1. Linda M. Paterson, Troubadours and Eloquence (Oxford: Clarendon Press, 1975), p. 190.
2. La fortune de cette conception qui conjugue religion et philosophie est immense et ce sujet dépasse de loin l'objet de notre recherche. Dieu, le macrocosme et le microcosme qui incluent l'homme, entrent dans une série rationnelle d'analogies sur laquelle repose la tentative d'expliquer l'univers et son fonctionnement. Au XII [e] siècle Bernard Silvestre écrit sa Cosmographia, une métaphysique poétique composée d'un Mégacosme et d'un Microcosme où il développe une histoire de l'origine de l'univers de manière allégorique, empruntant des idées platoniciennes et pythagoriciennes à Macrobe, Martianus Capella et Calcidus, néoplatoniciennes, et des idées aristotéliciennes reprises d'Hermann de Carinthie et d'Abumasar. Voir à ce propos: Brian Stock, Myth and Science in the Twelfth Century: A Study of Bernard Silvester (Princeton: Princeton UP, 1972). L'« humanisme chrétien », ainsi nommé par Philippe Delhaye dans Le « Microcosmus » de Godefroy de Saint-Victor: Étude théologique (Lille: Facultés catholiques, 1951), éclate dans le Microcosme de Godefroy de Saint-Victor (mort en 1194), oeuvre réactionnaire récusant l'idée, courante à l'époque, de la chute humaine. L'auteur est « sensible à la dignité de la nature humaine, à l'harmonie entre l'homme et l'univers », affirme Jean Jolivet, « La Philosophie médiévale en Occident », dans Histoire de la philosophie tome I, Orient – Antiquité – Moyen Age (Paris: Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, 1969), p. 1347.
3. Il semble que ce soit surtout à partir de la Renaissance que l'iconographie s'enrichit de la représentation systématique des trois cercles imbriqués.
4. Ces analogies ont à la base l'idée de totalité organique, présente chez les anciens stoïciens. La thèse de Chrysippe – « Rien ne s'oppose à ce qu'une goutte de vin se mélange à la mer » – vise l'accord entre les choses célestes et les choses terrestres, une relation de type agent–patient reposant sur des principes partagés d'essence corporelle (les incorporels mêmes sont exprimables par le langage, qui lui est corporel.) De la même façon, l'âme humaine se rapporte à l'âme universelle: « à la manière de la sensibilité, pénètre à travers tous les êtres aériens, tous les animaux et les plantes, enfin à travers la terre, à titre de disposition », Victor Goldschmidt, « L'Ancien stoïcisme », dans Histoire de la philosophie, tome I, Orient – Antiquité – Moyen Age (Paris: Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, 1969), p. 736.
5. Fernand Hallyn, La structure poétique du monde: Copernic, Kepler (Paris: Seuil, 1987).
6. Marie-Madelaine Davy, Initiation à la symbolique romane (XII [e ]siècle): Nouvelle édition de l' « Essai sur la symbolique romane » (Paris: Flammarion, coll. Champs, 1977), p. 149-150.
7. Isha Schwaller de Lubicz parle de « la magie des analogues » dans Le miracle égyptien (Paris: Flammarion, 1963), p. 16. Voir aussi: Arthur Lovejoy, The Great Chain of Being: A Study of the History of an Idea (Cambridge: Harvard UP, 1966), qui a ainsi identifié en 1936 le fondement de la « philosophie sémantique » qui sous-tend la conception de la grande chaîne des êtres.
8. Je dois beaucoup de ces remarques à l'étude admirable de Nanine Charbonnel, Les aventures de la métaphore (Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg, 1991), p. 41-124.
9. Contrairement à ce qui se passe dans l'attribution, laquelle est intragénérique.
10. Nanine Charbonnel, Les aventures de la métaphore, p. 87.
11. Alain de Libera, La philosophie médiévale (Paris: PUF, 1995), p. 408-411 explique l'analogie de l'être chez les anciens. « ... [L]e mode principal de l'analogie, celui qui permet de passer de la sémantique (signification focale) et de l'ontologie (rapport substance-accident) à la théologie (rapport Créateur-créature) est structurellement en position d'intermédiaire, comme le concept général d'analogie est intermédiaire entre l'homonymie et la synonymie pures et n'a d'unité qu'à participer des deux en se différenciant des deux. L'analogie théologique de Thomas d'Aquin est à l'analogie sémantique et à l'analogie ontologique ce que l'analogie elle-même est à l'homonymie et à la synonymie: une tierce position qui ne se soutient que d'être à la fois identique et différente des termes qui l'appuient. » Alain de Libera, La philosophie médiévale, p. 409.
12. Nanine Charbonnel, Les aventures de la métaphore, p. 87-89.
13. Éric Bordas, Les Chemins de la métaphore (Paris: PUF, 2003), p. 29-34 passe en revue l'analogie vis-à-vis de la métaphore.
14. Aristote, Poétique, trad. M. Magnien (Paris: Librairie générale française, 1990), p. 122.
15. Mary Hesse, Models and Analogies in Science (Chicago: University of Notre-Dame Press, 1970) démontre comment la valeur informative de l'analogie varie en fonction de la relation entre les termes envisagés et comment la métaphore acquiert le degré le plus haut dans le fonctionnement cognitif. Mary Hesse propose une tripartition de l'analogie sur le modèle logique. Il y a l'analogie positive (traits communs aux deux objets envisagés), l'analogie négative (traits présents dans l'un des deux objets, et incompatibles avec l'autre), l'analogie neutre (traits dont on ne sait pas s'ils sont communs ou non aux deux objets). « L'analogie atteint à son but d'instruction et d'intellection dès qu'elle dépasse le champ de l'analogie neutre, pour aller au plus loin de l'analogie positive pour y découvrir des propriétés homologables » (Éric Bordas, Les Chemins..., p. 32). « La mise en discours de l'analogie présente alors des degrés d'explicitation très différents: glose épilinguistique, comparaison, ou métaphore. Le discours de la glose (sur le modèle: « on peut comparer x et y », etc.) avoue l'analogie d'un point de vue extérieur aux objets envisagés », Éric Bordas, Les chemins..., p. 33.
16. Max Black signe deux articles de référence: « Metaphor » et « Models and Archetypes », dans Models and Metaphors: Studies in Language and Philosophy (Ithaca: Cornell University Pres, 1962), p. 25-47 et p. 219-243.
17. Max Black, « Metaphor », p. 44-47. Cette vision interactive diffère de celle de la substitution ou comparaison en ce qui concerne la « traduction littérale »: les métaphores-interaction fonctionnent en système d'implications comme manière de sélectionner, souligner et organiser les relations dans un champ différent.
18. Surtout: Max Black, « Models and Archetypes », p. 219-243.
19. Pour les différences et les approches entre ces modèles, scalaire et analogue, voir Max Black, « Models and Archetypes », p. 222-223 et Nanine Charbonnel, Les aventures de la métaphore, p. 87-96.
20. Max Black utilise la même figure de submersion pour la métaphore: « Tout complexe d'implications soutenu par le sujet secondaire d'une métaphore est [...] un modèle des prédicats attribués au sujet principal: toute métaphore est le sommet d'un modèle submergé », Max Black, « More About Metaphor » dans Metaphor and Thought, sous la dir. de A. Ortony (Cambridge: Cambridge UP, 1979), p. 31; l'article est repris dans Max Black, Perplexities: Rational Choice, the Prisoner's Dilemma, Poetic Ambiguity and Other Puzzles (Ithaca: Cornell UP, 1990), p. 47-76.
21. Les termes originaux sont « basic-level  » et « image-schematic concepts ».
22. D'autres cultures se comportent différemment, mettant en valeur plutôt l'équilibre ou la centralisation. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 34.
23. « Les champs cognitifs de l'émotion et de la posture ne partagent aucun concept, pourtant il y a des corrélations systématiques entre le contenu sous-symbolique de [l'émotion] et celui de [posture]. Nous concevons l'expérience de notre fonctionnement optimal quand nous sommes debout et notre dysfonctionnement quand nous sommes étendus. Par la suite, nous comprenons le bonheur et le malheur en termes de ces postures ». George Lakoff et Mark Johnson, Les Métaphores..., p. 58. De la même façon, la vie est une condition pour le fonctionnement optimal et le dysfonctionnement mis au point extrême serait la mort, d'où la conception sur l'axe vertical en termes de /+ haut/ ou /– haut/.
24. Marcel Danesi, Poetic Logic (Madison: Atwood Publishing, 2004), p. 108-109: « It is the imaginary element that interconnects different domains of symbolism and interpretation, imparting a commonality of sense to them. »
25. George Lakoff, Women, Fire, and Dangerous Things: What Categories Reveal about the Mind (Chicago et Londres: U of Chicago Press, 1987), p. 287.
26. La définition que donne Greimas dans Sémiotique: Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, p. 291 touche à la logique: « par terme présupposé, on entendra celui dont la présence est la condition nécessaire de la présence du terme présupposant, alors que la présence du terme présupposant n'est pas la condition nécessaire de celle du terme présupposé ». François Rastier, Sémantique et recherches cognitives (Paris: PUF, 1991),
p. 84 oriente la compréhension de la présupposition comme une relation dans le cadre du triangle sémiotique (signifié – signifiant – référent). Le sens peut être assimilé, par exemple, à la fonction unissant le signifiant au signifié – comme présupposition réciproque (la « sémiosis ») ou comme orientation vers le signifié (la « signifiance »), ou à la jonction entre le signifié et le référent, généralement orientée vers le référent (la « référence »). Rastier revient sur la notion de présupposition dans Sémantique pour l'analyse: De la linguistique à l'informatique (Paris: Masson, 1994), p. 181, où il la définit comme une relation entre unités dialogiques et entre mondes (factuel, contrefactuel et possible).
27. « L'ouïe a une très grande importance, d'abord parce que les paroles, la voix de la dame peuvent avoir beaucoup de charme pour l'amant; ensuite et surtout, parce que l'on croyait possible, au Moyen Age, l'enamourement à distance », René Nelli, L'érotique des troubadours (Paris: Union générale d'éditions, 1974), p. 351.
28. Solomon Asch et H.A. Witkin, « Studies in Space Orientation », dans Journal of Experimental Psychology 38 (1950) (I-IV), p. 325-337, 455-477, 603-614, 762-782; « On the Use of Metaphor in the Description of Persons » dans On Expressive Language, sous la dir. de Heinz Werner (Worcester: Clark UP, 1955), p. 29-39.
29. Brown, R. W. Words and Things: An Introduction to Language (New York: The Free Press, 1958), p. 146.
30. Voir le chapitre « Contenants ». Sur le sujet de l'amour en tant que liquide qui bouillonne voir: Zoltán Kövecses, Metaphors of Anger, Pride and Love: A Lexical Approach to the Study of Concepts (Amsterdam: John Benjamins, 1986), Zoltán Kövecses, Emotion Concepts (New York: Springer Verlag, 1990); Zoltán Kövecses, Metaphor: A Practical Introduction (New York: Oxford UP, 2002).




31. Claude-Gilbert Dubois, L'Imaginaire du changement: Conversions, modifications, métamorphoses, 2 [e] volume (Bordeaux: P.U. de Bordeaux, 1985), p. 133. Gaston Bachelard, L'eau et les rêves: essai sur l'imagination de la matière (Paris: José Corti, 1964).
32. Brian Stock, Myth and Science..., à propos de Bernard Silvestre. Voir aussi Marie-Madelaine Davy, Initiation à la symbolique romane, p. 169.
33. Les planètes comme instruments du Temps sont mentionnées par Platon, dans Timée 38C-39E, dans Richard N. Bosley et Martin Tweedale, Basic Issues in Medieval Philosophy (Peterborough: Broadview, 1997), p 350. Alain de Libera, Penser au Moyen Age (Paris: Seuil, 1989), p. 246-298.
34. Raymond Klibansky et Erwin Panofski, Saturn and Melancholy: Studies in the History of Natural Philosophy, Religion and Art (Londres: Nelson, 1964).
35. Le soleil incorpore les symboles: l'or, le Zodiaque, la rosace, le glaive. Marie-Madelaine Davy, Initiation à la symbolique romane, p. 213.
36. René Nelli, L'érotique des troubadours, p. 47-65.
37. Paolo Canettieri, Il gioco delle forme nella lirica dei trovatori (Rome: Bagatto Libri, 1996), p. 34 (nous traduisons).
38. Voir Ernst Curtius, La littérature européenne et le Moyen Age latin, trad. de l'allemand par Jean Bréjoux (Paris: PUF, 1956), p 119-120, à propos de l'adynaton chez Arnaut.
39. Paolo Canettieri, Il gioco..., p. 243: Astrutz fait partie du vocabulaire des jeux de hasard. Canettieri considère Astrucs Non-Amatz « Fortunato Non-Amato » comme un auto-senhal, où la Fortune s'oppose à l'Amour.
40. Michel Pastoureau, « Symboles », dans Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval, sous la dir. de Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt (Paris: Arthème Fayard, 1999), p. 1108.
41. On revient sur la conceptualisation de l'amour comme un liquide au cours du chapitre « Contenants ».
42. « La Description est une figure de pensée par développement qui, au lieu d'indiquer simplement un objet, le rend en quelque sorte visible, par l'exposition vive et animée des propriétés et des circonstances les plus intéressantes. » Philippe Hamon, dans l'article « Du descriptif » de La Grande Encyclopédie (Paris: Hachette, 1981), cité par Simone Perrier, « Montrer, démontrer: quelques modalités du visible dans la poésie du XVIe siècle », dans L'inscription du regard: Moyen Age-Renaissance, sous la dir. de Michèle Gally et Michel Jourde (Fontenay-aux-Roses: ENS, 1995), p. 37-70.
43. François Rastier, Sémantique pour l'analyse, p. 182.
44. Eric Steinhart, The Logic of Metaphor: Analogous Parts of Possible Worlds (Boston: Kluwer Academic Publishers, 2001) parle des analogies synesthésiques, p. 83 et des métaphores synesthésiques, p.118. Voici le schéma des routes de transfert synesthésique:

La théorie des métaphores conceptuelles constitue une base théorique pour les tendances générales des métaphores synesthésiques, découvertes par Ullmann (1959) et Williams (1976) dans leurs études empiriques. Williams, qui s'occupe des routes de transfert synesthésique, observe que le toucher et la dimension, les deux catégories qui correspondent fondamentalement aux objets et localisations dans l'espace, fonctionnent comme des domaines–source plutôt que des domaines–but. Encore, conformément à Ullmann (1959), le son plutôt que la vision est le domaine–but prédominant, ce qui serait inattendu du point de vue hiérarchique (« du bas en haut »). Le son est plus abstrait que la vision, dans le sens où il n'a pas d'existence spatiale. Ainsi, la compréhension du son et sa description ont une structure (mapping) métaphorique dans les termes des entités et substances à existence spatiale. Les routes de transfert synesthésique montrent que le son reçoit des transferts trans-modaux (cross-modal) de quatre (le nombre maximal) domaines–source: toucher (ferme, mou), le goût (basé sur le toucher: doux, amer), dimension (haute, basse) et couleur (brillante). En tant que domaine–source pour la vision, le son offre des transferts pour la couleur (criarde, silencieuse), pourtant pas pour la dimension (parce que la couleur est une qualité visible quand elle existe avec des dimensions spatiales). Pour la même raison, une couleur peut être « dense » ou « profonde », mais une dimension ne peut pas être « rouge » ou « noire ».
Pour compléter l'image de la synesthésie littéraire, voici la remarque de Reuven Tsur, Toward a Theory of Cognitive Poetics (Amsterdam: North Holland, 1992), p. 245, « When we use a synesthetic metaphor, it is its terms that are derived from two sensory domains; the reality referred to may be evasive, undifferentiated, or ‘ineffable', even ‘supersensuous', but it need not necessarily belong to two different sensory domains ».
45. L'univers d'assomption est la « partie d'un univers sémantique composée des propositions attribuées à un acteur de l'énoncé ou de l'énonciation représentée », François Rastier, Sémantique pour l'analyse, p. 224.
46. Michèle Gally, « Variations sur le locus amoenus », Poétique 106 (avril 1996), p. 161-177: le topos du locus amoenus « témoine d'une émotion esthétique « située entre le sensuel et le cérébral » (p. 162) et « se place au carrefour de la littera et de la sententia, de la lettre et de la signification » (p. 163). Aline Geyssant, « Locus amoenus et discours scholastique sur l'image: regard sur un topos poétique en France et en Espagne au Moyen Age », Revue de littérature comparée 1 (janvier 1998), p. 39-52, définit le verger en tant que « terme traditionnellement utilisé dès le XII [e ]siècle pour désigner à la fois le jardin d'agrément et le jardin d'arbres fruitiers » (p. 40).
47. « Le thème du jardin offre, de manière exemplaire, un lieu analogue à celui du rêve, un lieu rendu libre de toute contrainte et de toute nécessité, un espace où es règles habituelles de l'esprit et du raisonnement fonctionnent autrement que dans la vie éveillée », ainsi que l'écrit Philippe Nys, « Jardin et institution symbolique », dans Histoire de jardins: lieux et imaginaire, sous la dir. de Jackie Pigeaud et Jean-Paul Barbe (Paris: PUF, 2001), p. 1-24, p. 19.
48. « Le jardin n'est pas la nature, mais l'image vivante d'une nature encadrée, domptée, améliorée par l'intelligence, et qui ne saurait laisser le coeur indifférent », dans Edouard Guitton, Jacques Delille et le poème de la nature en France de 1750 à 1820 (Paris: Klincksieck, 1974), p. 331.
49. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 30.
50. Lakoff et Johnson posent le problème suivant: « Le concept de bonheur est-il indépendant de la métaphore le bonheur est en haut, ou est-ce plutôt que la métaphore haut-bas appliquée au bonheur fait partie du concept ? Nous pensons qu'elle fait partie du concept à l'intérieur d'un système conceptuel donné. La métaphore le bonheur est en haut situe le bonheur dans un système métaphorique cohérent, et une partie de sa signification provient de son rôle dans ce système. » (George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 29).
51. En vérité il y a des expressions métaphoriques mineures comme « je déborde de joie » qui surprennent un autre aspect que « je suis aux anges », qui traduit en anglais la différence entre « I'm feeling expansive » et « I'm feeling up ». « Le bonheur est en haut » est maximalement cohérent avec « le bien est en haut », « la santé est en haut » – « happy is up », « good is up », « healthy is up ». George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 25.
52. « Autet » est un diminutif de « aut » (haut).
53. Pierre Bec, « La douleur et son univers poétique chez Bernard de Ventadour. Essai d'analyse systématique », dans Écrits sur les troubadours et la lyrique médiévale (Caen: Éditions Paradigme, 1992), p. 165-200.
54. Pierre Dufour, « Vers une herméneutique cognitive des imaginaires mélancoliques.Esquisse d'une méthode  », Melanconia malattia malinconica e letteratura moderna, Atti di seminario, Trento, Maggio, 1990, sous la dir. Anna Dolfi (Roma: Bulzoni, 1991), p. 67-102, à la recherche d'une méthode d'analyse de la mélancolie dans la littérature romantique, remarque et commente ces manifestations antithétiques.
55. Selon la terminologie de Jacques Geninasca, La parole littéraire (Paris: PUF, 1997), p. 138.
56. Maria Luisa Meneghetti, « Il giardino dei piaceri e il castello d'amore. Qualche appunto sui luoghi della quête amorosa », dans Guerres, voyages et quêtes au Moyen Age: Mélanges offerts à Jean-Claude Faucon, sous la dir. de Alain Labbé, Daniel W. Lacroix et Danielle Quéruel (Paris: Honoré Champion, 2000), établit qu'à partir d'Isidore de Séville, l'étymologie (du grec, qui n'était pas une langue bien diffusée) et la signification de « paradis » sont apparentées à « jardin » (p. 282) et que le premier et le véritable Paradis est l'Eden, hortus deliciarum, p. 283.
57. Dans son essai, Rosa de Diego, Les villes de la mémoire (Québec: Humanitas, 1997) pose le problème de la relation entre architecture et écriture, entre penser et imaginer la ville qui est elle-même la synthèse de l'architecture, du social, de l'économie et du culturel.
58. « La cortesía es un modo de vida. Su propio nombre indica que tal modo de vida está en relación con un lugar particular, la corte », Castigos para celosos, consejos para juglares, trad. du provençal en espagnol par Jesús D. Rodríguez Velasco (Madrid: Gredos, 1999), p. 11.
59. « La ville est anthropomorphe, il y a une analogie entre la ville et l'homme. L'ombilic de l'homme au centre de la figure dessinée par Léonard de Vinci coïncidera avec la place centrale de la ville parce que c'est l'homme qui dicte la mesure du monde », A. Antolini et Y.-H. Bonello, Les villes du désir (Paris: Galilée, collection Débats, 1994), p. 63.
60. « Le jardin nous fait accéder à une éternité paradisiaque », affirme Baldine Saint Girons, « Jardins et paysages: une opposition catégorielle », dans Histoire des jardins: lieux et imaginaire, sous la dir. de Jackie Pigeaud et Jean-Paul Barbe (Paris: PUF, 2001), p. 55.
61. Maria Luisa Meneghetti, « Il giardino dei piaceri ... », p. 287 apporte des arguments que la chambre et le château, parce qu'ils représentent une sorte de jardin clos, hortus conclusus sont en fait des lieux claustrophobiques, pathologiques pour Arnaut.
62. Dedre Gentner, « Are Scientific Analogies Metaphors ? », dans Metaphor: Problems and Perspectives, sous la dir. de David S. Miall (Sussex, England: The Harvester Press, 1982), p. 106-132. L'essentiel pour la métaphore scientifique est que le domaine-source soit bien compris et entièrement spécifié. La différence entre les analogies scientifiques et expressives est la tendance des premières à conserver des « mappings » isomorphies, par contre les métaphores expressives ont un ou plusieurs « mappings ».
63. Manlio Brusatin, Histoire des couleurs, trad. de l'italien par Claude Lauriol (Paris: Flammarion, 1986), p. 87.
64. Les concepts associés aux couleurs doivent être traités selon le principe logique de la transparence et de l'opacité selon Manilo Brusatin, Histoire des couleurs, p. 152.
65. Dans Le Petit Robert, la couleuvre est définie comme « un serpent non venimeux connu dans nos régions ». Terme connu à la fin du XII [e ]siècle; du lat. pop. colobra, class. colubra, introduit par Arnaut dans sa canso fournit un énoncé qui pourrait frapper non seulement par la virulence, mais aussi par la nouveauté de l'image.
66. Sarah Spence, « Rhetoric and Hermeneutics », dans The Troubadours: An Introduction (Cambridge: Cambridge UP, 1999), p. 164-180 observe que le poème affilé est une image qui apparaît chez le rhétoricien Horace (Ars poetica) et chez Raimbaut d'Aurenga.
67. Dans Chansson do.ill vs 54 et 58, vers auxquels on se référera dans une analyse ultérieure.
68. L'expression actuelle à plomb a justement le sens de verticalement, gardant la position /–haut/.
69. Lieu non identifié, possiblement en Espagne. Canello l'identifie avec la Sanctas française. Toja traduit par Saintes. Wilhelm préfère une interprétation de « Sanchas » comme le pôle occidental du Nil.
70. Ou, comme Reuven Tsur l'affirme dans Toward a Theory of Cognitive Poetics, p. 111-112, « Language and reading consist of a chain of signifiants and signifiés: the graphic signifiant points to the phonological signifiés; which, in turn, serves as the signifiant for the semantic signifié ».
71. Les troubadours, qui sont des tropatores ont tendance à construire un système parallèle à celui de la liturgie, du point de vue métrique et strophique. Paolo Canettieri, Il gioco ..., p. 18
72. « Des quatre branches du quadrivium, la musique est, sans aucun doute, dès le milieu du IX [e] siècle, la discipline pilote. Au niveau le plus élevé, elle n'est pas seulement musica instrumentalis charmant l'oreille, mais aussi, dans le contexte platonicien qui prévaut alors, musica humana et musica mundana, explication notamment de l'harmonie des sphères célestes, donc clef de la compréhension de l'Univers et révélation de la sagesse du Créateur. Sous la forme la plus modeste, la musique est, par le chant liturgique, l'une des meilleures manières dont l'Eglise sache rendre grâce à Dieu. » Guy Beaujouan, « L'enseignement du “Quadrivium” », dans La scuolla nell'Occidente latino dell'alto medioevo, XIX (Spoleto, 15-21 aprile 1971), Spoleto, 1972, p. 639-667 [repris dans Par raison de nombres: l'art du calcul et des savoirs scientifiques médiévaux (Aldershot: Variorum, 1991)], p. 640.
73. Reuven Tsur, Toward a Theory of Cognitive Poetics, p. 111.
74. L'harmonisme, « [f]igure de style qui consiste à présenter un phénomène, un ensemble de faits, une scène naturelle, un état d'âme au moyen d'une harmonie imitative », Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, vol. I (Paris: PUF, 1961), p.500.
75. La « rim' estrampa » (rime orpheline) est le mot final d'un vers qui n'a pas de rime dans la même strophe.
76. Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, p. 265 trouve que les fricatives et les liquides ont le pouvoir de suggérer le sensoriel: « [l]a durée de ces consonnes [...] doit quelque chose à la complaisance du plaisir, à la contemplation sensorielle ».
77. Henri Morier, Dictionnaire..., vol. II, p. 1237.
78. Arnaut Daniel, Canzoni, sous la dir. de Gianluigi Toja, p. 261. « L'allitterazione, come in Peire d'Alvernha e Raimbaut d'Aurenga, concorre all'effetto onomatopeico. »
79. Jacques Roubaud, La fleur inverse, p. 144.
80. La question posée par le lyrisme ne s'adresse pas au « moi », mais au désir. Lacan soutenait que le désir de l'homme est le désir de l'Autre. « Aussi, presque depuis l'origine, l'essentiel du corpus de la poésie lyrique est constitué par la poésie amoureuse – le reste par la poésie mystique, ce qui est fondamentalement la même chose. Son problème est le tutoiement, l'invocation tutoyante. Elle est une adresse à l'autre, donné comme essentiellement manquant, mais cette adresse est la seule qui produise le sens ». Martine Broda, L'amour du nom: Essai sur le lyrisme et la lyrique amoureuse (Paris, José Corti, 1997), p. 30.
81. À propos de la valeur des anagrammes dans le discours, voir J. Starobinski, Les mots sous les mots: les anagrammes de Ferdinand de Saussure (Paris: Gallimard, 1971). Roman Jakobson soutient lui aussi le lien entre forme sonore et sens, Huit questions de poétique, p. 200. Voir aussi Paul Zumthor, « Des anagrammes chez les troubadours », dans Langue, texte, énigme (Paris: Seuil, 1975), p. 55-67, surtout pages 65-67 sur la valorisation des phonèmes. Aussi, Paul Zumthor, Essai de poétique médiévale (Paris: Seuil, 1972), p. 142. Une application de ces théories sur la canso En cest d'Arnaut Daniel se trouve dans l'article de Michel Meylakh, « Troubadours et anagrammes (structures anagrammatiques dans la chanson X d'Arnaut Daniel) », dans Mélanges de philologie romane offerts à Charles Camproux, vol I (Montpellier: C.E.O., 1978), p. 149-158, où l'auteur essaie de démontrer que l'arrangement phonique est déterminé par les modèles anagrammatiques. À titre d'exemple, Michel Meylakh trouve que ROMA dans le v. 29 est une anagramme d'AMOR, repliquée ensuite dans des combinaisons du genre: genSOR AM (v. 9), m-On chAntAR... MO(u) (v.6) etc., « Troubadours et anagrammes », p. 153.
82. Martine Broda, L'amour du nom ..., p. 30.
83. Roman Jakobson, « Poésie de la grammaire et grammaire de la poésie », dans Huit questions de poétique (Paris: Seuil, 1977), p. 97. « Chez les anciens et au Moyen Age, la théorie de la poésie comportait un soupçon de grammaire poétique et se montrait toute prête à faire la distinction entre les tropes et les figures grammaticales (figurae verborum), mais ces rudiments prometteurs furent ensuite oubliés. »
84. Philibert Secrétan, L'analogie (Paris: PUF, 1984), p. 11: « L'analogie dit ici une qualité inhérente à une relation et attribuable à une autre relation ».
85. Voir François Rastier sur la technique du « sonnet rapporté », un entrelacs syntaxique avec des effets remarquables par la parataxe et par la « mise en facteur commun », dans Sens et textualité (Paris: Hachette, 1989), p. 135.
86. Je transcris ici la version de Wilhelm; la version de Toja: « Ges no.m duoill d'amor don badaill ».
87. L'édition de Toja (ainsi que l'édition de Lavaud) donne la variante « poigna » (se lève avec rapidité). D'autres variantes (Wilhelm) marquent « ploigna » (plonge).
88. Rouben C. Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical Reading (Manchester: Manchester UP, 1990), p. 119-128.
89. Roubaud Cholakian, The Troubadour Lyric, p. 147.
90. Philibert Secrétan, L'Analogie, p.7.
91. Charles Altieri, The Particulars of Rapture: An Aesthetics of The Affects (Ithaca: Cornell UP, 2003), p. 25.
92. Voir à propos du sujet de la mnémotechnique: Marcel Jousse, Etudes de psychologie linguistique: Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs (Paris: Beauschesne, 1925); Paul Zumthor, Introduction à la poésie orale (Paris: Seuil, 1983); Paul Zumthor et Bruno Roy, Jeux de mémoire: Aspects de la mnémotechnique médiévale (Montréal: Presses de l'Université de Montréal, 1985).
93. Toja parle du réalisme ironique d'Arnaut, Canzoni, p. 216, dans Lancan son, vs 17-20, 34, 36.
94. Leonard Talmy, « Force Dynamics in Language and Cognition », Cognitive Science 12 (1988), p. 49-100.
95. Kenneth Burke, A Rhetoric of Motives (Berkeley: U of California P, 1969), p. 174-810, et p. 208-212.
96. Sarah Spence, « Rhetoric and Hermeneutics », dans The Troubadours: An Introduction (Cambridge: Cambridge UP, 1999), p. 166.
97. « The rhetoric of courtly love is a rhetoric of différance: the transcendence of carnal reality necessitated by the requirements of courtliness iterates the difference (of lover and beloved, flesh and spirit). It is meant to repair and defers the consummation it is meant to facilitate. Courtly love is a failed incarnation – a disincarnation – in which the flesh becomes word, and for that reason, among others, the antithesis of Love which prompted the Word to become flesh ». Louis Mackey, « Eros into Logos: The Rhetoric of Courtly Love », dans The Philosophy of (Erotic) Love, sous la dir. de Robert C. Solomon et Kathleen M. Higgins (Lawrence: University Press of Kansas, 1991), p. 343. Mackey soutient que le langage se substitue à l'action érotique et que le but du traité d'André le Chapelain est de convaincre Gaultier du mal lié à l'érotisme, pour qu'il garde sa chasteté et qu'il mérite les joies du mariage céleste. Le but final de l'amour courtois « is the reunion with the Christian ideal of which it is the travesty and to which it pays tribute thereby », Louis Mackey, Eros into Logos, p. 348.