1. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores dans la vie quotidienne [Metaphors We Live By], trad. de l'américain par Michel Defornel avec la collaboration de Jean-Jacques Lecercle (Paris: Éditions de Minuit, 1985), p. 38-41.
2. Voir aussi sur le même propos Zoltàn Kövecses, Emotion Concepts (New York: Springer Verlag, 1990),
p. 145.
3. Turner appelle le contenant une image-schéma (image schema), avec la caractéristique d'une composition minimale en trois parties: interne, externe et une partie séparatrice. Les images-schéma simples se combinent pour former des images–schéma complexes (par exemple: la préposition into, en anglais, combine la cible de la voie et l'intérieur du contenant.) Les événements structurés par la même image-schéma forment une catégorie à part entière. Mark Turner, The Literary Mind (New York: Oxford UP, 1996), p. 16.
4. Jean Petitot, « Syntaxe topologique et grammaire cognitive », Langages 103 (1991), p. 99; Jean Petitot, « Hypothèse localiste, modèles morphodynamiques et théories cognitives: Remarques sur une note de 1975 », Semiotica 77: 1-3 (1989), p. 65-119; « Modèles morphodynamiques pour la grammaire cognitive et la sémiotique modale », RSSI (Canadian Semiotic Association) 9: 1-3 (1989), p. 17-51, qui continue les idées de Ray Jackendoff, Semantics and Cognition (Cambridge: MIT Press, 1983): « il existe une structure conceptuelle, c'est-à-dire un niveau cognitif profond de représentation où la perception, l'action et le langage deviennent compatibles. Cette structure conceptuelle transforme le monde physique en un monde « projeté » -- en un monde phénoménologique morphologiquement structuré – relevant d'une ontologie qualitative » ainsi que l'écrit Jean Petitot, « Syntaxe », p. 99.
5. Le Ça (Lat. = id) est dans la théorie psychanalytique l'un des trois composants de la personnalité humaine à côté du Moi (ego) et du Surmoi (superego). Le Ça est le plus ancien de ces composantes psychiques en développement, apparenté aux instincts primaires du corps, notamment la sexualité et l'agression, y compris tout le matériel génétique. Freud imagine explicitement le Ça comme un contenant prévu de quelques orifices localisés dans la partie supérieure du contenant. Sigmund Freud, Beyond the Pleasure Principle, traduit de l'allemand par C.J.M. Hubback (Londres: The International Psycho-Analytical Press, 1920).
6. Comme le remarquait James R. Averill, « Not all metaphors are introduced consciously, nor are their meanings transparent. To take a rather mundane example, the French word for head, tête, derives from the (late) Latin testa, meaning “earthen pot” or “urn”. Similarly, the German word for head, Kopf, derives from the Latin cupa (a tub or cask), which in English has become cup. The metaphorical relation between head and vessel is obvious in these etymologies, although it need never have been introduced consciously or explicitly into the language », James R. Averill, « Inner feelings, works of the flesh, the beast within, diseases of the mind, driving force, and putting on a show: six metaphors of emotion and their theoretical extensions », dans Metaphors in the History of Psychology, sous la dir. de David E. Leary (Cambridge: Cambridge UP, 1994), p. 107.
7. Averill, « Inner feelings ... », p. 108-109.
8. Les médecins siciliens parlent de deux feux, l'un interne, l'autre externe, signe d'énergie. Aristote réduit à un seul le nombre de « feux », notamment au « feu externe » qui, dans l'acte de la vue, se reflète dans les membranes oculaires.
9. André le Chapelain définit l'amour comme « une passion naturelle qui naît de la vue de la beauté de l'autre sexe et de la pensée obsédante de cette beauté », André le Chapelain, Traité de l'amour courtois, sous la dir. de Claude Buridant (Paris: Klincksieck, 1974), p. 47.
10. Cf. Gérard Verbeke, L'évolution de la doctrine du pneuma du stoïcisme à S. Augustin: Etude philosophique (Paris: D. De Brouwer, Bibliothèque de l'Institut Supérieur de Philosophie, 1945), p. 74.
11. Andrew Goatly, The Language of Metaphors (New York: Routledge, 1997); aussi appelés rhizomes par Gilles Deleuze et Félix Guattari, Rhizome: Introduction (Paris: Minuit, 1976).
12. Les métaphores ont une fonction cognitive, celle de comprendre un concept abstrait (amour) dans les termes d'un autre, concret (ici, contenant). Cette fonction psychologique dépasse le cadre de cette étude. Voir George Lakoff et Mark Johnson Les métaphores dans la vie quotidienne; George Lakoff et Zoltán Kövecses, « The Cognitive Model of Anger Inherent in American English », dans Cultural Models in Language and Thought, sous la dir. de Dorothy C. Holland (Cambridge: Cambridge UP, 1987), p. 195-221.
13. Défini par Umberto Eco comme un opérateur textuel nécessaire pour réaliser toutes les révélations sémantiques dans une structure discursive, The Role of the Reader: Explorations in the Semiotics of Texts (Bloomington & Londres: Indiana University Press), 1979, 24-27. Il contraste ce thème avec l'isotopie de Greimas (définie comme « [e]nsemble redondant de catégories sémantiques qui rend possible la lecture uniforme du récit telle qu'elle résulte des lectures partielles des énoncés et la résolution de leurs ambiguïtés, qui est guidée par la recherche de la lecture unique », Algirdas Julien Greimas, « Pour une théorie de l'interprétation du récit mythique », dans Du sens: Essais sémiotiques (Paris, Seuil, 1970) [texte de 1966], p. 188. La topique gouverne les propriétés sémantiques qui peuvent ou doivent être considérées pendant la lecture uniforme d'un Texte, une isotopie est la vérification textuelle actuelle de cette hypothèse produite par la topique. La topique mène le lecteur à avoir certaines attentes, tandis que l'isotopie est une lecture basée sur ces attentes. Pour Rastier, la topique est « le secteur sociolectal de la thématique », dans François Rastier, Sens et textualité (Paris: Hachette, 1989), p. 281. Voir aussi François Rastier, Sémantique interprétative, p. 88-91 pour les développements de la théorie.
14. L'explicitation spatiale est une enclosure de métaphore (François Rastier, Sémantique Interprétative, p. 274).
15. Subordonnée à la métaphore de type événement–structure L'amour est une guerre, discutée dans le chapitre « Structures de l'amour ».
16. L'ordre référentiel est défini comme « ordre qui détermine l'incidence du linguistique sur les strates non linguistiques de la pratique. Il participe à la constitution d'impressions référentielles », dans François Rastier, M. Cavazza et A. Abeillé, Sémantique pour l'analyse (Paris: Masson, 1994), p. 223.
17. Zoltán Kövecses, Emotion Concepts, p. 152
18. Le langage usuel montre un positionnement « en haut » des faits, actions, états perçus comme positifs, par contre, un positionnement « en bas » des faits, actions, états perçus comme négatifs. À titre d'exemple: le bonheur est en haut (je suis aux anges), la tristesse est en bas (« il est retombé dans la dépression »), la santé est en haut (« il est au sommet de sa forme »), par contre, la maladie est en bas (« il est tombé malade »). Voir George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores dans la vie quotidienne, p. 24-31.
19. Le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française de Paul Robert (Paris: Société du Nouveau Littré, 1977), p. 791 signale que vers l'année 1250, les flancs définissaient la partie du corps où la vie semblait profondément logée.
20. George Lakoff et Mark Johnson, dans Les métaphores..., p. 38-41, en parlant des métaphores contenant, affirment que les objets, soient-ils des êtres humains, des roches ou des étendues, ont une mesure. Cela permet de les quantifier selon la dose de substance qu'ils contiennent. Les auteurs affirment: « Il y a peu d'instincts humains plus fondamentaux que la territorialité, et l'acte de définir un territoire, d'instaurer une frontière à son pourtour, est un acte de quantification », p. 39.
21. Folia représente un excès d'ardimen. Le concept apparaît dès Boèce, avec le sens d'oubli et de devoir religieux, dans une transgression morale ou dans le péché. Glynnis Cropp, Le vocabulaire courtois des troubadours de l'époque classique (Genève: Droz, 1975), 133. Dans le domaine courtois, la folie est une transgression dont la cause est l'amour.
22. Pour les auteurs latins, mezura avait le sens de « modération », pour Saint Augustin le concept gardait un sens chrétien. « La mezura supone un sentido de la justicia, de lo razonable y sensato, que implica a la par dominio de uno mismo y cierta humilidad », Martín de Riquer, Los trovadores: historia literaria e textos (Barcelona: Planeta, 1975), vol. 1, p. 89.
23. Valor s'emploie beaucoup moins que pretz. Pour Cercamon, le terme a le sens de « valeur, excellence personnelle », pour Marcabru, il est une « notion morale générale », pour Gaucelm Faidit, valor est une notion plus générale, les vertus courtoises inspirées de l'amour. Pretz et valor désignent le mérite en général. Glynnis Cropp, Le vocabulaire..., p. 109, p. 432-438.
24. François Rastier, Marc Cavazza et Anne Abeillé, Sémantique, p. 224: « ensemble des relations qui permettent d'identifier la récurrence d'une molécule sémique. »
25. George Lakoff et Mark Turner, More than Cool Reason: A Field Guide to Poetic Metaphor (Chicago: U of Chicago P, 1989), p. 30.
26. George Lakoff, « The Contemporary Theory of Metaphor », dans Metaphor and Thought, sous la dir. de Andrew Ortony (Cambridge: Cambridge UP, 1993), p. 202-251.
27. « [M]etaphors [...] work out different themes in our (non-physical) reflections about (non-physical) knowledge, but always in a metaphorical context of physical activity in a physical environment. » Anne Salmond, « Theoretical Landscapes: On Cross-Cultural Conceptions of Knowledge », dans Semantic Anthropology, sous la dir. de D. Parkin, Association of Social Anthropologists Monograph 22 (Londres, New York: Academic Press, 1982), p. 67.
28. Michele Emanatian, « The Spatialization of Judgement », dans Discourse and Perspective in Cognitive Linguistics, sous la dir. de Wolf-Andreas Liebert, Gisela Redeker et Linda Waugh (Amsterdam, Philadelphie: John Benjamins, coll. Current issues in Linguistic Theory 151, 1997), p. 131-147. Le degré de participation dans la « matière » est mesuré en termes distanciels; la « proximité métaphorique » ( involvement ) a des implications pour la « visibilité métaphorique » ( metaphorical viewing ), la compréhension. Celui qui émet le jugement ne doit se trouver ni trop près, ni trop loin de l'objet à considérer. La distance optimale de vision et les modèles d'interrelation émotionnelle et intellectuelle sont les facteurs déterminant le degré de « distance personnelle » convenable. On dit souvent qu'il faut s'éloigner du sujet pour ne pas empêcher le bon jugement. Michele Emanatian, « The Spatialization of Judgement », p. 133.
29. Système qui inclut des concepts « source-comme-distance », système décrit par Jordan Howe, « Big Love Paper », manuscrit de 1993, cf. Michele Emanatian, « The Spatialization of Judgement », p.140.
30. Michele Emanatian, « The Spatialization of Judgement », p. 140.
31. Ce qui est aussi un concept cher aux troubadours, particulièrement à Jaufre Rudel (l'amour de loin).
32. Eve Sweetser, From Etymology to Pragmatics: Metaphorical and Cultural Aspects of Semantic Structure (Cambridge, New York: Cambridge UP, 1990) argumente l'emploi métaphorique de la vision en tant que toucher, contrôle, connaissance, vision mentale, à partir des racines indo-européennes. « Vision gives us data from a distance. This ability to reach out is a significant parallel between vision and intellection, since the objective and intellectual domain is understood as being an area of personal distance, in contrast to the intimacy and closeness of the subjective and emotional domain (« we may keep someone at a distance by keeping the conversation intellectual; and if we feel too close to someone, then maybe we can no longer be objective about that person »), Eve Sweetser, From Etymology..., p. 39. 
33. Le vers du troubadour nous fait penser à un contexte de comparaison, entre une trobairitz et une autre femme, dans une tenson entre Alamanda et Guiraut de Bornelh. L'image « avec ou sans vêtements » semble compter pour « avec ou sans rang », « riche ou pas riche »: « c'autra.n preiatz cum fols tot a saubuda / qe non la val ni vestida ni nuda » (S'ie.us quier conseill 59-60, parce qu'une autre tu courtises, comme un fou, qui n'est pas son égale habillée ou nue), dans Songs of the Women Troubadours, sous la dir. de Matilda Tomaryn Bruckner, Laurie Shepard et Sarah White (New York: Garland, 1995), p. 44. La comparaison a toujours le but de renforcer la valeur personnelle de l'aimé(e).
A chantar 24-7, que je ne sais aucune, loin ou voisine, qui, si elle voulait aimer, ne s'inclinerait envers vous, mais vous, ami, vous êtes si raisonnable, que vous devez bien connaître la plus sincère), dans Songs of the Women Troubadours, sous la dir. de Matilda Tomaryn Bruckner, Laurie Shepard et Sarah White, p. 6. Constater la sincérité est la mesure entre connaître les faits et choisir la meilleure.
34. Étape par laquelle passe la signification à partir du moment où un sujet sélectionne et ordonne ces virtualités offertes par le système. C'est là qu'il fixera les grandes oppositions qui courent tout au long de l'oeuvre pour en assurer l'homogénéité.
35. De trevar Gmc. triu, Celtique tribar.
36. Voir la section « contenants incorporés » plus loin.
37. La restriction des champs visuels par des obstacles est fréquente chez les troubadours, un exemple apparenté à celui de Doutz brais est celui de Farai un vers chez Guilhelm IX. Déguisé en pèlerin, le poète rencontre deux femmes de rang qui le prennent pour un muet et qui ont des relations sexuelles avec lui: La una.m pres sotz son mantel / E mes m'en cambr'al fornel; / sapchaz q'a mi fo bon e bel, / E.l focs fo bos, / Et ieu calfei me volentiers / Als gros carbos. (Farai un vers 37-42, l'une d'elles m'a pris sous son manteau et m'a mis dans la chambre auprès du fourneau; sachez qu'il me fut bien et beau, et le feu a été bon, et je me suis réchauffé à ma volonté aux gros charbons), dans Gerald A. Bond (sous la dir. de), The Poetry of William VII, Count de Poitiers, IX Duke d'Acquitaine (New York: Garland, 1982).
38. Zoltán Kövecses, Emotion Concepts (New York: Springer Verlag, 1990), p. 152.
39. Rouben C. Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical Reading (Manchester: Manchester UP, 1990), p. 138-147.
40. Jean-Marie Floch, Petites mythologies de l'oeil et de l'esprit: Pour une sémiotique plastique (Paris, Amsterdam: Hadès- Benjamins, 1985), p. 200.
41. Ray Jackendoff, Semantics and Cognition (Cambridge: MIT Press, 1983), p. 188 cite Jeffrey Gruber, Studies in Lexical Relations, dissertation, (Cambridge: MIT, Indiana U Linguistic Club, Bloomington): « in any semantic field of [events] and [states] the principal event-, state-, path-, and place-functions are a subset of those used for analysis of spatial location and motion ». Avant de détailler cette image métaphorique du mouvement de l'émotion, il faut préciser que même l'étymologie du lexème « émotion » retient son caractère dynamique. Le terme « émotion » vient du Latin e + movere qui, à l'origine, avait le sens de « se déplacer », « migrer », « transporter un objet ». Métaphoriquement, il est aussi utilisé pour décrire des conditions physiques, telles que le temps turbulent, des états psychologiques troublants. Quand même, son acception en tant qu'émotion humaine est survenue vers le milieu du dix-huitième siècle (James Averill, « Inner feelings », p. 107).
42. On parle même d'une physique du sens, ce que René Thom appelle une « sémio-physique », Stabilité structurelle et morphogenèse (New York: Ediscience, 1972), cf. Jean Petitot « Syntaxe topologique et grammaire cognitive », (Langages 103, 1991), p. 98: « Les structures sémio-linguistiques ne sont plus considérées comme des objets formels devant être mimés par des structures logico-combinatoires et algébriques analogues, mais bien plutôt comme des phénomènes physiques, chimiques, thermodynamiques ou biologiques, doivent être objectivés, théorisés et modélisés avec des concepts et des outils mathématiques qui n'ont aucune raison d'appartenir aux théories des langages formels ».
43. Jean Petitot, « Syntaxe topologique», p. 97-128p
44. Jean Petitot, « Syntaxe topologique », p. 97.
45. Jean Petitot, « Syntaxe topologique », p. 98.
46. Augustin (354–430 AD) appelait affectiones une large classe de phénomènes émotionnels, dont les passions constituaient une catégorie. Beaucoup d'affectiones étaient nécessaires à la vie humaine, et certaines appartenaient à la divinité même. Tout comme les Stoïques, Augustin considérait que les passions s'opposent à la nature, mais à la différence des Stoïques, il pensait que celles-ci, à côté des autres affections, provenaient de la volonté et non pas de la raison. Augustin postule l'amour comme un caractère fondamental de la volonté. Michael E. Gerli, « Recta voluntas est bonus amor: St. Augustine and the Didactic Structure of the Libro de buen amor », Romance Philology 35: 3 (1982), p. 500-508.
47. James Averill, « Inner feelings », p. 111.
48. Voler, infinitif substantivé dérivé du Latin *volere apparaît chez d'autres troubadours, coordonné à d'autres attributs courtois ou dans leur proximité: dezir, talen. Guillaume IX: Anc mais no poc hom faissonar / Co's, en voler ni en dezir / Ni en pensar ni en sossir (Mout jazens 13-15, Jamais homme n'a pu se figurer le caractère (de cette joie), ni au moyen du vouloir ou du désir, ni au moyen de la pensée ou de la méditation.) Jaufré Rudel: De dezir mos cors non fina / Vas cella ren q'ieu plus am, / E cre que volers n'engana / Si cobezesa la.m tol. (Quan lo rius de la fontana 22-25, Mon coeur ne cesse d'aspirer vers cet objet que j'aime le plus, et je crois que mon vouloir m'abuse, si la convoitise me l'enlève), dans Rupert T. Pickens (sous la dir. de), The Songs of Jaufré Rudel (Toronto: Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1978), p. 102. Glynnis Cropp, Le vocabulaire, p. 272 commente: « le mot voler indique la force du désir et le mot dezir en indique le sentiment; en revanche, le mot cobezeza évoque un excès de désir. » Elle ajoute aussi qu'il est rare que le substantif voler s'emploie avec un déterminant, et elle ne considère point le vers si bien connu de la sextine.
49. L'amour est une plante est l'une des métaphores conceptuelles selon laquelle des systèmes complexes abstraits ont correspondance dans les domaines-source du type « machine », « bâtiment », « plante », « corps humain. » Par example: la société est un organisme, la société est une plante, la personne est une machine.
50. Paolo Canettieri, Il gioco delle forme nella lirica dei trovatori (Rome: Bagatto Libri, 1996).
51. André le Chapelain, Traité de l'amour courtois, p. 182 mentionne la discrétion parmi les trente et une règles de l'amour: « XIII. Quand l'amour est divulgué, il dure rarement ». Henri Rey-Flaud, La névrose courtoise (Paris: Navarin, 1983), p. 150 voit le maintien du secret comme la punition de la relation adultère ou incestueuse: « De par ses origines fondamentalement incestueuses, l'amour courtois est déjà frappé de l'interdit, donc condamné au secret ».
52. L'amour ne doit pas rester celé dans la sphère privée, au contraire, il doit être loué publiquement, action causée par la nature du rapport avec la dame et avec la société, Mario Mancini, Metafora feudale: Per una storia dei trovatori (Bologne: Il Mulino, 1993), p. 188.
53. Mario Mancini, Metafora feudale, p. 194.
54. Mario Mancini, Metafora feudale, p. 189. Un exemple plus tardif est celui de Fontenelle qui remarque mi-sérieux mi-plaisant: « Mais sérieusement, pensez-vous qu'on puisse estre content d'un bonheur, qu'on possède sans témoins? Les plus Braves veulent estre regardez pour estre braves; et les Gens heureux veulent estre aussi regardez pour estre parfaitement heureux. Que sçay-je mesme s'ils ne se résoudroient pas à l'estre moins, pour le paroistre davantage? » Fontenelle, Nouveaux dialogues des morts, sous la dir. de J. Dagen (Paris: Didier, 1971), p. 269-275, cité dans Mancini, Metafora, p. 204.
55. Paolo Canettieri, Il gioco delle forme, p. 45-78.
56. Par référence à l'entrebescar des mots, Marianne Shapiro commente la sextine: « the interweaving of the rhymewords within the cycles of the six-line strophes show how meaning is never static, never finished, how it accumulates continuously and how one present meaning temporarily substitutes itself for the last », Marianne Shapiro. « Entrebescar los motz: Word Weaving and Divine Rhetoric in Medieval Romance Lyric ». Zeitschrift für romanische Philologie 100: 3/4 (1984), p. 371.
57. Voir François Rastier, « Chamfort: le sens du paradoxe », dans Le paradoxe en linguistique et en littérature, sous la dir. de Ronald Landheer et Paul J.Smith (Genève: Droz, 1996), p. 119-143 qui discute le syntagme « tal ... trop ».
58. Antoine Tavera, « Quelques exemples de “topique aquatique” chez les troubadours », dans L'eau au Moyen Age, Senefiance 15 (1985), Provence: Publications de CUER MA, Université de Provence, p. 373.
59. Dans une tentative de définition du sens et de l'origine de ces termes, Glynnis Cropp considère les troubadours Bernard de Ventadour et Rigaut de Barbezieux « les premiers (qui ont) tenu compte du danger d'aimer excessivement et qui ont donc créé ces termes appropriés ». Glynnis Cropp, Le vocabulaire, p. 408. Elle s'appuie sur les exemples suivants: Bernard de Ventadour: « e s'eu ai falhit ni mespres/ per trop amar ni per temer » (X 38-39, et si j'ai failli ou si j'ai commis une erreur en aimant excessivement ou par ma timidité); Rigaut de Barbezieux: « Ben sai qu'amors es tan granz / que leu mi pot perdonar / s'ieu failli per sobramar » (II 23-25, je sais bien que l'amour est si grand qu'il peut me pardonner légèrement si j'ai failli /péché en suraimant.)
60. On trouve les traces de l'image du Déluge dans la pensée stoïcienne de la palingénésie (même si le feu est, là, l'élément purificateur.)
61. Chantal Labre, Dictionnaire biblique culturel et littéraire (Paris: Armand Colin, 2002), p. 96-97.
62. Michel-André Bossy, « Arnaut Daniel and the Lake of the Heart », dans The Scope of the Words: in Honor of Albert S. Cook, sous la dir. de Peter Baker, Sarah Webster Goodwin, and Gary Handwerk (New York: Peter Lang, 1991), p. 66.
63. cf. Er vei 1-7, Lanquan vei 1-7.
64. Michel-André Bossy, « Arnaut Daniel and the Lake of the Heart », p. 60.
65. Leonard Talmy, « Force Dynamics in Language and Thought », Parasession on Causatives and Agentivity, Chicago Linguistic Society (21 [st] Regional Meeting), 1985, cité par Jean Petitot, « Syntaxe », p 124.
66. Le volume 5 du Trésor de la langue française: Dictionnaire de la langue du XIX [e] et du XX [e ]siècles (1789-1960), sous la dir. de Paul Imbs (Paris: Editions du Centre National de la recherche scientifique, 1977) atteste la forme quer (1150) comme « partie d'une église où est placé l'autel, autour duquel les clercs chantent la messe » (Wace, St. Nicolas).
67. Marianne Shapiro, « Entrebescar los motz », p. 355-383.
68. Marie-Françoise Notz, « L'image des saisons dans la poésie d'Arnaut Daniel », dans Studia Occitanica in memoriam Paul Remy, vol.1, sous la dir. de Hans-Erich Keller (Kalamazoo: Medieval Institute Publications, 1986), p. 169-179. La critique affirme que l'originalité d'Arnaut provient justement de sa reconnaissance des données de la durée et de la fixité d'un point de vue, celui du témoin: « il fallait une grande originalité créatrice pour admettre ces données dans une esthétique de la représentation à l'époque où composait Arnaut Daniel, quand l'image poétique de la nature, locus amoenus du roman ou exorde saisonnier de la lyrique, se fondait en grande partie sur le refus de la temporalité », p. 173.
69. Zoltán Kövecses, « What Language Can Reveal About Romantic Love? », dans For a Semiotics of Emotion, sous la dir. de Walter A. Koch (Bochum: Brockmeyer, 1989), p. 88-89.
70. Robert Solomon, Love: Emotion, Myth and Metaphor (New York: Anchor, 1981), p. 269 affirme qu'il n'y a pas d'amour véritable, que tous les amours sont remplaçables. Une conséquence majeure de la métaphore de l'unité est que l'amour est un état d'harmonie parfaite, théorie mise en question par Solomon, qui maintient que l'amour est un processus, une dialectique, « a never ending conflict of pushing away and pulling together ».
71. L'attachement d'un contenant à l'autre et l' « entrebescar. » La manière d'entrebescar les mots, par réduplication et répétition est illustrative pour la métaphore de l'attachement chez Raimbaut d'Aurenga, qui enrichit le concept d'entrebescar par l'inversion dans la répétition (la « fleur inverse ») et qui complémente ses vers par l'image de l'attachement à la Joie: « Ar resplan la flors enversa / Pels trencans rancx e pels tertres, / Cals flors? Neus, gels e conglapis / Que cotz e destrenh e trenca; / Don vey morz quils, ritz, brays siscles / En fuelhs, en rams e en giscles / Mas mi ten vert e jauzen Joys / Er quan vey secx los dolens croys. // Quar enaissi m'o enverse / Que bel plan mi semblon tertre, / E tenc per flor lo conglapi, / E.l cautz m'es vis que.l freit trenque, / E.l tro mi son chant e siscle, / E paro.m fulhat li giscle. / Aissi.m suy ferm lassatz en joy / Que re non vey que.m sia croy » (Raimbaut d'Aurenga, Ar resplan 1-16), dans Walter T. Pattison, The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d'Orange (Minneapolis: U of Minnesota P, 1952), p. 199.
Ferm lassat combine l'attachement comme image créative et la presque - identité des mots – fait rimer d'une strophe à l'autre. Marianne Shapiro, « Entrebescar los motz », p. 367. La même figure macrostructurale se trouve dans Si.m fos amors où les rimes « distantes » se répondent (larga-larc, embarc-embarga, tomba-tomb-tomba, descarg-descarga).
72. Rouben Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical Reading (Manchester: Manchester UP, 1990), p. 124.
73. Rouben Cholakian, The Troubadour Lyric, p. 125.
74. Georges Molinié, Sémiostylistique: L'effet de l'art (Paris: PUF, 1998), p. 182.
75. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 106. Quand les métaphores atteignent deux objectifs différents, les chevauchements dans les objectifs correspondent aux chevauchements dans les métaphores. Nous comprenons notre expérience quand nous concevons qu'elle est structurée de manière cohérente en termes de gestalts qui ont émergé directement de l'interaction avec (et dans) notre environnement. Nous comprenons l'expérience de manière métaphorique quand nous utilisons une gestalt appartenant à un domaine d'expérience pour structurer notre expérience dans un autre domaine.
76. Le baiser fait la matière de l'analyse du « corps visible », dans le chapitre analysant les analogies.
77. Au Moyen Âge, les sensations de froid et de chaud coexistant dans la même personne comptaient pour un attribut mélancolique de celui ou celle qui les éprouvait. Voir Pierre Dufour, « Vers une herméneutique cognitive des imaginaires mélancoliques. Esquisse d'une méthode », Melanconia, malattia malinconica e letteratura moderna: Atti di seminario. Trento, Maggio, 1990, sous la dir. d'Anna Dolfi (Rome: Bulzoni Editore, 1991), p. 67-102.
78. Voir la dichotomie entre joie et dolors, dans Pierre Bec, « L'antithèse poétique chez Bernard de Ventadour », dans Écrits sur les troubadours et la lyrique médiévale (Caen: Éditions Paradigme, 1992), p. 201-231.
79. Ainsi que conçue par les Stoïques: « However, the Stoics did adhere to the myth of the passions in one fundamental respect: the emotions are something we suffer, pathologies of the mind », James Averill, « Inner Feelings », p. 110.
80. Marie-Madelaine Davy, Initiation à la symbolique romane (XIIe siècle) Nouvelle édition de l'Essai sur la symbolique romane (Paris: Flammarion, coll. Champs, 1977), p. 213, dans une analyse de l'art et de la philosophie médiévaux.
81. Arnaut est conscient de la valeur de ses vers. Il mentionne son nom dans presque chaque poème, ce qui n'est pas le cas chez d'autres troubadours. Voir Simon Gaunt, Troubadours and Irony (Cambridge: Cambridge UP, 1989), p. 210.
82. Dans le cas de la poésie amoureuse l'affectivité pèse plus que les situations historique et culturelle changeantes, quand même on ne peut pas négliger ces aspects, surtout dans le cas de l'amour courtois, alimenté dans un cadre historique et culturel particuliers.