuts différents des énonciateurs. Voir Algirdas Julien Greimas, Du sens II (Paris: Seuil, 1983), p. 11.
14. Comme l'affirmait Algirdas Julien Greimas, Sémiotique des passions: des états de chose aux états d'âme (Paris: Seuil, 1981), p. 189, la crainte du jaloux est une crainte qui « ne se comprend ici qu'en présence d'un rival au moins potentiel ou imaginaire, et la crainte du rival naît de la présence de l'objet de valeur qui fait fonction d'enjeu. »
15. Cynthia Robinson, In Praise of Song: The Making of Courtly Culture in al-Andalus and Provence, 1005-1134 (Leiden: Brill, 2002) met l'accent sur la culture hispano-arabe plutôt que sur la culture courtoise; Roger Boase, « Arab Influences on European Love-Poetry », dans Salma Khadra Jayyusi (sous la dir. de), The Legacy of Muslim Spain, 3e éd., 2 vols. (Leiden: Brill, 2000, I), p. 457-82; James T. Monroe, « Zajal and Muwashshaha: Hispano-Arabic Poetry and the Romance Tradition », dans Salma Khadra Jayyusi, The Legacy of Muslim Spain, 3e éd., 2 vols. (Leiden: Brill, 2000, I), p. 398-419; Alvaro Galmés de Fuentes, El amor cortés en la lírica árabe y en la lírica provenzal (Madrid: Catedra, 1996); George T. Beech, « Troubadour Contacts with Muslim Spain and Knowledge of Arabic: New Evidence Concerning Guillaume IX d'Aquitaine », Romania 113 (1992-95), p. 14-42 examine les contacts de Guilhem avec les Arabes, formule la possibilité de l'exposition de Guilhem à la langue arabe; Maria Rosa Menocal, The Arabic Role in Medieval Literary History: A Forgotten Heritage (Philadelphie: U of Penn P, 1987) considère la présence culturelle arabe dans la cour de Guilhem d'Aquitaine, de Frédéric II, les influences concernent Dante et Boccace; T. J. Gorton, « Zajal and Muwaššah: the Continuing Metrical Debate », Journal of Arabic Literature 9 (1978), p. 32-40 offre des arguments en faveur des sources arabes pour les formes métriques de Ibn Quzmn's Diwan, en opposition à l'hypothèse d'un mètre basé sur des rythmes syllabiques romans; Maurice Morère, Influence de l'amour courtois hispano arabe sur la lyrique des premiers troubadours (Melun: Impr. administrative, 1972); Lois Anita Giffen, Theory of Profane Love Among the Arabs: The Development of the Genre (New York: New York UP, 1971); Henri Pérès, La Poésie andalouse en arabe classique au XIe siècle: ses aspects généraux, ses principaux thèmes et sa valeur documentaire (Paris: Maisonneuve, 1953); Alardyce R. Nykl, Hispano-Arabic Poetry and Its Relations with the Old Provençal Troubadours (Baltimore: J.H.Furst, 1946) n'accepte pas les origines hispano-arabes de la poésie courtoise.
16. Ruth Cassel Hoffman, « The Lady in the Poem: A Shadow Voice », dans Poetics of Love in the Middle Ages: Texts and Contexts, sous la dir. de Moshe Lazar et Norris J. Lacy (Fairfax, Virginia: George Mason UP, 1989), p. 227-236. Position niée par les féministes, dont une influence importante a été la re-découverte des trobairitz, qu'elles soient en dialogue avec les troubadours, ou qu'elles soient engagées dans un discours poétique où, cette fois-ci, la voix mâle est effacée. On se référera utilement à quelques études sur les trobairitz: Matilda Tomaryn Bruckner, « Fictions of the Female Voice: The Women Troubadours », Speculum 67 (1992), p. 865-91. Matilda Tomaryn Bruckner, Laurie Shepard et Sarah White (sous la dir. de), Songs of the Women Troubadours (New York: Garland Publishing, 1995); William Paden (sous la dir. de), The Voice of the Trobairitz: Perspectives on the Women Troubadours (Philadelphie: U of Pennsylvania P, 1989).
17. Glynnis Cropp, Le vocabulaire courtois des troubadours de l'époque classique (Genève: Librairie Droz, 1975): « midons dérive d'une forme masculine, meus dominus » p. 19; « Na a donc été un terme d'adresse qui, comme le mot domina (ou comme dominus et domina en latin classique), marquait le rang ou la qualité de la dame », p. 27. Dans une table qui ramasse la terminologie féodale des chansons troubadouresques, Cropp mentionne aussi des termes désignant directement la seigneurie: (as)senhorar, senhoratge, senhoria, Cropp, Le vocabulaire..., p. 476.
18. Mahmoud Manzalaoui, « The Erotic Surrogate in the Arabic Tradition », dans Poetics of Love in the Middle Ages: Texts and Contexts, sous la dir. de Moshe Lazar and Norris J. Lacy (Fairfax: George Mason UP, 1989),
p. 119-136. L'amour séculier et mystique constitue une topique courante des oeuvres arabes lyriques et didactiques, bien avant le XIIe siècle. Les motifs (par exemple le maintien obligatoire du secret), les styles (la composition difficile), les concepts (raqib ou « garde ») similaires ou même identiques à ceux de la poésie troubadouresque se retrouvent dans la poésie de l'amour de l'Espagne musulmane. (Autres références au sujet des origines courtoises à partir des Arabes: René Nelli, L'Érotique des troubadours (Toulouse: Privat, 1963); Roger Boase, The Origin and Meaning of Courtly Love (Manchester: Manchester UP, 1977), p. 62-75; Marìa Rosa Menocal, The Arabic Role in Medieval Literary History: A Forgotten Heritage (Philadelphie: U of Pennsylvannia P, 1987), Marìa Rosa Menocal, Shards of Love: Exile and the Origins of the Lyric (Londres: Duke UP, 1994); Gerald A. Bond, « Origins », dans A Handbook of the Troubadours, sous la dir. de F.R.P. Akehurst et Judith M. Davis (Californie: U of California P, 1995), p. 237-254).
19. Charles Camproux, Écrits sur les Troubadours et la civilisation occitane du Moyen Âge, tome II (Institut d'Études Occitanes: Occitania, 1984), p. 8 (la Dame est Sainte Marie).
20. Charles Camproux, Joy d'amor (Montpellier: Causse et Castelnau, 1965), p. 14.
21. Sandra Resnick Alfonsi, Masculine Submission in Troubadour Lyric (New York: Peter Lang, 1986), p. 59: « Although Courtly Love should be understood primarily as a literary reality, it must have evolved as a result of various social influences exerted upon the poet. Feudalism and Chivalry have already been examined as historical realities under which the troubadour lived and functioned. The movement of Arabic courtly love which sprang up in neighboring Spain has been considered as a possible although indirect literary influence ».
22. La dame est supérieure aux autres en termes de valeur, pretz, et beauté, et parfois caractérisée comme sage.
23. Zoltán Kövecses, Metaphor: A Practical Introduction (New York: Oxford UP, 2002), p. 191. Raymond Gibbs, The Poetics of Mind..., p. 154 lui aussi souligne le fait que l'amour ressemble à une transaction économique, en analysant le vers d'Anne Bradstreet: « Thy love is such I can no way repay [...] which emphasizes how love can almost be bartered in an economic transaction ».
24. Alain Finkielkraut, La sagesse de l'amour (Paris: Gallimard, 1984), p. 65.
25. Zoltán Kövecses, Emotion Concepts (New York: Springer-Verlag, 1990), p. 135.
26. Alexander Herman Schutz, « The Provençal Expression Pretz e valor », Speculum 19 (1944), p. 488-93.
27. Cropp, Le vocabulaire..., p. 426-438.
28. Cropp, Le vocabulaire..., p. 427.
29. Alexander Herman Schutz, « The Provençal Expression... » a constaté que pretz exprimait la notion d'un jugement porté de l'aveu de tout le monde et dans un climat particulier, sur la valeur d'une personne, tandis que le mot valor indiquait la valeur essentielle de la personne, la somme des qualités innées qui échappaient en effet au jugement commun.
30. William E. Burgwinkle, Love for Sale: Materialist Readings of the Troubadour Razo Corpus (New York: Garland Publishing, 1997); Marc Bloch, Feudal Society (Chicago: U of Chicago P, 1961); Georges Duby, La société chevaleresque (Paris: Édition de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1979), et Erich Köhler, Sociologia della fin'amor: saggi trobadorici, sous la dir. de Mario Mancini (Padoue: Liviana Editrice, 1976) ont offert aux lecteurs des interprétations qui apportent de l'histoire à la critique littéraire. E. Jane Burns « The Man behind the Lady in Troubadour Lyric », Romance Notes 25 (1985), p. 263; Judith Kellog, Medieval Artistry and Exchange: Economic Institutions, Society, and Literary Form in Old French Narrative (New York: Peter Lang, coll. American University Studies 2, Romance Languages and Literature, nº  123, 1989); Stephanie Van d'Elden, « Commercial Metaphors in Minnesang », Poetics of Love in the Middle Ages: Texts and Contexts, sous la dir. de Moshe Lazar et Norris J. Lacy (Fairfax: George Mason UP, 1989), p. 137-146 réexaminent la relation entre le Poète et sa Dame, qui cache une relation socio-économique féodale; Eugene Vance « Love's Concordance: The Poetics of Desire and the Joy of the Text », Diacritics 5 (1975), p. 40-52, voir p. 48.
31. On mentionne même son avarice. Voir William E. Burgwinkle, Love for Sale..., p. 38.
32. William E. Burgwinkle, Love for Sale..., p. 38.
33. Voir les qualités d'un bon courtois selon Arnaut, énumérées par Amour même, dans Er vei 12-14: « parce qu'Amour veut ainsi ses fidèles: vrais, sincères, purs, suppliants, pardonnant, car à sa cour il n'y a pas d'orgueilleux ».
34. William E. Burgwinkle, Love for Sale..., p. 40. Voir aussi Georges Duby, Guerriers et paysans, VII-XIIe siècle: premier essor de l'économie européenne (Paris: Gallimard, 1973), p. 66; Lester K. Little, Religious Poverty and the Profit Economy in Medieval Europe (Ithaca: Cornell UP, 1978 [1983]), p. 4; et les études sociologiques de Marcel Mauss, The Gift, trad. par Ian. Cunnison, intro. E.E. Evans-Pritchard (Londres: W.W. Norton & Co., 1967), Judith Kellog, Medieval Artristry and Exchange: Economic Institutions, Society, and Literature Form in Old French Narrative (New York: Peter Lang, coll. American Institute Studies 2, Romance Languages and Literature, nº123, 1989).
35. Hughes de Saint Victor compare la monnaie aux mots. Cité par William E. Burgwinkle, Love for Sale ..., p. 40.
36. Sarah Kay, Subjectivity in Troubadour Poetry (Cambridge: Cambridge UP, 1989), p. 14. William E. Burgwinkle, Love for Sale ..., p. 270, essaie de saisir l'essence de la relation entre l'imagerie féodale et le service amoureux, relation aisément réversible comme partie de l'imaginaire culturel, conditionnée par le langage.
37. Les moeurs chevaleresques et les idéaux troubadouresques sont apparentés. « Le jeu consistait pour le prince à gouverner ses ébats sans qu'elle doute, en usant comme d'un leurre de deux personnes. De son fils, qui entraînait les jeunes guerriers vers l'aventure, les plaies et les bosses, soulageant la cour de leur turbulence. De sa femme, octroyant que se déploient autour d'elle les simulacres du désir. Dans la forêt et dans les camps, les jeunes rêvaient de s'en emparer. Les plus âgés devisaient tous les jours avec elle. De l'amour que l'on dit courtois, cette joute, alternance d'attaques et d'esquives, analogue au tournoi et à ses virtuosités, la « dame », l'épouse du maître, constituait l'enjeu. Non point la « pucelle », l'oie blanche, aussitôt forcée, bernée ou consentante. La dame. Sa prudence, astucieuse, faisait d'elle un partenaire estimable. Car la partie devrait être douteuse. Afin que les chevaliers prétendants fussent enserrés strictement dans un réseau d'obligations et de services. Par le jeu d'amour, autant que par les exercices militaires, le jeune s'initiait, apprenait à contenir sa véhémence, à l'ordonner. Du jeu d'amour, les chevaliers prétendaient demeurer les seuls protagonistes – et c'était encore pour le seigneur une façon de les domestiquer que d'introduire subrepticement dans le débat quelques clercs et quelques vilains dans sa cour. Sans le montrer, il menait le jeu. » Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme (Paris: NRF, 1978), p. 364.
38. René Girard, « Love and Hate in Yvain », dans Modernité au Moyen Age. Le défi du passé, sous la dir. de Brigitte Cazelles et Charles Méla (Genève: Droz, 1990), p. 249-262.
39. Gérard Gouiran, « L'or chez les grands troubadours du Limousin et du Périgord de la seconde moitié du XIIe siècle », dans L'or au Moyen Age: monnaie, métal, objets, symbole (Marseille: Publications du CUER MA, Sénéfiance 12, 1983), p. 169-184.
40. Gérard Gouiran, « L'or... », p. 171.
41. Henry Kissinger, cité par Stephen Jaeger dans Ennobling Love: In Search of a Lost Sensibility (Philadelphie: U of Pennsylvania P, 1999), p. 21. Une formule plus applicable à la situation d'une monarchie – le pouvoir concentré – qu'à la démocratie – pouvoir diffus. Inversement la phraséologie contemporaine reconnaît que « l'amour donne des ailes ».
42. Jacques Le Goff, L'Imaginaire médiéval (Paris: Gallimard, 1985), p. 238 tire des conclusions à partir des chansons de geste et de lais: « Violence et courtoisie faisaient, au XIIe siècle au moins, bon ménage ensemble et les héros de nos oeuvres le manifestaient bien, qui traitaient les villes comme les femmes, qu'ils admirent, qu'ils désirent, mais qu'ils prennent de gré ou de force. »

43. André le Chapelain conseille à Gautier de ne pas essayer de courtiser des paysannes. Les raisons sont économiques (si les paysans ne cultivent pas l'art de l'agriculture, les classes aristocratiques n'auront pas de quoi manger) et de différence de classe: la femme paysanne illettrée et simple ne serait pas capable de répondre aux sollicitations de langage et – si quelqu'un la désire – peut être prise par force. André le Chapelain, Traité de l'amour courtois, sous la dir. de Claude Buridant (Paris: Klincksieck, 1974), p. 148.
44. Relation observée par beaucoup de critiques. Voir entre autres Carlos Alvar, Poesía de Trovadores, Trouvères y Minnesinger: De principios del siglo XII a fines del siglo XIII , anthologie bilingue (Madrid: Alianza Editorial, 1999), p. 43.
45. Voir entre autres Ernst Robert Curtius, La littérature européenne et le Moyen Age latin, trad. de l'allemand par Jean Bréjoux (Paris: PUF, 1956); Martin de Riquer, Los trovadores: historia literaria y textos (Barcelone: Editorial Planeta, 1975), p. 90-93, F. R. P. Akehurst et Judith M. Davis, A Handbook of the Troubadours (Berkeley: U of California P, 1995).
46. Un graphe thématisé est un « graphe sémantique dont les noeuds ont été instanciés par des variables », François Rastier, Sens et textualité (Paris: Hachette, 1989), p. 278. Symboles: ERG=ergatif, ATR=attributif, LOC=locatif.
47. Déjà Djabir Ibn Hayyan (VIIIe siècle), connu par les latins par le nom de Geber, avait rendu par cette pseudo-science une conception du monde et un essai d'une connaissance totale. Avicenne (980-1037), un des plus grands philosophes islamiques, avait remarqué que l'alchimie était une activité à la fois pratique et spirituelle. Dans Jean Favier, Dictionnaire du Moyen Age: littérature et philosophie (Paris: Albin Michel et Encyclopaedia Universalis, 1999), p. 155.
48. Gérard Gouiran, « L'or... », p. 178.
49. Michel-Marie Dufeil, « Les deux ors », dans L'or au Moyen Age: monnaie, métal, objets, symbole (Marseille: Publications du CUER MA, Sénéfiance 12, 1983), p. 137-149: p. 142. Il s'agit du tari d'or, à Messine; Roger conquérant la Sicile, reprise à l'Islam imite la monnaie des vaincus. Par la suite, battent monnaie en or la Catalogne, la Castille (en 1175); en 1187 on atteste la première pièce proprement chrétienne en or.
50. Michel-Marie Dufeil, « Les deux ors... », p. 143.
51. Bertran de Born: « Guerra.m platz, si tot guerra.m fan / Amors e ma domna tot l'an, / Quar de guerra vei trair' enan / Cortz e domnei, solatz e chan; / Guerra fai de vilan cortes, / Per que.m platz guerra ben facha / E.m platz qan la treva es fracha / Dels esterlins e dels tornes. » (La guerre me plaît, quoique me fassent la guerre à longueur d'année Amour et ma dame, car, grâce à la guerre, je vois progresser cours et service d'amour, divertissements et chants; la guerre rend le grossier courtois, aussi j'aime la guerre bien faite et j'aime que soit rompue la trêve des sterlings et des livres tournois), dans Gérard Gouiran (sous la dir. de), L'amour et la guerre: L'oeuvre de Bertran de Born, vol. II (Aix-en-Provence: U de Provence, 1985), p. 830-831, trad. par Gérard Gouiran. Bertran de Born ajoute dans le même poème que « grans gerra fai d'escars seignor larc » (la grande guerre fait du vilain un seigneur généreux), c'est-à-dire que l'or circule entre le seigneur et ses hommes.
52. Simon Gaunt présente une table de la fréquence avec laquelle les troubadours (un échantillon de dix troubadours) mentionnent leurs noms dans leurs poèmes. Marcabru est remarquable (22 fois sur 42 poèmes), mais Arnaut le surpasse par la fréquence (15 fois sur 18 poèmes). Cette fréquence élevée pourrait prouver la fierté pour son travail. Simon Gaunt, Troubadours and Irony (Cambridge: Cambridge UP, 1989), p. 210.
53. Les récits chevaleresques de type romans courtois, arthuriens, épopées.
54. Un rôle est un type d'interaction entre acteurs. L'ensemble des rôles d'un acteur définit sa sphère interactionnelle et leur succession, son histoire interactionnelle. François Rastier, Sens et textualité (Paris: Hachette, 1989), p. 73. Un acteur peut être défini en première approximation comme classe d'actants (L'actant, unité du palier mésosémantique, est un « complexe sémique comprenant un sème casuel », François Rastier, Marc Cavazza et Anne Abeillé, Sémantique pour l'analyse (Paris: Masson, 1994), p. 221: il est constitué par la totalisation d'actants anaphoriques (sans conditions de coréférence) des périodes (au palier inférieur au texte, mésosémantique.) Dans Sens et textualité, p. 73, Rastier affirme que l'acteur se compose de deux structures sémiques: sa molécule sémique—constituée des sèmes spécifiques des actants et ses sèmes casuels et génériques, par exemple /humain/ dans le cas d'un personnage, /inanimé/ dans le cas d'un objet). Enfin un acteur comprend des sèmes afférents, qui sont des rôles. Ce sont des cas sémantiques associés aux actants qu'il subsume. Dans certains genres textuels, l'acquisition des sèmes n'est pas simplement cumulative: selon les intervalles temporels, l'acteur gagne ou perd des sèmes et peut même perdre tous les sèmes initiaux, voire être remplacé par un ou plusieurs autres acteurs. L'exemple de Rastier: « Que reste-t-il d'un blanc d'oeuf devenu meringue ou café? » prouve la rigidité de l'acteur. Rastier, Cavazza et Abeillé, Sémantique ..., p. 179.
55. Tous les univers, hormis l'univers de référence, sont des univers d'assomption selon François Rastier, Sémantique interprétative (Paris: PUF, 1987), p. 198. Un univers d'assomption est ainsi « la partie d'un univers sémantique composée des propositions attribuées à un acteur de l'énoncé ou de l'énonciation représentée. » Rastier, Cavazza et Abeillé, Sémantique ..., p. 224.
56. Le langage a une vie à soi-même, qui peut nous influencer ou en plus, nous posséder et penser à travers nous. Le langage a les mêmes qualités que les humains. Andrew Goatly, The Language of Metaphors (New York: Routledge, 1997), p. 74-77.
57. A. J. Greimas, Sémiotique des passions ..., p. 192.
58. Niklas Luhmann, Love as Passion: The Codification of Intimacy, trad. de l'allemand par Jeremy Gaines et Doris L. Jones (Stanford: Stanford UP, 1986), p. 19.
59. Algirdas Julien Greimas et Joseph Courtés, Sémiotique: Dictionnaire raisonné de la théorie du langage (Paris: Hachette, 1993), p. 10. « L'adjuvant désigne l'auxiliant positif quand ce rôle est assumé par un acteur autre que le sujet du faire: il correspond à un pouvoir-faire individualisé qui, sous forme d'acteur, apporte son aide à la réalisation du programme narratif du sujet; il s'oppose, paradigmatiquement, à l'opposant (qui est l'auxiliant négatif). »
60. Glynnis Cropp, Le vocabulaire ..., p. 389 le note: « Le poète a ainsi le moyen de créer une heureuse équivoque en suggérant à la fois l'affection qu'il ressent et la dame, objet de son amour ».
61. Niklas Luhmann, Love as Passion ..., p. 98.
62. Niklas Luhmann, Love as Passion ..., p. 98-99.
63. Ces vers ne se trouvent pas dans l'édition de Toja; ils se trouvent dans le manuscrit C, le seul qui offre toutes les strophes de Doutz brais. Voir The Poetry of Arnaut Daniel, sous la dir. de James J. Wilhelm (New York: Garland Publishing, 1981), p. 51-52.
64. Bien que, traditionnellement, les participants à l'amour courtois fussent l'amant et la dame mariée, couple adultère qui provoquait une situation inacceptable pour l'église, les études plus récentes affirment que la nature adultère du concept est un symbole ou une métaphore utilisée par certains poètes.
65. Il apparaît dans les littératures grecque et latine, arabe. Voir Peter Dronke, Medieval Latin and the Rise of European Love-Lyric (Oxford: Oxford UP, 1965, t. I), pp. 14, 48.
66. Robert C. Solomon, Love: Emotion, Myth and Metaphor (Garden City, N.Y.: Anchor Press/Doubleday, 1981), p. 135. « Insofar as the rest of the world is included, it is merely as a stage, perhaps as an audience to our impenetrable and even belligerent privacy. Sometimes the "outside" world simply serves as an enemy – the feud of the Montagues and the Capulets threatening the loveworld of their rebellious son and daughter – which makes love all the more "romantic," because forbidden. Thus it is rightly said that love is amoral, all but indifferent to the problems of the world and the larger issues of morality and community ».
67. Larry Marks, « Forces et barrières de la représentation des actes perceptifs », dans Pierre Ouellet, Action, Passion, Cognition (Québec: Nuit Blanche, 1997), p. 167-187.
68. Les lauzengier ou lauzenjador ont l'origine étymologique en lauzenga, flatterie insidieuse, tromperie, fausse louange, médisance.
69. « But in love two selves mutually reinforce one another, and so the self-enhancement of love, insulated from the outside by indifference, mutually supported in a reciprocal way on the inside, tends to be an extremely powerful and relatively durable emotional strategy », Robert C. Solomon, Love: Emotion ..., p. 144-145.
70. Maria Rosa Menocal, Shards of Love: Exile and the Origins of the Lyric (Durham: Duke UP, 1994), p. 91: « The medieval – and thus what we call the modern and the postmodern – lyric is invented in bitter exile. And not just the normal and conventional and essentially metaphoric exile that is, perhaps, the condition of all poetry and of its reading ».
71. Algirdas Julien Greimas, Sémiotique des passions, p. 193.
72. Laura Kendrick, The Game of Love: Troubadour Wordplay (Berkeley: University of California Press, 1988),
p. 184.
73. Voir le schéma de l'émotion dans Jacques Fontanille et Claude Zilberberg, Tension et signification (Sprimont-Belgique: Mardaga, 1998), p. 213.
74. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 56 en donnent quelques exemples: « Nous sommes en train de fabriquer (brasser, forger) de nouvelles idées. Nous avons lancé beaucoup d'idées cette semaine. Il produit de nouvelles idées à une vitesse étonnante. Sa production intellectuelle a baissé ces dernières années. Nous devons arrondir cette idée, la dégrossir, l'embellir. Voici une idée brute qui a besoin d'être affinée. »
75. Louis Henri Parias, Ph. Wolff, Louis René Nougier, Claude Fohlen, et Alain Touraine, Histoire générale du travail vol II, L'âge de l'artisanat (Ve-XVIIIe siècles), sous la direction de Ph. Wolff et F. Mauro (Paris: Nouvelle Librairie de France, 1962), p. 9 affirme que la civilisation médiévale européenne est une « civilisation du travail. » Voir aussi Aaron J. Gourevitch, Les catégories de la culture médiévale, trad. du russe par Hélène Courtin et Nina Godneff (Paris: Gallimard, 1983), p. 276; Jacques Le Goff, « Travail, techniques et artisans dans les systèmes de valeur du Haut Moyen Age », dans Pour un autre Moyen Age: temps, travail et culture en Occident: 18 essais (Paris: Gallimard, 1997 [1977]), p. 108-130; Jacques Le Goff, « Note sur une société tripartite, idéologie monarchique et renouveau économique dans la chrétienté du IXe au XIIe siècle », dans Pour un autre Moyen Age, p. 80-90: « Les trois composantes de cette société tripartite sont, selon la formule classique d'Adalbéron de Laon au début du XIe siècle: oratores, bellatores, laboratores, c'est-à-dire les clercs, les guerriers, les travailleurs »,
p. 80.  
76. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 88-95.
77. Dans A.J. Greimas et J. Courtés, Sémiotique: dictionnaire raisonné ..., p. 231.
78. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 73.
79. Jacques Geninasca, La parole ..., p. 118.
80. Jacques Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores ..., p. 95; Zoltán Kövecses, Metaphor ..., p. 134-135. George Lakoff, [ ]« The Invariance Hypothesis: Is Abstract Reason Based on Image Schemas », Cognitive Linguistics 1 (1990), p. 39-74. Raymond W. Gibbs, Jr., The Poetics of Mind: Figurative Thought, Language and Understanding (Cambridge UP, 1999), p. 147: « the underlying set of recurring bodily experiences that constitute the image schemas within certain domains, such as SOURCE-PATH-GOAL in the domain of journeys, are invariantly mapped onto the target domain under consideration, such as love. This invariant mapping motivates why there is such a tight correspondence between the cognitive topologies of the source and target domains ». Gibbs poursuit: « One domain of experience that is clearly metaphorical is event–structure. Various aspects of events, including states, changes, processes, actions, causes and purposes, are understood metaphorically in terms of space, motion, and force », Raymond Gibbs, The poetics..., p. 149.
81. Lakoff suggère même que les différents types de voyage (en voiture, en train, en bateau) sont responsables des diverses interprétations des métaphores. Les rapprochements qu'il fait entre les concepts concret-abstrait se reflètent dans les métaphores subordonnées suivantes.
lauzengiers – par contre, ils sont des obstacles qui incitent à la continuation du voyage)
Metaphor and Thought, 2e édition (New York: Cambridge UP, 1993), p. 202-251, Gibbs soutient la hiérarchie des métaphores conceptuelles de type événement-structure par le fait que les « mappings » métaphoriques ne sont pas isolés les uns des autres. « They are sometimes organized in hierarchical structures where "lower" mappings in the hierarchy inherit the structure of the "higher" mappings (G. Lakoff, 1993). Consider one example of hierarchy with three levels (ibid.):
The Poetics ..., p. 152.
82. Zoltán Kövecses , Metaphors ..., p. 7
83. Lieu non identifié, possiblement en Espagne. Canello l'identifie avec la Sanctas française. Toja traduit par Saintes. Wilhelm préfère une interprétation de Sanchas comme le pôle occidental du Nil.
84. Voir la discussion dans le chapitre « Analogies ».
85. Raymond Gibbs, The Poetics ..., p. 253.
86. Grâce à l'unité réalisée lorsque amoureux et Amour se rejoignent – exemples de la métaphore de l'amour c'est un contenant – les deux agents partagent les mêmes valeurs, état établi sur le modèle des contenants qui s'unissent et qui partagent la substance.
87. Laura Kendrick, The Game of Love..., p. 184: « The player's goal was not to win the lady, but to win the game, to conquer the masculine opponents ».
88. Pierre Bec, « La douleur et son univers poétique chez Bernard de Ventadour. Essai d'analyse systématique », dans Ecrits sur les troubadours et la lyrique médiévale (Caen: Éditions Paradigme, 1992), p. 165-200.
89. Dont parlent George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 73.
90. James Wilhelm, The Poetry ..., p. 29 affirme que tout au long du poème, cors peut prendre les deux sens, de coeur et de corps, mais qu'ici et au vers 28, cors a le sens de coeur, par analogie avec les yeux et les brûlures de l'amour.
91. Voir le chapitre « Contenants ».
92. « Vous n'avez pas vu comment les amoureux se chassent l'un l'autre ? » telle est la question rhétorique soulevée par Platon, Le Sophiste. Pratiquement, le philosophe observe dans la chasse amoureuse une dimension différente de toutes les autres formes métaphoriques de chasse: les affaires humaines deviennent des subdivisions d'une importante poursuite. Les hommes se poursuivent toujours l'un l'autre de diverses manières – par la guerre, la tyrannie, la piraterie, l'oratoire, la loi et la conversation. L'amour, par opposition aux autres formes de poursuite mentionnées, est une chasse plutôt privée, munie de la persuasion. La déesse Diane chasseresse, identifiée avec Artémis hellénique en serait un symbole éternel. Marcelle Thiébaux, The Stag of Love: The Chase in Medieval Literature (Ithaca: Cornell UP, 1974) passe en revue chronologiquement les oeuvres littéraires antiques et médiévales qui illustrent le plus clairement le thème de la chasse. Comme comparaison ou métaphore, la chasse par amour revient dans le théâtre, dans la lyrique et la prose grecques (Eschyle, Prométhée enchaîné – des jeunes hommes chassent leurs femmes cousines comme des faucons les pigeons – « chassent des marriages impossible à chasser »; Euripide, Héléna: l'héroïne parle d'un prétendant – mort déjà – dont le fils la chasse dans le mariage, Achille dans Iphigénie en Aulis se vante de « milles jeunes filles qui chassent mon lit », Euripide, Hippolytus; Xenophon, Cynégeticus, Memorabilia of Socrate). Tout aussi fréquemment que dans le canon latin (Callimachus, Hymni et Epigrammata 2.31, sous la dir. de Rudolf Pfeifer (Oxford: Oxford UP, 1953), p. 89: « the hunter in pursuit of hare and hind will lose interest in the already wounded, the easily available game », cite par Thiébaux, The Stag of Love..., p. 91. Horace, « Sermonum liber », I.2. vs. 105-108, Opera, sous la dir. de E.C. Wickham (Oxford: Oxford UP, 1959). La chasse est un « jeu à deux », la femme doit obéir aux règles du jeu. Ovide, les Métamorphoses: la passion d'Apollo pour Daphne. L'Art d'aimer et autres poèmes... (1. 272-73, 1.763-64, 1.766; 3.662: « ne laisse pas ce lièvre – l'amant de la femme – être chassé par d'autres »). Dans Remedia amoris: Ovide prescrit la chasse pour ceux qui veulent oublier leur amour. Dans les vers arabes, parmi lesquels Le collier de la colombe de Ibn Hazm (et d'autres vers arabes médiévaux: Ibn Khafaja (1058-1138), Al-Mustazhir (mort 1204), Hamda (12e siècle) – voir Arthur Arberry (trad.), Moorish Poetry. A Translation of « The Pennants ». An Anthology compiled in 1243 by the Andalusian Ibn Sa'id (Cambridge: Cambridge UP, 1953), pp.146, 153, 198, cité par Thiébaux, The Stag of Love ..., p. 94. L'imagerie de la femme comme antilope ou gazelle se retrouve chez Chrétien de Troyes, dans Le Roman de la Rose, chez Chaucer etc.
93. Marcelle Thiébaux, The Stag of Love: The Chase in Medieval Literature (Ithaca et London: Cornell UP, 1974), p. 19.
94. Marcelle Thiébaux, The Stag of Love..., p. 19: « Indeed, the stag, together with the “noble” boar, is the quarry most often hunted in medieval epics and romances ». Voir aussi Marcelle Thiébaux, « The Mouth of the Boar as a Symbol in Medieval Literature », Romance Philology 22 (1968), p. 281-299 qui relève les significations de la chasse au taureau en détail.
95. Gioacchino Plà, Poesie provenzali tradotte in lingua italiana, éd. du manuscrit Vat., Barb. Lat. 3965 par Véronique Roncoroni-Arlettaz (Lausanne: Université de Lausanne, Faculté des Lettres, 1991), p. 244-245 rejette la traduction des lexies « bou » ou « bue » par « boeuf »; il soutient que « bou » serait une sorte de filet de pêche (régionalisme) utilisé en Catalogne.
96. Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, dans Œuvres complètes III, sous la dir. d'Éric Marty (Paris: Seuil, 1995), p. 457-690 donne une définition de la courtoisie dans les termes suivants: « CORTEZIA: l'amour courtois est fondé sur le vasselage amoureux (Domnei ou Donnoi) », p. 535-536. Voir aussi Mario Mancini, Metafora feudale: Per una storia dei trovatori (Bologne: Il Mulino, 1993).
97. « Tout le vocabulaire et tous les gestes de la courtoisie sortent des formules et des rites de vassalité. Et d'abord la notion même de service, et son contenu. Comme le vassal envers son seigneur, l'amant envers la femme se doit d'abord d'être loyal. Il a engagé sa foi, il ne saurait la trahir, et ce lien n'est pas de ceux qu'on dénoue. Il se montre vaillant, combat pour elle, et ce sont les victoires successives de ses armes qui le font avancer dans ses voies. Enfin, il doit l'entourer d'attention. Il lui fait la cour, c'est à dire qu'il la sert encore. Tout comme les vassaux réunis en cour féodale autour de leur seigneur. Mais comme ces vassaux, l'amant entend bien pour ce service obtenir un jour récompense et gagner des dons successifs. » Georges Duby, Le temps des cathédrales (Paris: N.R.F., 1976), 303-304. Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales (Paris: Stock, 1980).
98. Robert C. Solomon, Love: Emotion ..., p. 49.
99. Explicable aussi par la psychanalyse (Julia Kristeva, Histoires d'amour (Paris: Denoël, 1994); Rouben Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical Reading (Manchester: Manchester UP, 1990). La critique moderne – même celle qui ne se déclare pas de la souche cognitive – a essayé d'expliquer les paradoxes de l'amour en tant qu'organisation structurée et système. Par exemple, Niklas Luhmann, dans Love as Passion, construit une théorie des systèmes sur la sémantique de l'amour à partir des observations d'ordre anthropologique et sociale. Ignorant qu'il attaquait le problème même des structures, Solomon observait à propos de l'amour, que, ainsi que toute autre émotion, il est un système de jugements sur nous et notre place dans le monde (ce qui signifie le plus souvent nos relations avec les autres), par lesquels nous nous inscrivons dans un scénario, nous actionnons et nous fantasmons d'un monde où nous occupons des rôles d'une signification considérable. Robert C. Solomon, Love: Emotion ..., p. 46. Il continue: « These judgments, scenarios and roles are learned, transmitted by our culture, our language and, more immediately, our family, friends, books and movies [...] and to understand romantic love is not at all to understand anything about human nature, but rather to understand something about a certain sort of society, in which blood relations and family ties play an extraordinarily diminished role and mobility, individuality and chance encounters hold a remarkably dominant position in the determination of "who we are" », Robert C. Solomon, Love: Emotion ..., p. 46-47. Pourtant, ces critiques ont cherché à expliquer l'amour par l'intermédiaire du système social et culturel; ils ne touchent pas aux représentations mentales et linguistiques.
100. Par exemple Arnaut, Anc ieu 23-27.
101. Niklas Luhmann, Love as Passion..., p. 64 parle des éléments dans le code thématique qui rendent compte pour ces paradoxes, la fixation sur une seule personne et les qualités de l'autre.
102. Mikhaïl Bakhtine, lorsqu'il étudie l'expression du temps historique et de l'espace réels en littérature, souligne le lien étroit qui unit inséparablement les relations spatiales et temporelles, qu'il désigne par le terme « chronotope » (espace-temps). Voir: Mikhaïl Bakhtine, « Formes du temps et du chronotope dans le roman (Essais de poétique historique) », dans Esthétique et théorie du roman, trad. Daria Olivier (Paris: Gallimard, coll. Tel, nº 120, 1987), p. 234-398.
103. François Rastier, Arts et sciences du texte (Paris: PUF, 2001), p. 39.
104. Aaron J. Gourevitch, Les catégories..., p. 42.
105. Aaron J. Gourevitch, Les catégories..., p. 36.
106. L'espace peut rétrécir, par les moyens de communication. Le monde semble plus petit. La vitesse, une catégorie qui conjugue les notions de l'espace et du temps a acquis de nos jours une importance considérable dans l'activité humaine. Aaron J. Gourevitch, Les catégories..., p. 36.
107. Mircea Eliade, Le mythe de l'éternel retour: Archétypes et répétition (Paris: Gallimard, 1969).
108. Aaron J. Gourevitch, Les catégories ..., p. 36-37.
109. Il y a longtemps déjà, Linda M. Paterson, Troubadours and Eloquence (Oxford: The Claredon Press, 1975),
p. 189, observait: « For Arnaut, love is not only the cause of singing; the feelings he has in love and the feelings for artistic perfection are inseparable. Other troubadours before Arnaut: Peire d'Alvernhe, Giraut de Bornelh, said that the joy of love, moral worth, and artistic perfection were bound together; but no poet repeats this as single-mindedly as Arnaut. This single-mindedness must have helped to establish his reputation with Dante  ».
110. « Arma », lexie très rare dans la poésie provençale; apparaît seulement dans un contexte religieux ou moralisateur. Linda Paterson, Troubadours ..., p.197.
111. Dans la langue française on trouve une expression forgée sur « coup de lance » qui fait allusion à la fonction belligérante de l'organe du langage et du mot: « coup de langue ». Maurice Rat, Dictionnaire de locutions françaises (Paris: Larousse, 1973 [1957]), p. 225.
112. Voir les rapprochements frappants entre imagerie et rhétorique, Balthasar Gracián, La pointe ou l'art du génie [Agudeza y arte de ingenio, 1648], trad. Michèle Gendreau-Massaloux and Pierre Laurens (Genève: L'âge d'homme, 1983).
113. Il faut inscrire le concept de l'amour ainsi que le présente la lyrique d'Arnaut, dans la tradition courtoise. « Le discours amoureux semble se caractériser par une remarquable persistance de la convention. Quelle que soit la finalité du texte, quels que soient les contextes et les relations entre le signe et le réel, la littérature de l'amour (ou sur l'amour) s'inscrit dans une tradition. Il semble même qu'elle se nourrisse avant tout de tradition littéraire, dans quelque registre que l'on se trouve, d'où la fréquence des stéréotypes et des clichés », Discours et idéologie (groupe de recherche), Le discours amoureux: Espagne et Amérique latine (Paris: Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III, 1985), p. 8.
114. Discours et idéologie (groupe de recherche), Le discours..., p.8.