43.
André le
Chapelain conseille à Gautier de ne pas essayer de courtiser
des paysannes. Les raisons sont économiques (si les paysans
ne cultivent pas l'art de l'agriculture, les classes
aristocratiques n'auront pas de quoi manger) et de différence
de classe: la femme paysanne illettrée et simple ne serait
pas capable de répondre aux sollicitations de langage et
si quelqu'un la désire peut être prise par force.
André le Chapelain, Traité de l'amour courtois,
sous la dir. de Claude Buridant (Paris: Klincksieck, 1974), p. 148.
44.
Relation observée par beaucoup de critiques. Voir entre
autres Carlos Alvar, Poesía de Trovadores, Trouvères
y Minnesinger: De principios del siglo XII a fines del siglo XIII ,
anthologie bilingue (Madrid: Alianza Editorial, 1999), p. 43.
45.
Voir entre autres Ernst Robert Curtius, La
littérature européenne et le Moyen Age latin,
trad. de l'allemand par Jean Bréjoux (Paris:
PUF, 1956); Martin de Riquer, Los trovadores: historia literaria
y textos (Barcelone: Editorial Planeta, 1975), p. 90-93, F.
R. P. Akehurst et Judith M. Davis, A Handbook of the Troubadours
(Berkeley: U of California P, 1995).
46.
Un graphe thématisé est un « graphe
sémantique dont les noeuds ont été instanciés
par des variables », François Rastier, Sens et
textualité (Paris: Hachette, 1989), p. 278. Symboles:
ERG=ergatif, ATR=attributif, LOC=locatif.
47.
Déjà Djabir Ibn Hayyan (VIIIe siècle),
connu par les latins par le nom de Geber, avait rendu par cette
pseudo-science une conception du monde et un essai d'une
connaissance totale. Avicenne (980-1037), un des plus grands
philosophes islamiques, avait remarqué que l'alchimie était
une activité à la fois pratique et spirituelle. Dans
Jean Favier, Dictionnaire du Moyen Age: littérature et
philosophie (Paris: Albin Michel et Encyclopaedia Universalis,
1999), p. 155.
48.
Gérard Gouiran, « L'or... », p. 178.
49.
Michel-Marie Dufeil, « Les deux ors », dans
L'or au Moyen Age: monnaie, métal,
objets, symbole (Marseille:
Publications du CUER MA, Sénéfiance 12, 1983),
p. 137-149: p. 142. Il s'agit du tari
d'or, à Messine; Roger conquérant la Sicile, reprise
à l'Islam imite la monnaie des vaincus. Par la
suite, battent monnaie en or la Catalogne, la Castille (en 1175); en
1187 on atteste la première pièce proprement
chrétienne en or.
50.
Michel-Marie Dufeil, « Les deux ors... »,
p. 143.
51.
Bertran de Born: « Guerra.m platz, si tot guerra.m fan /
Amors e ma domna tot l'an, / Quar de guerra vei trair' enan /
Cortz e domnei, solatz e chan; / Guerra fai de vilan cortes, / Per
que.m platz guerra ben facha / E.m platz qan la treva es fracha /
Dels esterlins e dels tornes. » (La guerre me plaît,
quoique me fassent la guerre à longueur d'année
Amour et ma dame, car, grâce à la guerre, je vois
progresser cours et service d'amour, divertissements et chants; la
guerre rend le grossier courtois, aussi j'aime la guerre bien
faite et j'aime que soit rompue la trêve des sterlings et
des livres tournois), dans Gérard Gouiran (sous la dir. de),
L'amour et la guerre: L'oeuvre de Bertran de Born, vol.
II (Aix-en-Provence: U de Provence, 1985), p. 830-831, trad. par
Gérard Gouiran. Bertran de Born ajoute dans le même
poème que « grans gerra fai d'escars seignor
larc » (la grande guerre fait du vilain un seigneur
généreux), c'est-à-dire que l'or circule
entre le seigneur et ses hommes.
52.
Simon Gaunt présente une table de la fréquence avec
laquelle les troubadours (un échantillon de dix troubadours)
mentionnent leurs noms dans leurs poèmes. Marcabru est
remarquable (22 fois sur 42 poèmes), mais Arnaut le surpasse
par la fréquence (15 fois sur 18 poèmes). Cette
fréquence élevée pourrait prouver la fierté
pour son travail. Simon Gaunt, Troubadours and
Irony (Cambridge: Cambridge UP, 1989), p. 210.
53.
Les récits chevaleresques de type romans courtois,
arthuriens, épopées.
54.
Un rôle est un type d'interaction entre acteurs.
L'ensemble des rôles d'un acteur définit sa sphère
interactionnelle et leur succession, son histoire interactionnelle.
François Rastier, Sens et textualité (Paris:
Hachette, 1989), p. 73. Un acteur peut être défini
en première approximation comme classe d'actants (L'actant,
unité du palier mésosémantique, est un
« complexe sémique comprenant un sème
casuel », François Rastier, Marc Cavazza et Anne
Abeillé, Sémantique pour l'analyse (Paris:
Masson, 1994), p. 221: il est constitué par la
totalisation d'actants anaphoriques (sans conditions de
coréférence) des périodes (au palier inférieur
au texte, mésosémantique.) Dans Sens et textualité,
p. 73, Rastier affirme que l'acteur se compose de deux
structures sémiques: sa molécule sémique—constituée
des sèmes spécifiques des actants et ses sèmes
casuels et génériques, par exemple /humain/ dans le
cas d'un personnage, /inanimé/ dans le cas d'un objet).
Enfin un acteur comprend des sèmes afférents, qui sont
des rôles. Ce sont des cas sémantiques associés
aux actants qu'il subsume. Dans certains genres textuels,
l'acquisition des sèmes n'est pas simplement cumulative:
selon les intervalles temporels, l'acteur gagne ou perd des sèmes
et peut même perdre tous les sèmes initiaux, voire être
remplacé par un ou plusieurs autres acteurs. L'exemple de
Rastier: « Que reste-t-il d'un blanc d'oeuf devenu
meringue ou café? » prouve la rigidité
de l'acteur. Rastier, Cavazza et Abeillé, Sémantique
..., p. 179.
55.
Tous les univers, hormis l'univers de référence,
sont des univers d'assomption selon François
Rastier, Sémantique interprétative (Paris: PUF,
1987), p. 198. Un univers d'assomption est ainsi « la
partie d'un univers sémantique composée des
propositions attribuées à un acteur de l'énoncé
ou de l'énonciation représentée. »
Rastier, Cavazza et Abeillé, Sémantique ...,
p. 224.
56.
Le
langage a une vie à soi-même, qui peut nous influencer
ou en plus, nous posséder et penser à travers nous. Le
langage a les mêmes qualités que les humains. Andrew
Goatly, The Language of Metaphors (New York: Routledge,
1997), p. 74-77.
57.
A. J. Greimas, Sémiotique des passions ..., p. 192.
58.
Niklas Luhmann, Love as Passion: The Codification of Intimacy,
trad. de l'allemand par Jeremy Gaines et Doris L. Jones (Stanford:
Stanford UP, 1986), p. 19.
59.
Algirdas Julien Greimas et Joseph Courtés, Sémiotique:
Dictionnaire raisonné de la théorie du langage
(Paris: Hachette, 1993), p. 10. « L'adjuvant
désigne l'auxiliant positif quand ce rôle est assumé
par un acteur autre que le sujet du faire: il correspond à un
pouvoir-faire individualisé qui, sous forme d'acteur,
apporte son aide à la réalisation du programme
narratif du sujet; il s'oppose, paradigmatiquement, à
l'opposant (qui est l'auxiliant négatif). »
60.
Glynnis Cropp, Le vocabulaire ..., p. 389 le note: « Le
poète a ainsi le moyen de créer une heureuse équivoque
en suggérant à la fois l'affection qu'il ressent
et la dame, objet de son amour ».
61.
Niklas Luhmann, Love as Passion ..., p. 98.
62.
Niklas Luhmann, Love as Passion ..., p. 98-99.
63.
Ces vers ne se trouvent pas dans l'édition de Toja; ils se
trouvent dans le manuscrit C, le seul qui offre toutes les strophes
de Doutz brais. Voir The Poetry of
Arnaut Daniel, sous la dir. de James J. Wilhelm (New
York: Garland Publishing, 1981), p. 51-52.
64.
Bien que, traditionnellement, les participants à l'amour
courtois fussent l'amant et la dame mariée, couple adultère
qui provoquait une situation inacceptable pour l'église,
les études plus récentes affirment que la nature
adultère du concept est un symbole ou une métaphore
utilisée par certains poètes.
65.
Il apparaît dans les littératures grecque et latine,
arabe. Voir Peter Dronke, Medieval Latin and
the Rise of European Love-Lyric (Oxford: Oxford UP, 1965, t. I),
pp. 14, 48.
66.
Robert C. Solomon, Love: Emotion, Myth and Metaphor (Garden
City, N.Y.: Anchor Press/Doubleday, 1981), p. 135.
« Insofar as the rest of the world is included, it is
merely as a stage, perhaps as an audience to our impenetrable and
even belligerent privacy. Sometimes the "outside" world
simply serves as an enemy the feud of the Montagues and the
Capulets threatening the loveworld of their rebellious son and
daughter which makes love all the more "romantic,"
because forbidden. Thus it is rightly said that love is amoral,
all but indifferent to the problems of the world and the larger
issues of morality and community ».
67.
Larry Marks, « Forces et barrières de la
représentation des actes perceptifs », dans Pierre
Ouellet, Action, Passion, Cognition (Québec: Nuit
Blanche, 1997), p. 167-187.
68.
Les lauzengier ou lauzenjador ont l'origine
étymologique en lauzenga, flatterie insidieuse,
tromperie, fausse louange, médisance.
69.
« But in love two selves mutually reinforce one another,
and so the self-enhancement of love, insulated from the outside by
indifference, mutually supported in a reciprocal way on the inside,
tends to be an extremely powerful and relatively durable emotional
strategy », Robert C. Solomon, Love: Emotion ...,
p. 144-145.
70.
Maria Rosa Menocal, Shards of Love: Exile and the Origins of the
Lyric (Durham: Duke UP, 1994), p. 91: « The
medieval and thus what we call the modern and the postmodern
lyric is invented in bitter exile. And not just the normal and
conventional and essentially metaphoric exile that is, perhaps, the
condition of all poetry and of its reading ».
71.
Algirdas Julien Greimas, Sémiotique des passions,
p. 193.
72.
Laura Kendrick, The Game of Love: Troubadour Wordplay
(Berkeley: University of California Press, 1988),
p. 184.
73.
Voir le schéma de l'émotion dans Jacques Fontanille
et Claude Zilberberg, Tension et signification
(Sprimont-Belgique: Mardaga, 1998), p. 213.
74.
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p.
56 en donnent quelques exemples: « Nous sommes en train
de fabriquer (brasser, forger) de nouvelles idées.
Nous avons lancé beaucoup d'idées cette semaine. Il
produit de nouvelles idées à une vitesse
étonnante. Sa production intellectuelle a baissé
ces dernières années. Nous devons arrondir
cette idée, la dégrossir, l'embellir. Voici
une idée brute qui a besoin d'être
affinée. »
75.
Louis Henri Parias, Ph. Wolff, Louis René Nougier, Claude
Fohlen, et Alain Touraine, Histoire générale du
travail vol II, L'âge de l'artisanat (Ve-XVIIIe
siècles), sous la direction de Ph. Wolff et F. Mauro
(Paris: Nouvelle Librairie de France, 1962), p. 9 affirme que la
civilisation médiévale européenne est une
« civilisation du travail. »
Voir aussi Aaron J. Gourevitch, Les catégories
de la culture médiévale, trad. du russe par Hélène
Courtin et Nina Godneff (Paris: Gallimard, 1983), p. 276; Jacques Le
Goff, « Travail, techniques et artisans dans les systèmes
de valeur du Haut Moyen Age », dans Pour un autre
Moyen Age: temps, travail et culture en Occident: 18 essais (Paris:
Gallimard, 1997 [1977]),
p. 108-130; Jacques Le Goff, « Note sur une société
tripartite, idéologie monarchique et renouveau économique
dans la chrétienté du IXe au XIIe
siècle », dans Pour un autre Moyen Age, p.
80-90: « Les trois composantes de cette société
tripartite sont, selon la formule classique d'Adalbéron de
Laon au début du XIe siècle: oratores, bellatores,
laboratores, c'est-à-dire les clercs, les guerriers,
les travailleurs »,
p. 80.
76.
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p.
88-95.
77.
Dans A.J. Greimas et J. Courtés, Sémiotique:
dictionnaire raisonné ..., p. 231.
78.
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores...,
p. 73.
79.
Jacques Geninasca, La parole ..., p. 118.
80.
Jacques Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores ..., p.
95; Zoltán Kövecses,
Metaphor ..., p. 134-135.
George Lakoff, [
]« The
Invariance Hypothesis: Is Abstract Reason Based on Image Schemas »,
Cognitive Linguistics 1 (1990), p. 39-74. Raymond W. Gibbs,
Jr., The Poetics of Mind: Figurative Thought, Language and
Understanding (Cambridge UP, 1999), p. 147: « the
underlying set of recurring bodily experiences that constitute the
image schemas within certain domains, such as SOURCE-PATH-GOAL in
the domain of journeys, are invariantly mapped onto the target
domain under consideration, such as love. This invariant mapping
motivates why there is such a tight correspondence between the
cognitive topologies of the source and target domains ».
Gibbs poursuit: « One domain of experience that is
clearly metaphorical is eventstructure. Various aspects of
events, including states, changes, processes, actions, causes and
purposes, are understood metaphorically in terms of space, motion,
and force », Raymond Gibbs, The poetics...,
p. 149.
81.
Lakoff suggère même que les différents types de
voyage (en voiture, en train, en bateau) sont responsables des
diverses interprétations des métaphores. Les
rapprochements qu'il fait entre les concepts concret-abstrait se
reflètent dans les métaphores subordonnées
suivantes.
lauzengiers par contre, ils sont des obstacles qui
incitent à la continuation du voyage)
Metaphor and Thought, 2e édition (New York:
Cambridge UP, 1993), p. 202-251, Gibbs soutient la hiérarchie
des métaphores conceptuelles de type événement-structure
par le fait que les « mappings » métaphoriques
ne sont pas isolés les uns des autres. « They
are sometimes organized in hierarchical structures where "lower"
mappings in the hierarchy inherit the structure of the "higher"
mappings (G. Lakoff, 1993).
Consider one example of hierarchy with three levels (ibid.):
The Poetics ...,
p. 152.
82.
Zoltán Kövecses , Metaphors ..., p. 7
83.
Lieu non identifié, possiblement en Espagne. Canello
l'identifie avec la Sanctas française. Toja
traduit par Saintes. Wilhelm préfère une
interprétation de Sanchas comme le pôle occidental du
Nil.
84.
Voir la discussion dans le chapitre « Analogies ».
85.
Raymond Gibbs, The Poetics ..., p. 253.
86.
Grâce à l'unité réalisée lorsque
amoureux et Amour se rejoignent exemples de la métaphore
de l'amour
c'est un contenant les
deux agents partagent les mêmes valeurs, état établi
sur le modèle des contenants qui s'unissent et qui
partagent la substance.
87.
Laura Kendrick, The Game of Love..., p. 184: « The
player's goal was not to win the lady, but to win the game, to
conquer the masculine opponents ».
88.
Pierre Bec, « La douleur et son univers poétique
chez Bernard de Ventadour. Essai d'analyse systématique »,
dans Ecrits sur les troubadours et la lyrique médiévale
(Caen: Éditions Paradigme, 1992), p. 165-200.
89.
Dont parlent George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores...,
p. 73.
90.
James Wilhelm, The Poetry ..., p. 29 affirme
que tout au long du poème, cors peut prendre les deux
sens, de coeur et de corps, mais qu'ici et au vers 28, cors
a le sens de coeur, par analogie avec les yeux et les brûlures
de l'amour.
91.
Voir le chapitre « Contenants ».
92.
« Vous n'avez pas vu comment les amoureux se chassent l'un
l'autre ? » telle est la question rhétorique soulevée
par Platon, Le Sophiste. Pratiquement, le philosophe observe
dans la chasse amoureuse une dimension différente de toutes
les autres formes métaphoriques de chasse: les affaires
humaines deviennent des subdivisions d'une importante poursuite.
Les hommes se poursuivent toujours l'un l'autre de diverses
manières par la guerre, la tyrannie, la piraterie,
l'oratoire, la loi et la conversation. L'amour, par opposition
aux autres formes de poursuite mentionnées, est une chasse
plutôt privée, munie de la persuasion. La déesse
Diane chasseresse, identifiée avec Artémis hellénique
en serait un symbole éternel. Marcelle Thiébaux, The
Stag of Love: The Chase in Medieval Literature (Ithaca: Cornell
UP, 1974) passe en revue chronologiquement les oeuvres littéraires
antiques et médiévales qui illustrent le plus
clairement le thème de la chasse. Comme comparaison ou
métaphore, la chasse par amour revient dans le théâtre,
dans la lyrique et la prose grecques (Eschyle,
Prométhée enchaîné des jeunes
hommes chassent leurs femmes cousines comme des faucons les pigeons
« chassent des marriages impossible à
chasser »; Euripide, Héléna:
l'héroïne parle d'un prétendant mort déjà
dont le fils la chasse dans le mariage, Achille dans Iphigénie
en Aulis se vante de « milles jeunes filles qui
chassent mon lit », Euripide, Hippolytus;
Xenophon, Cynégeticus, Memorabilia of Socrate).
Tout aussi fréquemment que dans le canon latin
(Callimachus, Hymni et Epigrammata 2.31, sous la dir. de
Rudolf Pfeifer (Oxford: Oxford UP, 1953), p. 89: « the
hunter in pursuit of hare and hind will lose interest in the already
wounded, the easily available game », cite par Thiébaux,
The Stag of Love..., p. 91. Horace, « Sermonum
liber », I.2. vs. 105-108, Opera, sous la dir. de
E.C. Wickham (Oxford: Oxford UP, 1959). La chasse
est un « jeu à deux », la femme doit
obéir aux règles du jeu. Ovide, les Métamorphoses:
la passion d'Apollo pour Daphne. L'Art d'aimer et autres
poèmes... (1. 272-73, 1.763-64, 1.766; 3.662: « ne
laisse pas ce lièvre l'amant de la femme être
chassé par d'autres »). Dans Remedia amoris:
Ovide prescrit la chasse pour ceux qui veulent oublier leur amour.
Dans les vers arabes, parmi lesquels Le collier de la colombe
de Ibn Hazm (et d'autres vers arabes médiévaux:
Ibn Khafaja (1058-1138), Al-Mustazhir (mort 1204), Hamda (12e
siècle) voir Arthur Arberry (trad.), Moorish Poetry. A
Translation of « The Pennants ». An Anthology
compiled in 1243 by the Andalusian Ibn Sa'id
(Cambridge: Cambridge UP, 1953), pp.146, 153, 198, cité par
Thiébaux, The Stag of Love ..., p. 94. L'imagerie
de la femme comme antilope ou gazelle se retrouve chez
Chrétien de Troyes, dans Le Roman de la Rose, chez
Chaucer etc.
93.
Marcelle Thiébaux, The Stag of Love: The Chase in Medieval
Literature (Ithaca et London: Cornell UP, 1974), p. 19.
94.
Marcelle Thiébaux, The Stag of Love..., p. 19:
« Indeed, the stag, together with the “noble†boar,
is the quarry most often hunted in medieval epics and romances ».
Voir aussi Marcelle Thiébaux, « The
Mouth of the Boar as a Symbol in Medieval Literature »,
Romance Philology 22 (1968), p. 281-299 qui relève les
significations de la chasse au taureau en détail.
95.
Gioacchino Plà, Poesie provenzali tradotte in lingua
italiana, éd. du manuscrit Vat., Barb. Lat. 3965 par
Véronique Roncoroni-Arlettaz (Lausanne: Université de
Lausanne, Faculté des Lettres, 1991), p. 244-245 rejette
la traduction des lexies « bou » ou « bue »
par « boeuf »; il soutient que « bou »
serait une sorte de filet de pêche
(régionalisme) utilisé en Catalogne.
96.
Roland Barthes, Fragments d'un discours amoureux, dans
Å’uvres complètes III, sous la dir. d'Éric
Marty (Paris: Seuil, 1995), p. 457-690 donne une définition
de la courtoisie dans les termes suivants: « CORTEZIA:
l'amour courtois est fondé sur le vasselage amoureux
(Domnei ou Donnoi) », p. 535-536. Voir
aussi Mario Mancini, Metafora feudale: Per una storia dei
trovatori (Bologne: Il Mulino, 1993).
97.
« Tout le vocabulaire et tous les gestes de la courtoisie
sortent des formules et des rites de vassalité. Et d'abord
la notion même de service, et son contenu. Comme le vassal
envers son seigneur, l'amant envers la femme se doit d'abord
d'être loyal. Il a engagé sa foi, il ne saurait la
trahir, et ce lien n'est pas de ceux qu'on dénoue. Il se
montre vaillant, combat pour elle, et ce sont les victoires
successives de ses armes qui le font avancer dans ses voies. Enfin,
il doit l'entourer d'attention. Il lui fait la cour, c'est à
dire qu'il la sert encore. Tout comme les vassaux réunis en
cour féodale autour de leur seigneur. Mais comme ces vassaux,
l'amant entend bien pour ce service obtenir un jour récompense
et gagner des dons successifs. » Georges Duby, Le
temps des cathédrales (Paris: N.R.F., 1976), 303-304.
Régine Pernoud, La femme au temps des cathédrales
(Paris: Stock, 1980).
98.
Robert C. Solomon, Love: Emotion ..., p. 49.
99.
Explicable aussi par la psychanalyse (Julia Kristeva, Histoires
d'amour (Paris: Denoël, 1994); Rouben Cholakian, The
Troubadour Lyric: A Psychocritical Reading (Manchester:
Manchester UP, 1990). La critique moderne même
celle qui ne se déclare pas de la souche cognitive a
essayé d'expliquer les paradoxes de l'amour en tant
qu'organisation structurée et système.
Par exemple, Niklas Luhmann, dans Love as Passion,
construit une théorie des systèmes sur la sémantique
de l'amour à partir des observations d'ordre
anthropologique et sociale. Ignorant qu'il attaquait le problème
même des structures, Solomon observait à propos de
l'amour, que, ainsi que toute autre émotion, il est un
système de jugements sur nous et notre place dans le monde
(ce qui signifie le plus souvent nos relations avec les autres), par
lesquels nous nous inscrivons dans un scénario, nous
actionnons et nous fantasmons d'un monde où nous occupons
des rôles d'une signification considérable.
Robert C. Solomon, Love: Emotion ...,
p. 46. Il continue: « These judgments, scenarios and
roles are learned, transmitted by our culture, our language and,
more immediately, our family, friends, books and movies [...] and
to understand romantic love is not at all to understand anything
about human nature, but rather to understand something about a
certain sort of society, in which blood relations and family ties
play an extraordinarily diminished role and mobility, individuality
and chance encounters hold a remarkably dominant position in the
determination of "who we are" », Robert C.
Solomon, Love: Emotion ..., p. 46-47. Pourtant,
ces critiques ont cherché à expliquer l'amour par
l'intermédiaire du système social et culturel;
ils ne touchent pas aux représentations mentales et
linguistiques.
100.
Par exemple Arnaut, Anc ieu 23-27.
101.
Niklas Luhmann, Love as Passion..., p. 64 parle des
éléments dans le code thématique qui rendent
compte pour ces paradoxes, la fixation sur une seule personne et les
qualités de l'autre.
102.
Mikhaïl Bakhtine, lorsqu'il étudie l'expression
du temps historique et de l'espace réels en littérature,
souligne le lien étroit qui unit inséparablement les
relations spatiales et temporelles, qu'il désigne par le
terme « chronotope » (espace-temps). Voir:
Mikhaïl Bakhtine, « Formes du temps et du chronotope
dans le roman (Essais de poétique historique) »,
dans Esthétique et théorie du roman, trad.
Daria Olivier (Paris: Gallimard, coll. Tel, nº 120,
1987), p. 234-398.
103.
François Rastier, Arts et sciences du texte (Paris:
PUF, 2001), p. 39.
104.
Aaron J. Gourevitch, Les catégories..., p. 42.
105.
Aaron J. Gourevitch, Les catégories..., p. 36.
106.
L'espace peut rétrécir, par les moyens de
communication. Le monde semble plus petit. La vitesse, une catégorie
qui conjugue les notions de l'espace et du temps a acquis de nos
jours une importance considérable dans l'activité
humaine. Aaron J. Gourevitch, Les catégories...,
p. 36.
107.
Mircea Eliade, Le mythe de l'éternel retour: Archétypes
et répétition (Paris: Gallimard, 1969).
108.
Aaron J. Gourevitch, Les catégories ..., p. 36-37.
109.
Il y a longtemps déjà, Linda M. Paterson, Troubadours
and Eloquence (Oxford: The Claredon Press, 1975),
p. 189,
observait: « For Arnaut, love is not only the cause of
singing; the feelings he has in love and the feelings for artistic
perfection are inseparable. Other troubadours before Arnaut: Peire
d'Alvernhe, Giraut de Bornelh, said that the joy of love, moral
worth, and artistic perfection were bound together; but no poet
repeats this as single-mindedly as Arnaut. This single-mindedness
must have helped to establish his reputation with Dante
».
110.
« Arma », lexie très
rare dans la poésie provençale; apparaît
seulement dans un contexte religieux ou moralisateur.
Linda Paterson, Troubadours ..., p.197.
111.
Dans la langue française on trouve une expression forgée
sur « coup de lance » qui fait allusion à
la fonction belligérante de l'organe du langage et du mot:
« coup de langue ». Maurice Rat, Dictionnaire
de locutions françaises (Paris: Larousse, 1973 [1957]),
p. 225.
112.
Voir les rapprochements frappants entre imagerie et rhétorique,
Balthasar Gracián, La pointe ou l'art du génie
[Agudeza y arte de ingenio, 1648], trad.
Michèle Gendreau-Massaloux and Pierre Laurens (Genève:
L'âge d'homme, 1983).
113.
Il faut inscrire le concept de l'amour ainsi que le présente
la lyrique d'Arnaut, dans la tradition courtoise. « Le
discours amoureux semble se caractériser par une remarquable
persistance de la convention. Quelle que soit la finalité du
texte, quels que soient les contextes et les relations entre le
signe et le réel, la littérature de l'amour (ou sur
l'amour) s'inscrit dans une tradition. Il semble même
qu'elle se nourrisse avant tout de tradition littéraire,
dans quelque registre que l'on se trouve, d'où la
fréquence des stéréotypes et des clichés »,
Discours et idéologie (groupe de recherche), Le
discours amoureux: Espagne et Amérique latine (Paris:
Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III, 1985), p. 8.
114.
Discours et idéologie (groupe de recherche), Le discours...,
p.8.