1.
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores
dans la vie quotidienne [Metaphors We Live
By], trad. de l'américain par Michel Defornel
avec la collaboration de Jean-Jacques Lecercle (Paris: Éditions
de Minuit, 1985), p. 38-41.
2.
Voir aussi sur le même propos Zoltàn Kövecses,
Emotion Concepts (New York: Springer
Verlag, 1990),
p. 145.
3.
Turner appelle le contenant une image-schéma (image
schema), avec la caractéristique d'une composition
minimale en trois parties: interne, externe et une partie
séparatrice. Les images-schéma simples se combinent
pour former des imagesschéma complexes (par exemple: la
préposition into, en anglais, combine la cible de
la voie et l'intérieur du contenant.) Les
événements structurés par la même
image-schéma forment une catégorie à part
entière. Mark Turner, The Literary Mind
(New York: Oxford UP, 1996), p. 16.
4.
Jean Petitot, « Syntaxe topologique et grammaire
cognitive », Langages 103 (1991), p. 99; Jean
Petitot, « Hypothèse localiste, modèles
morphodynamiques et théories cognitives: Remarques sur une
note de 1975 », Semiotica 77: 1-3 (1989), p.
65-119; « Modèles morphodynamiques pour la
grammaire cognitive et la sémiotique modale »,
RSSI (Canadian Semiotic Association) 9: 1-3 (1989), p. 17-51,
qui continue les idées de Ray Jackendoff, Semantics
and Cognition (Cambridge: MIT Press, 1983): « il existe
une structure conceptuelle, c'est-à-dire un niveau
cognitif profond de représentation où la perception,
l'action et le langage deviennent compatibles. Cette structure
conceptuelle transforme le monde physique en un monde
« projeté »
-- en un monde phénoménologique morphologiquement
structuré relevant d'une ontologie qualitative »
ainsi que l'écrit Jean Petitot, « Syntaxe »,
p. 99.
5.
Le Ça (Lat. = id) est dans la théorie
psychanalytique l'un des trois composants de la personnalité
humaine à côté du Moi (ego) et du
Surmoi (superego). Le Ça est le plus ancien de
ces composantes psychiques en développement, apparenté
aux instincts primaires du corps, notamment la sexualité et
l'agression, y compris tout le matériel génétique.
Freud imagine explicitement le Ça comme un contenant prévu
de quelques orifices localisés dans la partie supérieure
du contenant. Sigmund Freud, Beyond the Pleasure Principle,
traduit de l'allemand par C.J.M. Hubback (Londres: The
International Psycho-Analytical Press, 1920).
6.
Comme le remarquait James R. Averill, « Not all metaphors
are introduced consciously, nor are their meanings transparent. To
take a rather mundane example, the French word for head, tête,
derives from the (late) Latin testa, meaning “earthen potâ€
or “urnâ€. Similarly, the German word for head, Kopf,
derives from the Latin cupa (a tub or cask), which in English
has become cup. The metaphorical relation between head and
vessel is obvious in these etymologies, although it need never
have been introduced consciously or explicitly into the language »,
James R. Averill, « Inner feelings, works of the flesh,
the beast within, diseases of the mind, driving force, and putting
on a show: six metaphors of emotion and their theoretical
extensions », dans Metaphors in the History of
Psychology, sous la dir. de David E. Leary (Cambridge: Cambridge
UP, 1994), p. 107.
7.
Averill, « Inner feelings ... », p. 108-109.
8.
Les médecins siciliens parlent de deux feux, l'un interne,
l'autre externe, signe d'énergie. Aristote réduit
à un seul le nombre de « feux »,
notamment au « feu externe » qui, dans l'acte
de la vue, se reflète dans les membranes oculaires.
9.
André le Chapelain définit l'amour
comme « une passion naturelle qui naît de la vue de
la beauté de l'autre sexe et de la pensée obsédante
de cette beauté », André le Chapelain,
Traité de l'amour courtois, sous la dir. de
Claude Buridant (Paris: Klincksieck, 1974), p. 47.
10.
Cf. Gérard Verbeke, L'évolution
de la doctrine du pneuma du stoïcisme à S. Augustin:
Etude philosophique (Paris: D. De Brouwer, Bibliothèque
de l'Institut Supérieur de Philosophie, 1945), p. 74.
11.
Andrew Goatly, The Language of Metaphors (New York:
Routledge, 1997); aussi appelés rhizomes par Gilles
Deleuze et Félix Guattari, Rhizome: Introduction
(Paris: Minuit, 1976).
12.
Les métaphores ont une fonction cognitive, celle de
comprendre un concept abstrait (amour) dans les termes d'un autre,
concret (ici, contenant). Cette fonction psychologique dépasse
le cadre de cette étude. Voir George Lakoff et Mark Johnson
Les métaphores dans la vie quotidienne;
George Lakoff et Zoltán Kövecses, « The
Cognitive Model of Anger Inherent in American English »,
dans Cultural Models in Language and Thought, sous la
dir. de Dorothy C. Holland (Cambridge: Cambridge UP, 1987), p.
195-221.
13.
Défini par Umberto Eco comme un opérateur textuel
nécessaire pour réaliser toutes les révélations
sémantiques dans une structure discursive, The Role of the
Reader: Explorations in the Semiotics of Texts (Bloomington &
Londres: Indiana University Press), 1979, 24-27. Il contraste ce
thème avec l'isotopie de Greimas (définie
comme « [e]nsemble
redondant de catégories sémantiques qui rend possible
la lecture uniforme du récit telle qu'elle résulte
des lectures partielles des énoncés et la résolution
de leurs ambiguïtés, qui est guidée par la
recherche de la lecture unique », Algirdas Julien
Greimas, « Pour une théorie de l'interprétation
du récit mythique », dans Du sens: Essais
sémiotiques (Paris, Seuil, 1970) [texte de 1966], p. 188.
La topique gouverne les propriétés sémantiques
qui peuvent ou doivent être considérées pendant
la lecture uniforme d'un Texte, une isotopie est la vérification
textuelle actuelle de cette hypothèse produite par la
topique. La topique mène le lecteur à avoir certaines
attentes, tandis que l'isotopie est une lecture basée sur
ces attentes. Pour Rastier, la topique est « le secteur
sociolectal de la thématique », dans François
Rastier, Sens et textualité (Paris: Hachette, 1989),
p. 281. Voir aussi François Rastier, Sémantique
interprétative, p. 88-91 pour les développements
de la théorie.
14.
L'explicitation spatiale est une enclosure de métaphore
(François Rastier, Sémantique Interprétative,
p. 274).
15.
Subordonnée à la métaphore de type
événementstructure L'amour est une guerre,
discutée dans le chapitre « Structures de
l'amour ».
16.
L'ordre référentiel est défini comme « ordre
qui détermine l'incidence du linguistique sur les strates
non linguistiques de la pratique. Il participe à la
constitution d'impressions référentielles »,
dans François Rastier, M. Cavazza et A. Abeillé,
Sémantique pour l'analyse (Paris: Masson, 1994), p.
223.
17.
Zoltán Kövecses, Emotion Concepts, p. 152
18.
Le langage usuel montre un positionnement « en haut »
des faits, actions, états perçus comme positifs, par
contre, un positionnement « en bas » des
faits, actions, états perçus comme négatifs. À
titre d'exemple: le bonheur est en haut (je suis aux anges), la
tristesse est en bas (« il est retombé dans la
dépression »), la santé est en haut (« il
est au sommet de sa forme »), par contre, la maladie est
en bas (« il est tombé malade »). Voir
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores dans la vie
quotidienne, p. 24-31.
19.
Le dictionnaire alphabétique et analogique de la langue
française de Paul Robert (Paris: Société du
Nouveau Littré, 1977), p. 791 signale que vers l'année
1250, les flancs définissaient la partie du corps où
la vie semblait profondément logée.
20.
George Lakoff et Mark Johnson, dans Les métaphores...,
p. 38-41, en parlant des métaphores contenant, affirment que
les objets, soient-ils des êtres humains, des roches ou des
étendues, ont une mesure. Cela permet de les quantifier selon
la dose de substance qu'ils contiennent. Les
auteurs affirment: « Il y a peu d'instincts humains
plus fondamentaux que la territorialité, et l'acte de
définir un territoire, d'instaurer une frontière à
son pourtour, est un acte de quantification », p. 39.
21.
Folia représente un excès d'ardimen.
Le concept apparaît dès Boèce, avec le sens
d'oubli et de devoir religieux, dans une transgression morale ou
dans le péché. Glynnis Cropp, Le vocabulaire
courtois des troubadours de l'époque classique (Genève:
Droz, 1975), 133. Dans le domaine courtois, la folie est une
transgression dont la cause est l'amour.
22.
Pour les auteurs latins, mezura avait le sens de
« modération », pour Saint Augustin le
concept gardait un sens chrétien. « La
mezura supone un sentido de la justicia, de lo razonable y sensato,
que implica a la par dominio de uno mismo y cierta humilidad »,
Martín de Riquer, Los trovadores: historia literaria e
textos (Barcelona: Planeta, 1975), vol. 1, p. 89.
23.
Valor s'emploie beaucoup moins que pretz. Pour
Cercamon, le terme a le sens de « valeur, excellence
personnelle », pour Marcabru, il est une « notion
morale générale », pour Gaucelm Faidit,
valor est une notion plus générale, les vertus
courtoises inspirées de l'amour. Pretz et valor
désignent le mérite en général. Glynnis
Cropp, Le vocabulaire..., p. 109, p. 432-438.
24.
François Rastier, Marc Cavazza et Anne Abeillé,
Sémantique, p. 224: « ensemble des
relations qui permettent d'identifier la récurrence d'une
molécule sémique. »
25.
George Lakoff et Mark Turner, More than Cool Reason: A Field
Guide to Poetic Metaphor (Chicago: U of Chicago P, 1989), p. 30.
26.
George Lakoff, « The Contemporary Theory of Metaphor »,
dans Metaphor and Thought, sous la dir. de Andrew Ortony
(Cambridge: Cambridge UP, 1993), p. 202-251.
27.
« [M]etaphors [...] work out different themes in our
(non-physical) reflections about (non-physical) knowledge, but
always in a metaphorical context of physical activity in a physical
environment. » Anne Salmond, « Theoretical
Landscapes: On Cross-Cultural Conceptions of Knowledge »,
dans Semantic Anthropology, sous la dir. de D. Parkin,
Association of Social Anthropologists Monograph 22 (Londres,
New York: Academic Press, 1982), p. 67.
28.
Michele Emanatian, « The Spatialization of Judgement »,
dans Discourse and Perspective in Cognitive Linguistics, sous
la dir. de Wolf-Andreas Liebert, Gisela Redeker et Linda Waugh
(Amsterdam, Philadelphie: John Benjamins, coll. Current
issues in Linguistic Theory 151, 1997), p. 131-147. Le
degré de participation dans la « matière »
est mesuré en termes distanciels; la « proximité
métaphorique » ( involvement )
a des implications pour la « visibilité
métaphorique » ( metaphorical
viewing ), la compréhension. Celui qui émet
le jugement ne doit se trouver ni trop près, ni trop loin de
l'objet à considérer. La distance optimale de vision
et les modèles d'interrelation émotionnelle et
intellectuelle sont les facteurs déterminant le degré
de « distance personnelle » convenable. On dit
souvent qu'il faut s'éloigner du sujet pour ne pas
empêcher le bon jugement. Michele
Emanatian, « The Spatialization of Judgement »,
p. 133.
29.
Système qui inclut des concepts
« source-comme-distance », système
décrit par Jordan Howe, « Big
Love Paper », manuscrit de 1993, cf. Michele Emanatian,
« The Spatialization of Judgement », p.140.
30.
Michele Emanatian, « The Spatialization of Judgement »,
p. 140.
31.
Ce qui est aussi un concept cher aux troubadours, particulièrement
à Jaufre Rudel (l'amour de loin).
32.
Eve Sweetser, From Etymology to Pragmatics: Metaphorical and
Cultural Aspects of Semantic Structure (Cambridge, New York:
Cambridge UP, 1990) argumente l'emploi métaphorique de la
vision en tant que toucher, contrôle, connaissance, vision
mentale, à partir des racines indo-européennes.
« Vision gives us data from a
distance. This ability to reach out is a significant parallel
between vision and intellection, since the objective and
intellectual domain is understood as being an area of personal
distance, in contrast to the intimacy and closeness of the
subjective and emotional domain (« we may keep someone at
a distance by keeping the conversation intellectual; and if we
feel too close to someone, then maybe we can no longer be
objective about that person »), Eve Sweetser, From
Etymology..., p. 39.
33.
Le vers du troubadour nous fait penser à un contexte de
comparaison, entre une trobairitz et une autre femme, dans une
tenson entre Alamanda et Guiraut de Bornelh. L'image « avec
ou sans vêtements » semble compter pour « avec
ou sans rang », « riche ou pas riche »:
« c'autra.n preiatz cum fols tot a saubuda / qe non la
val ni vestida ni nuda » (S'ie.us quier conseill
59-60, parce qu'une autre tu courtises, comme un fou, qui n'est
pas son égale habillée ou nue), dans Songs of the
Women Troubadours, sous la dir. de Matilda Tomaryn Bruckner,
Laurie Shepard et Sarah White (New York: Garland, 1995), p. 44. La
comparaison a toujours le but de renforcer la valeur personnelle de
l'aimé(e).
A chantar 24-7, que je ne sais aucune, loin ou
voisine, qui, si elle voulait aimer, ne s'inclinerait envers vous,
mais vous, ami, vous êtes si raisonnable, que vous devez bien
connaître la plus sincère), dans Songs of the Women
Troubadours, sous la dir. de Matilda Tomaryn Bruckner, Laurie
Shepard et Sarah White, p. 6. Constater la sincérité
est la mesure entre connaître les faits et choisir la
meilleure.
34.
Étape par laquelle passe la signification à partir du
moment où un sujet sélectionne et ordonne ces
virtualités offertes par le système. C'est là
qu'il fixera les grandes oppositions qui courent tout au long de
l'oeuvre pour en assurer l'homogénéité.
35.
De trevar Gmc. triu, Celtique tribar.
36.
Voir la section « contenants incorporés »
plus loin.
37.
La restriction des champs visuels par des obstacles est fréquente
chez les troubadours, un exemple apparenté à celui de
Doutz brais est celui de Farai un vers chez Guilhelm
IX. Déguisé en pèlerin, le poète
rencontre deux femmes de rang qui le prennent pour un muet et qui
ont des relations sexuelles avec lui: La una.m pres sotz son mantel
/ E mes m'en cambr'al fornel; / sapchaz q'a mi fo bon e bel, /
E.l focs fo bos, / Et ieu calfei me volentiers / Als gros carbos.
(Farai un vers 37-42, l'une d'elles m'a pris sous son
manteau et m'a mis dans la chambre auprès du fourneau;
sachez qu'il me fut bien et beau, et le feu a été
bon, et je me suis réchauffé à ma volonté
aux gros charbons), dans Gerald A. Bond (sous la dir. de), The
Poetry of William VII, Count de Poitiers, IX Duke d'Acquitaine
(New York: Garland, 1982).
38.
Zoltán Kövecses, Emotion Concepts (New
York: Springer Verlag, 1990), p. 152.
39.
Rouben C. Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical
Reading (Manchester: Manchester UP, 1990), p. 138-147.
40.
Jean-Marie Floch, Petites mythologies de l'oeil et de l'esprit:
Pour une sémiotique plastique (Paris,
Amsterdam: Hadès- Benjamins, 1985), p. 200.
41.
Ray Jackendoff, Semantics and Cognition (Cambridge: MIT
Press, 1983), p. 188 cite Jeffrey Gruber, Studies in Lexical
Relations, dissertation, (Cambridge: MIT, Indiana U Linguistic
Club, Bloomington): « in any semantic field of [events]
and [states] the principal event-, state-, path-, and
place-functions are a subset of those used for analysis of spatial
location and motion ». Avant de détailler
cette image métaphorique du mouvement de l'émotion,
il faut préciser que même l'étymologie du
lexème « émotion » retient son
caractère dynamique. Le terme « émotion »
vient du Latin e + movere qui, à l'origine, avait le
sens de « se déplacer »,
« migrer »,
« transporter un objet ». Métaphoriquement,
il est aussi utilisé pour décrire des conditions
physiques, telles que le temps turbulent, des états
psychologiques troublants. Quand même, son acception en tant
qu'émotion humaine est survenue vers le milieu du
dix-huitième siècle (James Averill, « Inner
feelings », p. 107).
42.
On parle même d'une physique du sens, ce que René
Thom appelle une « sémio-physique »,
Stabilité structurelle et morphogenèse (New
York: Ediscience, 1972), cf. Jean Petitot « Syntaxe
topologique et grammaire cognitive », (Langages
103, 1991), p. 98: « Les structures sémio-linguistiques
ne sont plus considérées comme des objets formels
devant être mimés par des structures
logico-combinatoires et algébriques analogues, mais bien
plutôt comme des phénomènes physiques,
chimiques, thermodynamiques ou biologiques, doivent être
objectivés, théorisés et modélisés
avec des concepts et des outils mathématiques qui n'ont
aucune raison d'appartenir aux théories des langages
formels ».
43.
Jean Petitot, « Syntaxe topologique», p.
97-128p
44.
Jean Petitot, « Syntaxe topologique », p. 97.
45.
Jean Petitot, « Syntaxe topologique », p. 98.
46.
Augustin (354430 AD) appelait affectiones une large classe
de phénomènes émotionnels, dont les passions
constituaient une catégorie. Beaucoup d'affectiones
étaient nécessaires à la vie humaine, et
certaines appartenaient à la divinité même. Tout
comme les Stoïques, Augustin considérait que les
passions s'opposent à la nature, mais à la
différence des Stoïques, il pensait que celles-ci, à
côté des autres affections, provenaient de la volonté
et non pas de la raison. Augustin postule l'amour comme un
caractère fondamental de la volonté. Michael
E. Gerli, « Recta voluntas est bonus amor: St. Augustine
and the Didactic Structure of the Libro de buen amor »,
Romance Philology 35: 3 (1982), p. 500-508.
47.
James Averill, « Inner feelings », p. 111.
48.
Voler, infinitif substantivé dérivé du
Latin *volere apparaît chez d'autres troubadours,
coordonné à d'autres attributs courtois ou dans leur
proximité: dezir, talen. Guillaume IX: Anc mais
no poc hom faissonar / Co's, en voler ni en dezir / Ni en pensar
ni en sossir (Mout jazens 13-15, Jamais homme n'a pu se
figurer le caractère (de cette joie), ni au moyen du vouloir
ou du désir, ni au moyen de la pensée ou de la
méditation.) Jaufré
Rudel: De dezir mos cors non fina / Vas cella ren q'ieu plus am, /
E cre que volers n'engana / Si cobezesa la.m tol. (Quan
lo rius de la fontana 22-25, Mon coeur ne cesse d'aspirer
vers cet objet que j'aime le plus, et je crois que mon vouloir
m'abuse, si la convoitise me l'enlève), dans Rupert T.
Pickens (sous la dir. de), The Songs of Jaufré Rudel
(Toronto: Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1978), p.
102. Glynnis Cropp, Le vocabulaire, p. 272 commente:
« le mot voler indique la force du désir et
le mot dezir en indique le sentiment; en revanche, le mot
cobezeza évoque un excès de désir. »
Elle ajoute aussi qu'il est rare que le substantif voler
s'emploie avec un déterminant, et elle ne considère
point le vers si bien connu de la sextine.
49.
L'amour est une plante est l'une des métaphores
conceptuelles selon laquelle des systèmes complexes abstraits
ont correspondance dans les domaines-source du type « machine »,
« bâtiment », « plante »,
« corps humain. » Par example: la société
est un organisme, la société est une plante, la
personne est une machine.
50.
Paolo Canettieri, Il gioco delle forme nella lirica dei trovatori
(Rome: Bagatto Libri, 1996).
51.
André le Chapelain, Traité de l'amour courtois,
p. 182 mentionne la discrétion parmi les trente et une règles
de l'amour: « XIII. Quand l'amour est divulgué,
il dure rarement ». Henri Rey-Flaud, La névrose
courtoise (Paris: Navarin, 1983), p. 150 voit le maintien du
secret comme la punition de la relation adultère ou
incestueuse: « De par ses origines fondamentalement
incestueuses, l'amour courtois est déjà frappé
de l'interdit, donc condamné au secret ».
52.
L'amour ne doit pas rester celé dans la sphère
privée, au contraire, il doit être loué
publiquement, action causée par la nature du rapport avec la
dame et avec la société, Mario Mancini, Metafora
feudale: Per una storia dei trovatori (Bologne: Il Mulino,
1993), p. 188.
53.
Mario Mancini, Metafora feudale, p. 194.
54.
Mario Mancini, Metafora feudale, p. 189. Un exemple
plus tardif est celui de Fontenelle qui remarque mi-sérieux
mi-plaisant: « Mais sérieusement, pensez-vous
qu'on puisse estre content d'un bonheur, qu'on possède
sans témoins? Les plus Braves veulent estre regardez pour
estre braves; et les Gens heureux veulent estre aussi regardez pour
estre parfaitement heureux. Que sçay-je mesme s'ils ne se
résoudroient pas à l'estre moins, pour le paroistre
davantage? » Fontenelle, Nouveaux dialogues des morts,
sous la dir. de J. Dagen (Paris: Didier, 1971), p. 269-275, cité
dans Mancini, Metafora, p. 204.
55.
Paolo Canettieri, Il gioco delle forme, p. 45-78.
56.
Par référence à l'entrebescar des
mots, Marianne Shapiro commente la sextine: « the
interweaving of the rhymewords within the cycles of the six-line
strophes show how meaning is never static, never finished, how it
accumulates continuously and how one present meaning temporarily
substitutes itself for the last », Marianne Shapiro.
« Entrebescar los motz: Word Weaving and Divine Rhetoric
in Medieval Romance Lyric ». Zeitschrift für
romanische Philologie 100: 3/4 (1984), p. 371.
57.
Voir François Rastier, « Chamfort: le sens du
paradoxe », dans Le paradoxe en linguistique et en
littérature, sous la dir. de Ronald Landheer et Paul
J.Smith (Genève: Droz, 1996), p. 119-143 qui discute le
syntagme « tal ... trop ».
58.
Antoine Tavera, « Quelques exemples de “topique
aquatique†chez les troubadours », dans L'eau au
Moyen Age, Senefiance 15 (1985),
Provence: Publications de CUER MA, Université de
Provence, p. 373.
59.
Dans une tentative de définition du sens et de l'origine de
ces termes, Glynnis Cropp considère les troubadours Bernard
de Ventadour et Rigaut de Barbezieux « les premiers (qui
ont) tenu compte du danger d'aimer excessivement et qui ont donc
créé ces termes appropriés ». Glynnis
Cropp, Le vocabulaire, p. 408. Elle
s'appuie sur les exemples suivants: Bernard de Ventadour: « e
s'eu ai falhit ni mespres/ per trop amar ni per temer »
(X 38-39, et si j'ai failli ou si j'ai commis une erreur en
aimant excessivement ou par ma timidité); Rigaut de
Barbezieux: « Ben sai qu'amors es tan granz / que leu
mi pot perdonar / s'ieu failli per sobramar » (II
23-25, je sais bien que l'amour est si grand qu'il peut me
pardonner légèrement si j'ai failli /péché
en suraimant.)
60.
On trouve les traces de l'image du Déluge dans la pensée
stoïcienne de la palingénésie (même si le
feu est, là, l'élément purificateur.)
61.
Chantal Labre, Dictionnaire biblique culturel et littéraire
(Paris: Armand Colin, 2002), p. 96-97.
62.
Michel-André Bossy, « Arnaut
Daniel and the Lake of the Heart », dans The Scope of
the Words: in Honor of Albert S. Cook, sous la dir. de Peter
Baker, Sarah Webster Goodwin, and Gary Handwerk (New York: Peter
Lang, 1991), p. 66.
63.
cf. Er vei 1-7, Lanquan vei 1-7.
64.
Michel-André Bossy, « Arnaut
Daniel and the Lake of the Heart », p.
60.
65.
Leonard Talmy, « Force Dynamics in Language and Thought »,
Parasession on Causatives and Agentivity, Chicago Linguistic
Society (21 [st] Regional Meeting), 1985, cité par
Jean Petitot, « Syntaxe », p 124.
66.
Le volume 5 du Trésor de la langue française:
Dictionnaire de la langue du XIX [e] et du XX [e ]siècles
(1789-1960), sous la dir. de Paul Imbs (Paris: Editions du
Centre National de la recherche scientifique, 1977) atteste la forme
quer (1150) comme « partie d'une église
où est placé l'autel, autour duquel les clercs
chantent la messe » (Wace, St. Nicolas).
67.
Marianne Shapiro, « Entrebescar los motz », p.
355-383.
68.
Marie-Françoise Notz, « L'image des saisons dans
la poésie d'Arnaut Daniel », dans Studia
Occitanica in memoriam Paul Remy, vol.1, sous la dir. de
Hans-Erich Keller (Kalamazoo: Medieval Institute Publications,
1986), p. 169-179. La critique affirme que l'originalité
d'Arnaut provient justement de sa reconnaissance des données
de la durée et de la fixité d'un point de vue, celui
du témoin: « il fallait une grande originalité
créatrice pour admettre ces données dans une
esthétique de la représentation à l'époque
où composait Arnaut Daniel, quand l'image poétique
de la nature, locus amoenus du roman ou exorde saisonnier de
la lyrique, se fondait en grande partie sur le refus de la
temporalité », p. 173.
69.
Zoltán Kövecses, « What Language Can Reveal
About Romantic Love? », dans For a Semiotics of
Emotion, sous la dir. de Walter A. Koch (Bochum: Brockmeyer,
1989), p. 88-89.
70.
Robert Solomon, Love: Emotion, Myth and Metaphor (New York:
Anchor, 1981), p. 269 affirme qu'il n'y a pas d'amour
véritable, que tous les amours sont remplaçables. Une
conséquence majeure de la métaphore de l'unité
est que l'amour est un état d'harmonie parfaite, théorie
mise en question par Solomon, qui maintient que l'amour est un
processus, une dialectique, « a never ending conflict of
pushing away and pulling together ».
71.
L'attachement d'un contenant à l'autre et
l' « entrebescar. » La manière
d'entrebescar les mots, par réduplication et
répétition est illustrative pour la métaphore
de l'attachement chez Raimbaut d'Aurenga, qui enrichit le
concept d'entrebescar par l'inversion dans la répétition
(la « fleur inverse ») et qui complémente
ses vers par l'image de l'attachement à la Joie: « Ar
resplan la flors enversa / Pels trencans rancx e pels tertres, /
Cals flors? Neus, gels e conglapis / Que cotz e
destrenh e trenca; / Don vey morz quils, ritz, brays siscles / En
fuelhs, en rams e en giscles / Mas mi ten vert e jauzen Joys / Er
quan vey secx los dolens croys. // Quar
enaissi m'o enverse / Que bel plan mi semblon tertre, / E tenc per
flor lo conglapi, / E.l cautz m'es vis que.l freit trenque, / E.l
tro mi son chant e siscle, / E paro.m fulhat li giscle. / Aissi.m
suy ferm lassatz en joy / Que re non vey que.m sia croy »
(Raimbaut d'Aurenga, Ar resplan 1-16), dans Walter T.
Pattison, The Life and Works of the Troubadour Raimbaut d'Orange
(Minneapolis: U of Minnesota P, 1952), p. 199.
Ferm lassat combine
l'attachement comme image créative et la presque - identité
des mots fait rimer d'une strophe à l'autre. Marianne
Shapiro, « Entrebescar los motz », p. 367. La
même figure macrostructurale se trouve dans Si.m fos amors
où les rimes « distantes » se répondent
(larga-larc, embarc-embarga, tomba-tomb-tomba, descarg-descarga).
72.
Rouben Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical Reading
(Manchester: Manchester UP, 1990), p. 124.
73.
Rouben Cholakian, The Troubadour Lyric, p. 125.
74.
Georges Molinié, Sémiostylistique: L'effet de
l'art (Paris: PUF, 1998), p. 182.
75.
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p.
106. Quand les métaphores atteignent deux objectifs
différents, les chevauchements dans les objectifs
correspondent aux chevauchements dans les métaphores. Nous
comprenons notre expérience quand nous concevons qu'elle
est structurée de manière cohérente en termes
de gestalts qui ont émergé directement de
l'interaction avec (et dans) notre environnement. Nous comprenons
l'expérience de manière métaphorique quand
nous utilisons une gestalt appartenant à un domaine
d'expérience pour structurer notre expérience dans
un autre domaine.
76.
Le baiser fait la matière de l'analyse du « corps
visible », dans le chapitre analysant les analogies.
77.
Au Moyen Âge, les sensations de froid et de chaud coexistant
dans la même personne comptaient pour un attribut mélancolique
de celui ou celle qui les éprouvait. Voir Pierre Dufour,
« Vers une
herméneutique cognitive des
imaginaires mélancoliques. Esquisse
d'une méthode », Melanconia, malattia
malinconica e letteratura moderna: Atti di seminario. Trento,
Maggio, 1990, sous la dir. d'Anna Dolfi (Rome: Bulzoni
Editore, 1991), p. 67-102.
78.
Voir la dichotomie entre joie et dolors,
dans Pierre Bec, « L'antithèse poétique
chez Bernard de Ventadour », dans Écrits sur les
troubadours et la lyrique médiévale (Caen:
Éditions Paradigme, 1992), p. 201-231.
79.
Ainsi que conçue par les Stoïques: « However,
the Stoics did adhere to the myth of the passions in one fundamental
respect: the emotions are something we suffer, pathologies of the
mind », James Averill, « Inner Feelings »,
p. 110.
80.
Marie-Madelaine Davy, Initiation à la symbolique
romane (XIIe
siècle) Nouvelle édition de l'Essai sur la
symbolique romane (Paris: Flammarion, coll.
Champs, 1977), p. 213, dans une analyse de l'art
et de la philosophie médiévaux.
81.
Arnaut est conscient de la valeur de ses vers. Il mentionne son nom
dans presque chaque poème, ce qui n'est pas le cas chez
d'autres troubadours. Voir Simon Gaunt,
Troubadours and Irony (Cambridge: Cambridge UP, 1989), p.
210.
82.
Dans le cas de la poésie amoureuse l'affectivité
pèse plus que les situations historique et culturelle
changeantes, quand même on ne peut pas négliger ces
aspects, surtout dans le cas de l'amour courtois, alimenté
dans un cadre historique et culturel particuliers.