1.
Linda M. Paterson, Troubadours and Eloquence (Oxford:
Clarendon Press, 1975), p. 190.
2.
La fortune de cette conception qui conjugue religion et philosophie
est immense et ce sujet dépasse de loin l'objet de notre
recherche. Dieu, le macrocosme et le microcosme qui incluent
l'homme, entrent dans une série rationnelle d'analogies
sur laquelle repose la tentative d'expliquer l'univers et son
fonctionnement. Au XII [e] siècle Bernard Silvestre
écrit sa Cosmographia, une métaphysique
poétique composée d'un Mégacosme et
d'un Microcosme où il développe une histoire
de l'origine de l'univers de manière allégorique,
empruntant des idées platoniciennes et pythagoriciennes à
Macrobe, Martianus Capella et Calcidus, néoplatoniciennes, et
des idées aristotéliciennes reprises d'Hermann de
Carinthie et d'Abumasar. Voir à ce
propos: Brian Stock, Myth and Science in the Twelfth Century: A
Study of Bernard Silvester (Princeton: Princeton UP, 1972).
L'« humanisme chrétien »,
ainsi nommé par Philippe Delhaye dans Le
« Microcosmus »
de Godefroy de Saint-Victor: Étude théologique
(Lille: Facultés catholiques, 1951), éclate dans le
Microcosme de Godefroy de Saint-Victor (mort en 1194), oeuvre
réactionnaire récusant l'idée, courante à
l'époque, de la chute humaine. L'auteur est « sensible
à la dignité de la nature humaine, à l'harmonie
entre l'homme et l'univers », affirme Jean Jolivet,
« La Philosophie médiévale en Occident »,
dans Histoire de la philosophie tome I, Orient Antiquité
Moyen Age (Paris: Gallimard, coll. Encyclopédie de la
Pléiade, 1969), p. 1347.
3.
Il semble que ce soit surtout à partir de la Renaissance que
l'iconographie s'enrichit de la représentation
systématique des trois cercles imbriqués.
4.
Ces analogies ont à la base l'idée de totalité
organique, présente chez les anciens stoïciens. La thèse
de Chrysippe « Rien ne s'oppose à ce qu'une
goutte de vin se mélange à la mer »
vise l'accord entre les choses célestes et les choses
terrestres, une relation de type agentpatient reposant sur des
principes partagés d'essence corporelle (les incorporels
mêmes sont exprimables par le langage, qui lui est corporel.)
De la même façon, l'âme humaine se rapporte à
l'âme universelle: « à la manière
de la sensibilité, pénètre à travers
tous les êtres aériens, tous les animaux et les
plantes, enfin à travers la terre, à titre de
disposition », Victor Goldschmidt, « L'Ancien
stoïcisme », dans Histoire de la philosophie,
tome I, Orient Antiquité Moyen Age (Paris:
Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, 1969),
p. 736.
5.
Fernand Hallyn, La structure poétique du monde: Copernic,
Kepler (Paris: Seuil, 1987).
6.
Marie-Madelaine Davy, Initiation
à la symbolique romane
(XII [e ]siècle): Nouvelle édition de
l' « Essai sur la symbolique romane »
(Paris: Flammarion, coll. Champs, 1977), p. 149-150.
7.
Isha Schwaller de Lubicz parle de « la magie des
analogues » dans Le miracle égyptien
(Paris: Flammarion, 1963), p. 16. Voir
aussi: Arthur Lovejoy, The Great Chain of Being: A Study of the
History of an Idea (Cambridge: Harvard UP, 1966), qui a ainsi
identifié en 1936 le fondement de la « philosophie
sémantique » qui sous-tend la conception de la
grande chaîne des êtres.
8.
Je dois beaucoup de ces remarques à l'étude
admirable de Nanine Charbonnel, Les aventures
de la métaphore (Strasbourg: Presses universitaires de
Strasbourg, 1991), p. 41-124.
9.
Contrairement à ce qui se passe dans l'attribution,
laquelle est intragénérique.
10.
Nanine Charbonnel, Les aventures de la métaphore,
p. 87.
11.
Alain de Libera, La philosophie médiévale
(Paris: PUF, 1995), p. 408-411 explique l'analogie de l'être
chez les anciens. « ... [L]e
mode principal de l'analogie, celui qui permet de passer de la
sémantique (signification focale) et de l'ontologie
(rapport substance-accident) à la théologie (rapport
Créateur-créature) est structurellement en position
d'intermédiaire, comme le concept général
d'analogie est intermédiaire entre l'homonymie et la
synonymie pures et n'a d'unité qu'à participer
des deux en se différenciant des deux. L'analogie
théologique de Thomas d'Aquin est à l'analogie
sémantique et à l'analogie ontologique ce que
l'analogie elle-même est à l'homonymie et à
la synonymie: une tierce position qui ne se soutient que d'être
à la fois identique et différente des termes qui
l'appuient. » Alain de Libera, La philosophie
médiévale, p. 409.
12.
Nanine Charbonnel, Les aventures de la métaphore,
p. 87-89.
13.
Éric Bordas, Les Chemins de la métaphore (Paris:
PUF, 2003), p. 29-34 passe en revue l'analogie vis-à-vis
de la métaphore.
14.
Aristote, Poétique, trad. M. Magnien (Paris: Librairie
générale française, 1990), p. 122.
15.
Mary Hesse, Models and Analogies in Science (Chicago:
University of Notre-Dame Press, 1970) démontre comment
la valeur informative de l'analogie varie en fonction de la
relation entre les termes envisagés et comment la métaphore
acquiert le degré le plus haut dans le fonctionnement
cognitif. Mary Hesse propose une tripartition de l'analogie sur le
modèle logique. Il y a l'analogie positive (traits communs
aux deux objets envisagés), l'analogie négative
(traits présents dans l'un des deux objets, et
incompatibles avec l'autre), l'analogie neutre (traits dont on
ne sait pas s'ils sont communs ou non aux deux objets).
« L'analogie atteint à son but d'instruction
et d'intellection dès qu'elle dépasse le champ de
l'analogie neutre, pour aller au plus loin de l'analogie
positive pour y découvrir des propriétés
homologables » (Éric Bordas, Les Chemins...,
p. 32). « La mise en discours de l'analogie
présente alors des degrés d'explicitation très
différents: glose épilinguistique, comparaison, ou
métaphore. Le discours de la glose (sur le modèle: « on
peut comparer x et y », etc.) avoue
l'analogie d'un point de vue extérieur aux objets
envisagés », Éric Bordas, Les chemins...,
p. 33.
16.
Max Black signe deux articles de référence:
« Metaphor » et « Models and
Archetypes », dans Models and Metaphors: Studies in
Language and Philosophy (Ithaca: Cornell University Pres, 1962),
p. 25-47 et p. 219-243.
17.
Max Black, « Metaphor », p. 44-47. Cette
vision interactive diffère de celle de la substitution ou
comparaison en ce qui concerne la « traduction
littérale »: les métaphores-interaction
fonctionnent en système d'implications comme manière
de sélectionner, souligner et organiser les relations dans un
champ différent.
18.
Surtout: Max Black, « Models and Archetypes »,
p. 219-243.
19.
Pour les différences et les approches entre ces modèles,
scalaire et analogue, voir Max Black, « Models and
Archetypes », p. 222-223 et Nanine Charbonnel, Les
aventures de la métaphore, p. 87-96.
20.
Max Black utilise la même figure de submersion pour la
métaphore: « Tout complexe d'implications
soutenu par le sujet secondaire d'une métaphore est [...]
un modèle des prédicats attribués au sujet
principal: toute métaphore est le sommet d'un modèle
submergé », Max Black, « More About
Metaphor » dans Metaphor and Thought, sous la dir.
de A. Ortony (Cambridge: Cambridge UP, 1979), p. 31; l'article
est repris dans Max Black, Perplexities: Rational Choice, the
Prisoner's Dilemma, Poetic Ambiguity and Other
Puzzles (Ithaca: Cornell UP, 1990), p.
47-76.
21.
Les termes originaux sont « basic-level
» et « image-schematic
concepts ».
22.
D'autres cultures se comportent différemment,
mettant en valeur plutôt l'équilibre ou la
centralisation. George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores...,
p. 34.
23.
« Les champs cognitifs de l'émotion et de la
posture ne partagent aucun concept, pourtant il y a des corrélations
systématiques entre le contenu sous-symbolique de [l'émotion]
et celui de [posture]. Nous concevons l'expérience
de notre fonctionnement optimal quand nous sommes debout et notre
dysfonctionnement quand nous sommes étendus. Par la suite,
nous comprenons le bonheur et le malheur en termes de ces
postures ». George Lakoff et Mark Johnson, Les
Métaphores..., p. 58. De la même façon,
la vie est une condition pour le fonctionnement optimal et le
dysfonctionnement mis au point extrême serait la mort, d'où
la conception sur l'axe vertical en termes de /+ haut/ ou /
haut/.
24.
Marcel Danesi, Poetic Logic (Madison: Atwood Publishing,
2004), p. 108-109: « It is the imaginary element
that interconnects different domains of symbolism and
interpretation, imparting a commonality of sense to them. »
25.
George Lakoff, Women, Fire, and Dangerous Things: What Categories
Reveal about the Mind (Chicago et Londres: U of Chicago Press,
1987), p. 287.
26.
La définition que donne Greimas dans Sémiotique:
Dictionnaire raisonné de la théorie du langage,
p. 291 touche à la logique: « par terme
présupposé, on entendra celui dont la présence
est la condition nécessaire de la présence du terme
présupposant, alors que la présence du terme
présupposant n'est pas la condition nécessaire de
celle du terme présupposé ». François
Rastier, Sémantique et recherches cognitives (Paris:
PUF, 1991),
p. 84 oriente la compréhension de la
présupposition comme une relation dans le cadre du triangle
sémiotique (signifié signifiant référent).
Le sens peut être assimilé, par exemple, à la
fonction unissant le signifiant au signifié comme
présupposition réciproque (la « sémiosis »)
ou comme orientation vers le signifié (la « signifiance »),
ou à la jonction entre le signifié et le référent,
généralement orientée vers le référent
(la « référence »). Rastier
revient sur la notion de présupposition dans Sémantique
pour l'analyse: De la linguistique à l'informatique
(Paris: Masson, 1994), p. 181, où il la définit comme
une relation entre unités dialogiques et entre mondes
(factuel, contrefactuel et possible).
27.
« L'ouïe a une très grande importance,
d'abord parce que les paroles, la voix de la dame peuvent avoir
beaucoup de charme pour l'amant; ensuite et surtout, parce que
l'on croyait possible, au Moyen Age, l'enamourement à
distance », René Nelli, L'érotique des
troubadours (Paris: Union générale d'éditions,
1974), p. 351.
28.
Solomon Asch et H.A. Witkin, « Studies in Space
Orientation », dans Journal of Experimental Psychology
38 (1950) (I-IV), p. 325-337, 455-477, 603-614, 762-782; « On
the Use of Metaphor in the Description of Persons » dans
On Expressive Language, sous la dir. de Heinz Werner
(Worcester: Clark UP, 1955), p. 29-39.
29.
Brown,
R. W. Words and Things: An Introduction to Language (New
York: The Free Press, 1958), p. 146.
30.
Voir le chapitre « Contenants ». Sur le sujet
de l'amour en tant que liquide qui bouillonne voir: Zoltán
Kövecses, Metaphors of Anger, Pride and Love: A Lexical
Approach to the Study of Concepts (Amsterdam: John
Benjamins, 1986), Zoltán Kövecses, Emotion Concepts
(New York: Springer Verlag, 1990); Zoltán Kövecses,
Metaphor: A Practical Introduction (New York: Oxford UP,
2002).
31.
Claude-Gilbert Dubois, L'Imaginaire du changement:
Conversions, modifications, métamorphoses, 2 [e]
volume (Bordeaux: P.U. de Bordeaux, 1985), p. 133. Gaston
Bachelard, L'eau et les rêves: essai sur l'imagination
de la matière (Paris: José Corti, 1964).
32.
Brian
Stock, Myth and Science..., à propos de Bernard
Silvestre. Voir aussi Marie-Madelaine Davy, Initiation à
la symbolique romane,
p. 169.
33.
Les planètes comme instruments du Temps sont mentionnées
par Platon, dans Timée 38C-39E, dans
Richard N. Bosley et Martin Tweedale, Basic Issues in Medieval
Philosophy (Peterborough: Broadview, 1997), p 350. Alain de
Libera, Penser au Moyen Age (Paris: Seuil, 1989), p. 246-298.
34.
Raymond Klibansky et Erwin
Panofski, Saturn and Melancholy: Studies in the History of
Natural Philosophy, Religion and Art (Londres: Nelson, 1964).
35.
Le soleil incorpore les symboles:
l'or, le Zodiaque, la rosace, le glaive. Marie-Madelaine
Davy, Initiation à la symbolique romane,
p. 213.
36.
René Nelli, L'érotique des troubadours,
p. 47-65.
37.
Paolo Canettieri, Il gioco delle forme nella lirica dei trovatori
(Rome: Bagatto Libri, 1996), p. 34 (nous traduisons).
38.
Voir Ernst Curtius, La littérature européenne et le
Moyen Age latin, trad. de l'allemand par Jean Bréjoux
(Paris: PUF, 1956), p 119-120, à propos de l'adynaton chez
Arnaut.
39.
Paolo Canettieri, Il gioco..., p. 243: Astrutz
fait partie du vocabulaire des jeux de hasard. Canettieri considère
Astrucs Non-Amatz « Fortunato Non-Amato »
comme un auto-senhal, où la Fortune s'oppose à
l'Amour.
40.
Michel Pastoureau, « Symboles », dans
Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval,
sous la dir. de Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt (Paris:
Arthème Fayard, 1999), p. 1108.
41.
On revient sur la conceptualisation de l'amour comme un liquide au
cours du chapitre « Contenants ».
42.
« La Description est une figure de pensée par
développement qui, au lieu d'indiquer simplement un objet,
le rend en quelque sorte visible, par l'exposition vive et animée
des propriétés et des circonstances les plus
intéressantes. » Philippe Hamon, dans l'article
« Du descriptif » de La Grande Encyclopédie
(Paris: Hachette, 1981), cité par Simone Perrier,
« Montrer, démontrer: quelques modalités du
visible dans la poésie du XVIe siècle »,
dans L'inscription du regard: Moyen Age-Renaissance, sous
la dir. de Michèle Gally et Michel Jourde
(Fontenay-aux-Roses: ENS, 1995), p. 37-70.
43.
François Rastier, Sémantique pour l'analyse,
p. 182.
44.
Eric Steinhart, The Logic of Metaphor: Analogous Parts of
Possible Worlds (Boston: Kluwer Academic Publishers, 2001) parle
des analogies synesthésiques, p. 83 et des
métaphores synesthésiques, p.118. Voici le
schéma des routes de transfert synesthésique:

La
théorie des métaphores conceptuelles constitue une
base théorique pour les tendances générales des
métaphores synesthésiques, découvertes par
Ullmann (1959) et Williams (1976) dans leurs études
empiriques. Williams, qui s'occupe des routes de transfert
synesthésique, observe que le toucher et la dimension, les
deux catégories qui correspondent fondamentalement aux objets
et localisations dans l'espace, fonctionnent comme des
domainessource plutôt que des domainesbut. Encore,
conformément à Ullmann (1959), le son plutôt que
la vision est le domainebut prédominant, ce qui serait
inattendu du point de vue hiérarchique (« du bas
en haut »). Le son est plus abstrait que la vision, dans
le sens où il n'a pas d'existence spatiale. Ainsi, la
compréhension du son et sa description ont une structure
(mapping) métaphorique dans les termes des entités
et substances à existence spatiale. Les routes de transfert
synesthésique montrent que le son reçoit des
transferts trans-modaux (cross-modal) de quatre (le nombre maximal)
domainessource: toucher (ferme, mou), le goût (basé
sur le toucher: doux, amer), dimension (haute, basse) et couleur
(brillante). En tant que domainesource pour la vision, le son
offre des transferts pour la couleur (criarde, silencieuse),
pourtant pas pour la dimension (parce que la couleur est une qualité
visible quand elle existe avec des dimensions spatiales). Pour la
même raison, une couleur peut être « dense »
ou « profonde », mais une dimension ne peut
pas être « rouge » ou « noire ».
Pour compléter l'image de
la synesthésie littéraire, voici la remarque de Reuven
Tsur, Toward a Theory of Cognitive Poetics (Amsterdam: North
Holland, 1992), p. 245, « When we use a synesthetic
metaphor, it is its terms that are derived from two sensory
domains; the reality referred to may be evasive, undifferentiated,
or ‘ineffable', even ‘supersensuous', but it need not
necessarily belong to two different sensory domains ».
45.
L'univers d'assomption est la « partie d'un univers
sémantique composée des propositions attribuées
à un acteur de l'énoncé ou de l'énonciation
représentée », François Rastier,
Sémantique pour l'analyse, p. 224.
46.
Michèle Gally, « Variations sur le locus
amoenus », Poétique 106 (avril
1996), p. 161-177: le topos du locus amoenus « témoine
d'une émotion esthétique « située
entre le sensuel et le cérébral » (p. 162)
et « se place au carrefour de la littera et de la
sententia, de la lettre et de la signification »
(p. 163). Aline Geyssant, « Locus amoenus et
discours scholastique sur l'image: regard sur un topos poétique
en France et en Espagne au Moyen Age », Revue de
littérature comparée 1 (janvier 1998), p. 39-52,
définit le verger en tant que « terme
traditionnellement utilisé dès le XII [e ]siècle
pour désigner à la fois le jardin d'agrément
et le jardin d'arbres fruitiers » (p. 40).
47.
« Le thème du jardin offre, de manière
exemplaire, un lieu analogue à celui du rêve, un lieu
rendu libre de toute contrainte et de toute nécessité,
un espace où es règles habituelles de l'esprit et du
raisonnement fonctionnent autrement que dans la vie éveillée »,
ainsi que l'écrit Philippe Nys, « Jardin et
institution symbolique », dans Histoire de jardins:
lieux et imaginaire, sous la dir. de Jackie Pigeaud et Jean-Paul
Barbe (Paris: PUF, 2001), p. 1-24, p. 19.
48.
« Le
jardin n'est pas la nature, mais l'image vivante d'une nature
encadrée, domptée, améliorée par
l'intelligence, et qui ne saurait laisser le coeur indifférent »,
dans Edouard Guitton, Jacques Delille et le poème de la
nature en France de 1750 à 1820 (Paris: Klincksieck,
1974), p. 331.
49.
George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p.
30.
50.
Lakoff et Johnson posent le problème suivant: « Le
concept de bonheur est-il indépendant de la métaphore
le bonheur est en haut, ou est-ce plutôt que la métaphore
haut-bas appliquée au bonheur fait partie du concept ?
Nous pensons qu'elle fait partie du concept à l'intérieur
d'un système conceptuel donné. La métaphore
le bonheur est en haut situe le bonheur dans un système
métaphorique cohérent, et une partie de sa
signification provient de son rôle dans ce système. »
(George Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores...,
p. 29).
51.
En
vérité il y a des expressions métaphoriques
mineures comme « je déborde de joie »
qui surprennent un autre aspect que « je suis aux
anges », qui traduit en anglais la différence
entre « I'm feeling expansive » et « I'm
feeling up ». « Le bonheur est en haut »
est maximalement cohérent avec « le bien est en
haut », « la santé est en haut »
« happy is up », « good is
up », « healthy is up ». George
Lakoff et Mark Johnson, Les métaphores..., p. 25.
52.
« Autet »
est un diminutif de « aut » (haut).
53.
Pierre Bec, « La douleur et son
univers poétique chez Bernard de Ventadour. Essai d'analyse
systématique », dans Écrits sur
les troubadours et la lyrique médiévale (Caen:
Éditions Paradigme, 1992), p. 165-200.
54.
Pierre
Dufour, « Vers
une herméneutique cognitive
des imaginaires mélancoliques.Esquisse d'une méthode
», Melanconia malattia malinconica e letteratura moderna,
Atti di seminario, Trento, Maggio, 1990, sous la dir. Anna
Dolfi (Roma: Bulzoni, 1991), p. 67-102, à
la recherche d'une méthode d'analyse de la mélancolie
dans la littérature romantique, remarque et commente ces
manifestations antithétiques.
55.
Selon la terminologie de Jacques Geninasca, La parole littéraire
(Paris: PUF, 1997), p. 138.
56.
Maria Luisa Meneghetti, « Il giardino dei piaceri e il
castello d'amore. Qualche appunto sui
luoghi della quête amorosa », dans Guerres,
voyages et quêtes au Moyen Age: Mélanges offerts à
Jean-Claude Faucon, sous la dir. de Alain Labbé, Daniel
W. Lacroix et Danielle Quéruel (Paris: Honoré
Champion, 2000), établit qu'à partir d'Isidore de
Séville, l'étymologie (du grec, qui n'était
pas une langue bien diffusée) et la signification de
« paradis » sont apparentées à
« jardin » (p. 282) et que le premier et le
véritable Paradis est l'Eden, hortus deliciarum, p.
283.
57.
Dans son essai,
Rosa de Diego, Les villes de la mémoire (Québec:
Humanitas, 1997) pose le problème de la relation entre
architecture et écriture, entre penser et imaginer la ville
qui est elle-même la synthèse de l'architecture, du
social, de l'économie et du culturel.
58.
« La
cortesía es un modo de vida. Su propio nombre indica que tal
modo de vida está en relación con un lugar particular,
la corte », Castigos para celosos,
consejos para juglares, trad. du provençal en espagnol
par Jesús D. Rodríguez Velasco (Madrid: Gredos,
1999), p. 11.
59.
« La
ville est anthropomorphe, il y a une analogie entre la ville et
l'homme. L'ombilic de l'homme au centre de la figure dessinée
par Léonard de Vinci coïncidera avec la place centrale
de la ville parce que c'est l'homme qui dicte la mesure du
monde », A. Antolini et Y.-H. Bonello, Les villes du
désir (Paris: Galilée, collection Débats,
1994), p. 63.
60.
« Le jardin nous fait accéder à une
éternité paradisiaque », affirme Baldine
Saint Girons, « Jardins et paysages: une opposition
catégorielle », dans Histoire des jardins: lieux et
imaginaire, sous la dir. de Jackie Pigeaud et Jean-Paul Barbe
(Paris: PUF, 2001), p. 55.
61.
Maria Luisa Meneghetti,
« Il giardino dei piaceri ... », p. 287
apporte des arguments que la chambre et le château, parce
qu'ils représentent une sorte de jardin clos, hortus
conclusus sont en fait des lieux claustrophobiques,
pathologiques pour Arnaut.
62.
Dedre Gentner, « Are Scientific Analogies Metaphors ? »,
dans Metaphor: Problems and Perspectives, sous la dir. de
David S. Miall (Sussex, England: The Harvester Press, 1982),
p. 106-132. L'essentiel pour la métaphore
scientifique est que le domaine-source soit bien compris et
entièrement spécifié. La différence
entre les analogies scientifiques et expressives est la tendance des
premières à conserver des
« mappings » isomorphies, par contre les
métaphores expressives ont un ou plusieurs
« mappings ».
63.
Manlio Brusatin, Histoire des couleurs, trad. de l'italien
par Claude Lauriol (Paris: Flammarion, 1986), p. 87.
64.
Les concepts associés aux couleurs doivent être traités
selon le principe logique de la transparence et de l'opacité
selon Manilo Brusatin, Histoire des couleurs, p. 152.
65.
Dans Le Petit Robert, la couleuvre est définie comme
« un serpent non venimeux connu dans nos régions ».
Terme connu à la fin du XII [e ]siècle; du
lat. pop. colobra, class. colubra, introduit par
Arnaut dans sa canso fournit un énoncé qui
pourrait frapper non seulement par la virulence, mais aussi par la
nouveauté de l'image.
66.
Sarah Spence, « Rhetoric and Hermeneutics »,
dans The Troubadours: An Introduction (Cambridge: Cambridge
UP, 1999), p. 164-180 observe que le poème affilé
est une image qui apparaît chez le rhétoricien Horace
(Ars poetica) et chez Raimbaut d'Aurenga.
67.
Dans Chansson do.ill vs 54 et 58, vers
auxquels on se référera dans une analyse ultérieure.
68.
L'expression actuelle à plomb a justement le sens de
verticalement, gardant la position /haut/.
69.
Lieu non identifié, possiblement en Espagne. Canello
l'identifie avec la Sanctas française. Toja
traduit par Saintes. Wilhelm préfère une
interprétation de « Sanchas » comme le
pôle occidental du Nil.
70.
Ou, comme Reuven Tsur l'affirme dans Toward a Theory of
Cognitive Poetics, p. 111-112, « Language and
reading consist of a chain of signifiants and signifiés:
the graphic signifiant points to the phonological signifiés;
which, in turn, serves as the signifiant for the semantic
signifié ».
71.
Les troubadours, qui sont des tropatores ont tendance
à construire un système parallèle à
celui de la liturgie, du point de vue métrique et strophique.
Paolo Canettieri, Il gioco ..., p. 18
72.
« Des quatre branches du quadrivium, la musique
est, sans aucun doute, dès le milieu du IX [e]
siècle, la discipline pilote. Au niveau le plus élevé,
elle n'est pas seulement musica instrumentalis charmant
l'oreille, mais aussi, dans le contexte platonicien qui prévaut
alors, musica humana et musica mundana, explication
notamment de l'harmonie des sphères célestes, donc
clef de la compréhension de l'Univers et révélation
de la sagesse du Créateur. Sous la forme la plus modeste, la
musique est, par le chant liturgique, l'une des meilleures
manières dont l'Eglise sache rendre grâce à
Dieu. » Guy Beaujouan, « L'enseignement du
“Quadrivium†»,
dans La scuolla nell'Occidente latino dell'alto medioevo, XIX
(Spoleto, 15-21 aprile 1971), Spoleto, 1972, p. 639-667
[repris dans Par raison de nombres: l'art du calcul et des
savoirs scientifiques médiévaux (Aldershot:
Variorum, 1991)], p. 640.
73.
Reuven Tsur, Toward a Theory of Cognitive Poetics, p. 111.
74.
L'harmonisme, « [f]igure
de style qui consiste à présenter un phénomène,
un ensemble de faits, une scène naturelle, un état
d'âme au moyen d'une harmonie imitative »,
Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique,
vol. I (Paris: PUF, 1961), p.500.
75.
La « rim' estrampa » (rime orpheline) est le
mot final d'un vers qui n'a pas de rime dans la même
strophe.
76.
Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique,
p. 265 trouve que les fricatives et les liquides ont le pouvoir de
suggérer le sensoriel: « [l]a
durée de ces consonnes [...] doit
quelque chose à la complaisance du plaisir, à la
contemplation sensorielle ».
77.
Henri Morier, Dictionnaire..., vol. II, p. 1237.
78.
Arnaut Daniel, Canzoni, sous la dir. de Gianluigi Toja,
p. 261. « L'allitterazione,
come in Peire d'Alvernha e Raimbaut d'Aurenga, concorre
all'effetto onomatopeico. »
79.
Jacques Roubaud, La fleur inverse, p. 144.
80.
La question posée par le lyrisme ne s'adresse pas au
« moi », mais au désir. Lacan soutenait
que le désir de l'homme est le désir de l'Autre.
« Aussi, presque depuis l'origine, l'essentiel du
corpus de la poésie lyrique est constitué par la
poésie amoureuse le reste par la poésie mystique,
ce qui est fondamentalement la même chose. Son problème
est le tutoiement, l'invocation tutoyante. Elle est une adresse à
l'autre, donné comme essentiellement manquant, mais cette
adresse est la seule qui produise le sens ». Martine
Broda, L'amour du nom: Essai sur le lyrisme et la lyrique
amoureuse (Paris, José Corti, 1997), p. 30.
81.
À propos de la valeur des anagrammes dans le discours, voir
J. Starobinski, Les mots sous les mots: les anagrammes de
Ferdinand de Saussure (Paris: Gallimard, 1971). Roman Jakobson
soutient lui aussi le lien entre forme sonore et sens, Huit
questions de poétique, p. 200. Voir aussi Paul Zumthor,
« Des anagrammes chez les troubadours », dans
Langue, texte, énigme (Paris: Seuil, 1975), p. 55-67,
surtout pages 65-67 sur la valorisation des phonèmes. Aussi,
Paul Zumthor, Essai de poétique médiévale
(Paris: Seuil, 1972), p. 142. Une application de ces théories
sur la canso En cest d'Arnaut Daniel se trouve dans
l'article de Michel
Meylakh, « Troubadours et anagrammes (structures
anagrammatiques dans la chanson X d'Arnaut Daniel) »,
dans Mélanges de philologie romane offerts à
Charles Camproux, vol I (Montpellier: C.E.O., 1978), p. 149-158,
où l'auteur essaie de démontrer que l'arrangement
phonique est déterminé par les modèles
anagrammatiques. À titre d'exemple, Michel Meylakh trouve
que ROMA dans le v. 29 est une anagramme d'AMOR, repliquée
ensuite dans des combinaisons du genre: genSOR AM (v. 9), m-On
chAntAR... MO(u) (v.6) etc., « Troubadours et
anagrammes », p. 153.
82.
Martine Broda, L'amour du nom ..., p. 30.
83.
Roman Jakobson, « Poésie de la grammaire et
grammaire de la poésie », dans Huit questions
de poétique (Paris: Seuil, 1977), p. 97. « Chez
les anciens et au Moyen Age, la théorie de la poésie
comportait un soupçon de grammaire poétique et se
montrait toute prête à faire la distinction entre les
tropes et les figures grammaticales (figurae verborum), mais
ces rudiments prometteurs furent ensuite oubliés. »
84.
Philibert Secrétan, L'analogie
(Paris: PUF, 1984), p. 11: « L'analogie dit
ici une qualité inhérente à une relation et
attribuable à une autre relation ».
85.
Voir François Rastier sur la technique du « sonnet
rapporté », un entrelacs syntaxique avec des
effets remarquables par la parataxe et par la « mise en
facteur commun », dans Sens et textualité
(Paris: Hachette, 1989), p. 135.
86.
Je transcris ici la version de Wilhelm; la version de Toja:
« Ges no.m duoill d'amor don badaill ».
87.
L'édition de Toja (ainsi que l'édition de
Lavaud) donne la variante « poigna » (se lève
avec rapidité). D'autres variantes
(Wilhelm) marquent « ploigna » (plonge).
88.
Rouben C. Cholakian, The Troubadour Lyric: A Psychocritical
Reading (Manchester: Manchester UP, 1990), p. 119-128.
89.
Roubaud Cholakian, The Troubadour Lyric, p. 147.
90.
Philibert Secrétan, L'Analogie, p.7.
91.
Charles Altieri, The Particulars of Rapture: An Aesthetics of The
Affects (Ithaca: Cornell UP, 2003), p. 25.
92.
Voir à propos du sujet de la mnémotechnique: Marcel
Jousse, Etudes de psychologie linguistique: Le style oral
rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs (Paris:
Beauschesne, 1925); Paul Zumthor, Introduction à la poésie
orale (Paris: Seuil, 1983); Paul Zumthor et Bruno Roy, Jeux
de mémoire: Aspects de la mnémotechnique médiévale
(Montréal: Presses de l'Université de Montréal,
1985).
93.
Toja parle du réalisme ironique d'Arnaut, Canzoni,
p. 216, dans Lancan son, vs 17-20, 34, 36.
94.
Leonard Talmy, « Force Dynamics in Language and
Cognition », Cognitive Science 12 (1988),
p. 49-100.
95.
Kenneth Burke, A Rhetoric of Motives (Berkeley: U of
California P, 1969), p. 174-810, et p. 208-212.
96.
Sarah Spence, « Rhetoric and Hermeneutics »,
dans The Troubadours: An Introduction (Cambridge: Cambridge
UP, 1999), p. 166.
97.
« The rhetoric of courtly love is a rhetoric of
différance: the transcendence of carnal reality
necessitated by the requirements of courtliness iterates the
difference (of lover and beloved, flesh and spirit). It is meant to
repair and defers the consummation it is meant to facilitate.
Courtly love is a failed incarnation a disincarnation in
which the flesh becomes word, and for that reason, among others, the
antithesis of Love which prompted the Word to become flesh ».
Louis Mackey, « Eros into Logos: The Rhetoric of Courtly
Love », dans The Philosophy of (Erotic) Love, sous la
dir. de Robert C. Solomon et Kathleen M. Higgins (Lawrence:
University Press of Kansas, 1991), p. 343. Mackey
soutient que le langage se substitue à l'action érotique
et que le but du traité d'André le Chapelain est de
convaincre Gaultier du mal lié à l'érotisme,
pour qu'il garde sa chasteté et qu'il mérite les
joies du mariage céleste. Le but
final de l'amour courtois « is the reunion with the
Christian ideal of which it is the travesty and to which it pays
tribute thereby », Louis Mackey, Eros into Logos,
p. 348.